Retour à l'index du dictionnaire de philosophieAmitié. Dans son Journal, Jules Renard donne une définition lapidaire de l'amitié : « mariage de deux êtres qui ne peuvent pas coucher ensemble ». L'amitié est un rapport intime d'affection et de confiance mutuelle sans caractère sexuel. Par ailleurs, le lien qui unit deux amis n'implique aucune parenté. En conséquence, l'amitié dépend d'une relation intellectuelle puisqu'elle se déploie hors du désir charnel et enfin, elle est à concevoir comme indépendante de toute attache naturelle : un ami n'est pas un parent. Pour que l'amitié naisse véritablement, il faut également qu'elle soit partagée. L'amour, en ce sens, est différent, dans la mesure où une personne peut être amoureuse d'une autre qui ne le lui rend pas, ou même, qui se soustrait ostensiblement à cet amour.
Philosophiquement, l'amitié est un des thèmes de prédilection de la pensée grecque antique. D'un point de vue métaphysique, pour Platon, l'amitié est un bien infiniment précieux qui nous permet de cheminer vers les Idées et la vérité. Grâce à l'amitié que nous nous portons mutuellement, nous nous enrichissons du désir commun d'aller vers l'essence des choses tout en nous améliorant nous-mêmes. Par exemple, les qualités morales de mon ami m'incitent à des exigences identiques pour mon propre comportement, tandis que nos discussions ont un effet libérateur à l'égard de la force des préjugés. Pour Aristote, la question de l'amitié est davantage politisée, parce qu'elle constitue un ciment social garantissant à la cité d'être juste et vertueuse.