Pour approfondir:

  1. Aristote et les sens
  2. L'homme
  3. L'histoire
  4. Le vivant
  5. Les 4 causes


Philosophe grec, qui rompit avec Platon, son maître, en contestant fortement la séparation induite par la théorie des idées entre l'intelligible et le sensible. Sa métaphysique, qui articule une ontologie à une théologie, influencera toute la philosophie médiévale. Principaux écrits : Organon, Physique, Métaphysique, Histoire des animaux, Éthique à Nicomaque, Politique.
Aristote rompt définitivement avec la représentation
du monde donnée par la mythologie.
Il rompt aussi avec l'idéalisme de Platon, qu'il remplace
par une observation scrupuleuse du réel. Il est ainsi
l'un des deux grands fondateurs de la philosophie occidentale.

VIE

Athènes, vers 350 av. J.-C., est le théâtre d'un extraordinaire
bouillonnement intellectuel. La confrontation des idées fait
naître l'aristotélisme et annonce le néoplatonisme.

Élève de l'Académie
En 384 av. J.-C., Aristote naît à Stagire, petite ville de Macédoine. Son père tait le médecin du roi, ce qui explique en partie les relations privilégiées qu'Aristote aura avec la cour de Macédoine.
- A dix-huit ans, il va faire ses études à Athènes. Il entre dans l'école de Platon (l'Académie). Brillant disciple du maître, il en deviendra l'assistant.
- 347, Platon meurt et son neveu Speusippe lui succède à la tête de l'Académie. Aristote quitte Athènes pour Assos, où il ouvre une école.

Le fondateur du Lycée
- En 343, le roi Philippe de Macédoine l'appelle à faire l'éducation de son fils Alexandre.
- En 323, la mort d'Alexandre va compromettre pour un temps le Lycée, car le parti anti-macédonien relève la tête. On intente à Aristote un procès d'«impiété» analogue à celui qui avait fait mourir Socrate. Aristote se hâte de fuir et se réfugie à Chalcis, où il meurt un an plus tard.

OEUVRES

La très grande variété des sujets traités semble inviter à lire Aristote comme une belle encyclopédie. Mais il faut un ordre d'étude pour pénétrer sa pensée et comprendre les termes qu'il utilise pour décrire le réel.

Organon
Titre donné à l'ensemble des ouvrages de logique d'Aristote, dans lesquels il s'applique d'abord à définir des «lieux», c'est-à-dire les points de vue les plus généraux sous lesquels un sujet peut être abordé. Le but est de trouver une méthode qui nous permette d'analyser tout problème posé.

Éthique à Nicomaque
Le but de l'homme est le bonheur, et le bonheur est dans le perfectionnement de l'individu, en équilibre idéal d'appétit, de plaisir et de raison. Cette synthèse accorde la place qui est due aux trois genres de vie possibles: la vie de jouissance, la vie active et la vie contemplative.

Politique
L'homme est naturellement fait pour vivre en communauté: parce qu'il est doué de parole, il est un «animal politique» et ne peut se réaliser complètement que dans le cadre d'une communauté. La cité est la forme la plus haute de la vie sociale. Trois types de gouvernement peuvent régir l'État: la monarchie, l'aristocratie et la république.

Physique
«Philosophie seconde», elle est théorie du mouvement qu'Aristote définit comme un passage de la puissance à l'acte. Elle est aussi cosmologie: la Terre est le centre d'un univers clos composé de plusieurs «sphères». Elle est enfin biologie: tout être vivant possède une âme: «végétative» pour les plantes, «végétative et sensitive» pour les animaux, «végétative, sensitive et intellective» pour l'homme

Métaphysique
«Philosophie première» elle est la science des premiers principes et des premières causes, la science du moteur divin de l'Univers (elle est donc une théologie). Elle étudie aussi «l'Être en tant qu'être», c'est-à-dire la réalité fondamentale (ce qui est, ce qui existe), la substance première.

EPOQUE

Athènes et les démagogues

Socrate a été condamné à mort en 399. Cette injustice est le type même de l'acte auquel tout philosophe doit s'opposer. Platon s'y emploie et condamne sans réserve la démocratie athénienne, qui est la cause de tout le mal parce qu'elle a permis aux démagogues de surgir. C'est pour cela, sans doute, qu'il cherche le monarque idéal qui s'érigerait en champion de sa République. Il ne le trouvera pas, mais certains Athéniens vont voir en Philippe de Macédoine l'homme capable de prendre la direction de la Grèce entière. Ainsi naît, souhaité et attendu, le système politique qui va prévaloir dans tout le monde hellénistique avant de se propager au monde romain.

L'hégémonie macédonienne
En 356, Philippe de Macédoine fait de son royaume l'arbitre du monde grec. Il conquiert les cités du littoral de l'Égée, puis s'oriente vers Athènes. En 338, il est le maître de la Grèce. En 336, son fils Alexandre lui succède et affermit la prépondérance macédonienne. L'élève d'Aristote est devenu Alexandre le Grand, qui constitue un empire allant de la Grèce à l'Inde, mais dont l'unité ne survivra pas à sa mort en 323.

APPORTS

Avec Platon, Aristote est l'un des deux grands fondateurs de la philosophie occidentale. Il a systématisé tous les savoirs de son temps, et c'est avec lui que débuta la séparation de la philosophie et de la science.

L'esprit scientifique. A la représentation mythologique, Aristote oppose l'idée de la nature conçue comme une réalité qui «porte en soi le principe du mouvement». Aujourd'hui encore, la science, renonçant aux «hypothèses métaphysiques», se borne à étudier ce mouvement.
Le syllogisme. Il n'y a de science que du général et de l'universel. L'instrument qui permet d'en rendre compte est le syllogisme, raisonnement qui, à partir de prémisses, rend la conclusion nécessaire. En inventant le syllogisme, Aristote a inventé la logique formelle.
La morale. Aristote a construit une morale sans aucune ouverture sur un autre monde quel qu'il soit. Soucieux de réalisme, il a affirmé que le problème du bien, c'est d'abord le problème du bien vivre. Il a refusé de condamner les plaisirs, en précisant que s'il est vrai que l'essence du bonheur réside dans l'activité de la pensée, cette activité n'en demande pas moins les autres biens à titre d'instruments. «Dire que, dans les pires malheurs, on est heureux pourvu qu'on soit vertueux, c'est, exprès ou non, parler pour ne rien dire.» Il ne suffit donc pas d'être vertueux pour être heureux.
Postérité-actualité. Il a été dit, à juste titre, que tout philosophe est, à la fois, platonicien et aristotélicien, puisque toute pensée digne de ce nom procède de ces deux philosophes. Mais Aristote a été et sera toujours le maître incontesté de cette pensée critique et systématique qui est le fondement même de la science.

CITATION A RETENIR

« Tous les hommes, par nature, aspirent au savoir. »

Avec Aristote, on a affaire à un autre style philosophique. Contrairement à Platon, dont il fut l’élève à l’Académie, il ne nous est resté de son oeuvre que des notes de cours, dont la rédaction souvent assez austère rend la lecture difficile. Il est l’auteur de nombreux traités qui tiennent à la fois de la science et de la philosophie, même s’il est vrai qu’à l’époque la distinction entre science et philosophie était bien moins nettement marquée qu’aujourd'hui. Aristote est, néanmoins, un des premiers penseurs à essayer de proposer un exposé systématique et encyclopédique du savoir de son temps. Soucieuse de ne pas contraindre les faits en les faisant de force entrer dans des cadres théoriques inadéquats (les idées de Platon, par exemple), la pensée d’Aristote se veut d'abord pensée du réel.

Aristote, tout en en étant l'héritier, est aussi l’un des critiques les plus fermes du platonisme. Pour lui, les idées platoniciennes n’existent pas et ne sauraient servir de principes explicatifs suffisants de l’univers. C’est pourquoi la tradition a opposé le réalisme d’Aristote, qui n’a pas besoin d’un monde de formes intelligibles pour expliquer le réel, à l'idéalisme de Platon.

Aux idées-formes de Platon, Aristote oppose la théorie de l’unité de la forme et de la matière. Celle-ci s’inscrit dans la doctrine plus générale des quatre causes : cause matérielle, cause formelle, cause finale et cause efficiente. Par exemple, pour rendre raison de la présence de telle statue dans tel temple ou sur telle place publique, il faut bien que cette statue ait été taillée dans une matière (bronze, marbre ou bois) appropriée. Ce en quoi est sculptée la statue, Aristote le nomme la cause matérielle. La cause formelle désigne la forme ou la figure que le sculpteur donne à la matière (le buste de Périclès, la figure d’Athèna, etc.). Comme il s’agit d’honorer la mémoire d’un grand homme ou de s’attirer les faveurs d’une déesse, c’est bien en vue d’un certain usage ou d’une certaine fin que l’on a commandé au sculpteur de se mettre au travail : cette fin, c’est la cause finale. Enfin, la statue ne peut seule et d’elle-même venir à l’existence, il faut bien que l’activité du sculpteur se soit exercée pour qu’il y ait une statue. C’est la cause efficiente. Pour Aristote, tout ce qui est peut être expliqué à partir de ces quatre causes, car connaître une chose c’est pouvoir en dire les causes.

Cette théorie est aussi valable pour les productions de la nature (choses inanimées, êtres vivants ; plantes et animaux, etc.) que pour celles de l’art humain. Il y a, d’ailleurs, pour Aristote, une convergence essentielle entre l’art et la nature. L’art (technè) ou bien mène à son accomplissement ce que la nature est par elle-même incapable de mener à son terme, ou bien imite la nature. Cette fonction d’imitation de la nature, qu’Aristote confère à l’art en général, sera d’une grande importance pour toutes les doctrines esthétiques ultérieures.

Aristote est, entre autres l’auteur d’un ensemble de traités que la tradition éditoriale, à partir du premier siècle av. J.-C., a intitulé La Métaphysique. Il y est, en gros, question de la possibilité et du contenu d’une science antérieure et supérieure à la physique. En effet, cette dernière n’épuise pas tout le domaine du connaissable, en se cantonnant à étudier les réalités naturelles, c’est-à-dire pour lui les réalités considérées en tant qu’elles sont en mouvement et soumises au devenir. Il y a, pour Aristote, une réalité séparée du monde sensible, dont on a besoin de postuler l'existence pour rendre raison du mouvement éternel du monde : c’est la fonction du (ou des) premiers) moteur(s) immobile(s), réalité(s) que la tradition plus ou moins teintée de religiosité et de mythologie a désignée(s) du nom de dieu(x). Toutefois, en plus de cette dimension théologique, la métaphysique ou philosophie première se veut aussi étude de ce qu’est la réalité en général, de ce que toute chose requiert pour être ce qu’elle est, c’est là sa dimension ontologique.

Dans le domaine éthique ou de l’action pratique, Aristote souligne l’impossibilité d’exiger la même rigueur ou la même exactitude que dans les sciences théoriques comme les mathématiques. Les règles de l’action ne sont pas des règles absolues et universelles valables partout et en tout lieu. Lorsqu’on prescrit une conduite à suivre, il faut, à chaque fois, tenir compte de la situation concrète, des circonstances particulières et des qualités de caractère et de pensée de celui qui agit. La qualité de l'homme d’action sera donc la prudence, c’est-à-dire la capacité de déterminer ce qui est bon à tel moment pour la réussite d’une entreprise et plus généralement de sa vie. Le bonheur ou la vie bonne ne consiste pas en autre chose que la conduite d’une vie raisonnable conforme aux capacités de chacun.

Textes importants d'Aristote

- L’art imite la nature, Physique (livre II, chap. 2).

- Sur les vertus, Éthique à Nicomaque (livre II, chap. 7).

- Sur le bonheur, Éthique à Nicomaque (livre I, chap. 13), (livre X, chap. 4,5).

- Sur la justice, Éthique à Nicomaque (livre V).

- Sur la définition de l’homme comme animal politique, La Politique (livre I).