Philosophe allemande d'origine juive, d'abord disciple de Heidegger, contrainte de quitter l'Allemagne, puis l'Europe après l'arrivée au pouvoir des nazis. Devenue américaine. Principaux écrits : La Condition de l'homme moderne (1958), Les Origines du totalitarisme (1951), La Crise de la culture (1968).
 

Penseur politique de la modernité, Hannah Arendt
est d'abord celle qui va s'interroger sur l'origine de la faillite
intellectuelle et morale qui a rendu possible le «mal
radical» - impardonnable par excellence -: l'extermination
systématique de tel ou tel groupe de population.
 

VIE

Le temps d'Hannah Arendt est celui de deux totalitarismes:
le stalinisme et le nazisme. C'est ce qui l'amène à tenter
de répondre à trois questions: «Que s'est-il passé? Pourquoi cela s'est-il passé? Comment cela a-t-il été possible?»

Les années de formation
Née en 1906 à Hanovre, dans une famille juive, Hannah Arendt s'oriente très jeune vers la philosophie qu'elle commence à étudier à Marbourg (où elle se lie d'amitié avec Hans Jonas). Elle y est l'élève de Martin Heidegger (avec lequel elle aura une courte liaison). Elle poursuit ses études à Fribourg et à Heidelberg, où elle est l'élève de Karl Jaspers, qui dirige sa thèse sur Le concept d'amour chez saint Augustin (1929).

Les années d'exil
Dès l'accession d'Hitler au pouvoir, en 1933, Hannah Arendt s'exile à Paris, où elle facilite l'émigration de jeunes adolescents juifs vers la Palestine. En 1941, suite à l'adoption par la France des lois antijuives, elle s'exile aux États-Unis. citoyenne américaine à partir de 1951, elle se lance dans la carrière universitaire en 1953. Elle enseignera dans diverses universités américaines, et notamment à New-York, où elle retrouve Hans Jonas. Elle succombe à une attaque cardiaque le 4 décembre 1975.

OEUVRES

Hannah Arendt poursuit un double but. D'abord,
diagnostiquer le mal qui a produit le fait totalitaire.
Ensuite, réhabiliter le «politique», en tant qu'espace de liberté d'où peut émerger un pouvoir sans domination ni violence.

Les origines du totalitarisme (1951)
C'est le texte qui a rendu Hannah Arendt célèbre. Selon l'auteur, le «totalitarisme», qui s'incarne dans le stalinisme des années 30 et l'hitlérisme des années 40, est la négation même du «politique». Cherchant à s'emparer des esprits et des volontés, il repose sur la destruction du tissu social et la réduction de la communauté à l'état de masse inerte et indifférenciée. Les moyens de cohésion, propres à ce système, sont l'idéologie et la terreur, dont les camps de concentration constituent 'Institution centrale.

 Condition de l'homme moderne (1958)
La société moderne confond l'ordre économique de la production et l'ordre politique de l'action. Les temps modernes se caractérisent par la réduction de la vie publique au travail et à la consommation. Contre Karl Marx, Hannah Arendt affirme que l'activité spécifiquement humaine n'est pas le travail, qui ne marque que notre soumission aux nécessités vitales, mais l'action politique conçue comme liberté et capacité d'innover, seule constitutive d'un monde véritablement humain.

Eichmann à Jérusalem (1963)
Sous-titré Rapport sur la banalité du mal, l'ouvrage refuse de voir en l'accusé un tortionnaire déséquilibré, et le montre comme un fonctionnaire scrupuleux, animé par le seul souci de faire son devoir. La monstruosité vient d'une obéissance qui relève d'un «vide de pensée».

La Crise de la culture (1968)
Parce que chaque génération nouvelle doit redécouvrir l'activité de pensée, ces Huit Exercices de pensée politique, publiés pour la première fois en 1954, essaient de nous aider à savoir comment penser en ce siècle, où nous vivons l'usure de la tradition et la crise de la culture .

La Vie de l'esprit (1978 - posthume)
Il y a toujours un lien étroit entre le mal et l'absence de e pensée. La pensée n'est pas une garantie de bonté, mais l'activité pensante, conçue comme dialogue, est le seul fondement possible de la conscience morale.

EPOQUE

Totalitarisme et violence
Comment choisir son camp, à l'heure où l'histoire est livrée au bruit et à la fureur? Des philosophes chercheront à tourner le dos à cette impossible alternative. Mais quand on est juif allemand, comme Hannah Arendt et Hans Jonas ou marié à une juive, comme Karl Jaspers, on ne peut pas éluder les questions que posent l'explosion de violence de la Seconde Guerre mondiale, l'horreur des camps d'extermination et la folie des régimes totalitaires.

Repenser l'éthique et le politique
Hannah Arendt analyse la volonté du totalitarisme de promouvoir une pseudo-«loi naturelle» qui viendrait se substituer à la loi positive. Elle montre qu'un régime totalitaire prétend entériner une condamnation prononcée par la nature. A la même époque, Karl Jaspers consacre ses cours à la «culpabilité allemande», avant que Hans Jonas ne se demande: «Quel Dieu a pu laisser faire cela?»

APPORTS

Après une analyse méthodique du fait totalitaire, Hannah Arendt précise les causes de son apparition et indique les moyens à mettre en oeuvre pour que les sociétés humaines ne voient «plus jamais ça».

L'étude du totalitarisme. A partir de l'étude du système concentrationnaire hitlérien pris comme emblème du fait totalitaire, Hannah Arendt montre que le totalitarisme est un type de régime, radicalement nouveau, qu'on ne peut pas réduire à une forme particulière de tyrannie. Prétendant suivre les lois de la nature ou de l'histoire, un régime totalitaire exerce la terreur en toute «légalité», avec pour «institution centrale» la machine à exterminer qu'est le camp de concentration. Ce que montre très bien Hannah Arendt, c'est qu'aucun penseur sérieux ne peut considérer le camp de concentration comme un «détail», car il est la cheville ouvrière du système totalitaire.
L'étude de la modernité. Notre époque se caractérise par la réduction de la politique à la gestion. La société moderne confond le «privé» et le «public». Or, comme le totalitarisme se nourrit de l'effacement du politique, il est urgent de redéfinir l'action politique, afin que notre société puisse se préserver durablement contre la tentation totalitaire.
Actualité - Postérité. La leçon d'Hannah Arendt, c'est que l'homme doit s'engager activement dans la vie de la cité, afin de constituer un espace public de dialogue. C'est dans l'instauration d'une communauté d'égaux, où tous disposeraient de la même faculté d'agir, qu'Hannah Arendt voit la promesse d'un monde qui aurait définitivement éloigné les spectres du totalitarisme et de la barbarie.