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Abstraction, abstrait. L'abstraction est une opération mentale qui consiste à isoler par la pensée ce qui, dans la réalité, est agglutiné, aggloméré. L'abstrait est le résultat de l'abstraction. Ainsi, par exemple, le concept de table abandonne un grand nombre de particularités sensibles et concrètes (la couleur, la forme, le nombre de pieds) mais retient, conserve ou dégage certains éléments communs à toutes les tables : est table tout objet qui a une surface horizontale et des pieds. À l'opposé de l'image qui est toujours l'image d'un objet particulier, le concept est général et a donc une grande portée. Le concept de table se rapporte à l'ensemble des tables possibles, c'est-à-dire à une classe de choses.

Abstraction (lat. abstrahere, tirer de, couper de)

Opération par laquelle la pensée isole d'une représentation certains éléments qui, d'ordinaire, n'existent pas séparément dans la réalité. Ainsi, une ligne étant constituée d'une infinité de points, un point géométrique est une abstraction. D'autre part, plus une idée a d'extension (plus le nombre des individu auxquels elle s'applique est grand), plus elle est abstraite : l'idée de vivant est plus abstraite que l'idée d'homme, laquelle est déjà une abstraction, car nous ne connaissons que des individu particuliers dotés de qualités spécifiques et concrètes.

«L'abstraction proprement dite commence avec la conscience de la ressemblance et de la différence. Abstraire, c'est distinguer le caractère commun à plusieurs objets ou le caractère différentiel d'un objet» (André Burloud, Pensée conceptuelle).

Opération par laquelle l'esprit distingue ce que nos sens nous présentent comme continu. Si je reçois un ballon sur la tête, je peux en abstraire, c'est-à-dire en isoler les différentes  qualités: sa rondeur, sa taille, sa dureté, sa couleur, le sport dans lequel il est utilisé, etc.

En un sens péjoratif, l'abstraction désigne ce qui n'a aucune réalité, aucune consistance. En un sens philosophique, l'abstraction est l'aboutissement d'une démarche intellectuelle dont la finalité est de saisir une réalité donnée, non plus d'un point de vue particulier, mais général. Pour cela, il faut s'abstraire de ce qui nous est immédiatement donné par l'expérience.

ABSTRAIT. adj. Qui résulte de l'abstraction (définie ci-dessus). Qui présente un caractère intellectuel, apparemment éloigné de la réalité : un style abstrait. Qui se développe indépendamment de l'expérience sensible, de toute référence à la réalité concrète : une théorie abstraite, difficile à comprendre. Antonyme : concret.
Art abstrait : peinture ou sculpture qui ne cherchent pas à reproduire le réel, mais à produire un univers de formes et de couleurs qui ne représente rien d'autre que lui-même. L'art abstrait s'oppose à l'art figuratif en ce qu'il n'a pas de « sujet ›, identifiable. Une peinture abstraite. Un peintre abstrait.
Abstraire Faire une abstraction, c'est-à-dire faire cette opération intellectuelle qui consiste à isoler un élément pour l'étudier indépendamment du tout dont il fait partie.

Abstraction. n. f (du latin ab-, «hors de et trahere, « tirer »). Conformément à l'étymologie, l'abstraction est une idée qu'on extrait de la réalité concrète. Mais cette notion complexe exige un approfondissement.
1° L'abstraction est d'abord l'opération de l'esprit qui tire, qui isole d'une réalité donnée l'un de ses éléments, ou l'une de ses qualités, en mettant à part ses autres aspects. Par exemple, si je considère un morceau d'étoffe, je peux choisir d'envisager sa couleur, ou sa solidité, ou sa souplesse : dans chaque cas, j'isole un des aspects de la réalité globale que représente le tissu, je le retiens ; du même coup, je laisse de côté les autres aspects. Cette opération double explique les deux sens contraires que peut prendre la notion d'abstraction : «abstraire », c'est à la fois retenir un élément et écarter les autres. D'où les expressions faire abstraction de, «ne pas tenir compte de », et s 'abstraire , «s'isoler du milieu ambiant ».
2° L'abstraction, c'est aussi le résultat de l'opération précédente. La « souplesse » que j'ai isolée est une qualité en soi, une abstraction : par rapport à tous les objets souples, la souplesse est une notion abstraite. De même, par rapport à tous les arbres réels que je connais, le concept d'arbre — le mot lui-même — est une abstraction. De ce point de vue, on peut dire que tous les mots, dans la mesure où ils sont des « concepts » élaborés à partir des réalités qu'ils désignent, sont des abstractions.
3° Plus généralement, les abstractions sont des idées en soi, des notions plus ou moins éloignées de l'expérience sensible. L'idée d'égalité, le concept de beauté idéale, la notion d'espace-temps sont des abstractions sur lesquelles on peut parler, philosopher ou rêver. Cela ne veut pas dire qu'il s'agit de choses irréelles, même si le mot «abstraction» (surtout au pluriel) peut être employé péjorativement : simplement, les abstractions sont alors des représentations de l'esprit qui servent, non plus à reproduire, mais à interpréter la réalité. La réflexion abstraite, après s'être éloignée de la réalité concrète, retourne dans un second temps à cette réalité qu'elle a analysée pour mieux la comprendre, ou même la transformer.

L'abstraction consiste à séparer, par une opération de l'esprit, un élément du tout dans lequel il s'insère pour le penser isolément. Il s'agit d'un acte intellectuel, dans la mesure où ce qui est abstrait d'un objet se présente d'abord comme non séparé dans nos représentations. Par exemple, nous percevons diverses manifestations de choses blanches en portant simplement les yeux sur notre environnement : la neige, les nuages, la feuille de papier, le lait, etc. En faisant abstraction de toutes ces manifestations individuelles présentant des caractères chromatiques communs, nous construisons une idée de la blancheur indépendante de la chose qui la manifeste matériellement.
En latin, abstrahere veut dire « tirer », « enlever ». Par analogie, on retrouve quelque chose de semblable dans le processus d'abstraction qui conduit à retirer d'un être une qualité générale que l'on retrouve dans une série ou un ensemble. Pour le sens commun, l'abstrait est souvent à la fois suspect et obscur. Suspect parce que le discours de l'abstraction peut masquer un éloignement coupable vis-à-vis de la réalité concrète. Obscur enfin, dans la mesure où la clarté d'une pensée semble inversement proportionnelle à son degré d'abstraction. Pourtant, non seulement l'abstraction est une opération des plus naturelles pour l'esprit, mais en outre, c'est précisément par elle que l'on parvient à connaître les propriétés des choses qui nous entourent.
Une loi scientifique n'est au fond rien d'autre que l'abstraction d'un rapport dérivant de la nature des choses. Par exemple, la poussée d'Archimède est une abstraction physique de ce qui arrive à « tout corps plongé dans un liquide » et pas seulement à celui du savant méditant dans son bain.

Abstraction

Souvent synonyme dans le langage ordinaire d'une idée trop éloignée de la réalité pour être crédible, l'abstraction signifie au sens philosophique le travail de l'esprit consistant à isoler un élément dans la représentation d'un objet et le résultat de ce travail. L'abstraction ne s'éloigne donc pas à proprement parler du réel, mais le décompose : ainsi, le mot « chat », est une abstraction construite par le langage pour désigner une catégorie d'animaux par décomposition d'un ensemble beaucoup plus vaste, celui des animaux à quatre pattes par exemple. En peinture, l'abstraction a un sens particulier : elle désigne la rupture avec la représentation figurative de la réalité.