Pour approfondir:

  1. XXX
 

Saint Augustin est le plus important des Pères de l'Église
et le premier des grands penseurs chrétiens. Son oeuvre est
d'une telle richesse que catholiques et protestants, jansénistes
et jésuites se sont également abrités derrière son autorité
pour faire triompher leurs doctrines.

VIE

Le temps d'Augustin est celui de nombreuses controverses: entre pensée païenne et pensée chrétienne, mais aussi à l'intérieur
même du christianisme . Apologiste du christianisme , Augustin participera à tous les combats doctrinaux de son temps.

Les années de formation
Aurélius Augustinus naît à Thagaste (Souk-Ahras dans l'Algérie actuelle) en 354. Il étudie à Madaure, puis à Carthage. À l'âge de dix-neuf ans, il découvre la philosophie dans un ouvrage de Cicéron. Mais il a le goût de la réussite sociale et rejoint les manichéens, grâce auxquels il deviendra professeur de rhétorique à Thagaste, puis à Carthage et, enfin, à Rome et à Milan.

Le théologien
En 386, il découvre la foi dans les Épîtres de saint Paul. En 387, il donne sa démission de professeur de rhétorique et reçoit le baptême. En 388, il distribue tous ses biens aux pauvres. En 391, il est ordonné prêtre. En 396, il devient évêque d'Hippone (aujourd'hui Annaba, en Algérie) et se consacre avec ferveur à l'administration de son diocèse et à l'apologie du christianisme en dénonçant toutes les hérésies et en luttant contre toutes les accusations que le monde antique finissant porte contre la foi chrétienne. Il meurt en 430, en laissant des ouvrages fondamentaux dans le domaine de la théologie chrétienne.

OEUVRES

D'une ampleur considérable (quelque 40 ouvrages et plus de 300 sermons nous sont parvenus), l'oeuvre de saint Augustin cherche à concilier religion et philosophie parce que, selon lui, il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre.


Soliloques (387)
Il s'agit des premiers dialogues philosophiques de saint Augustin. Touché par la grâce, il a demandé le baptême, et à la raison qui lui demande: «Que veux-tu connaître?» Augustin répond: «Dieu et l'âme.» - «Rien d'autre?» - «Rien d'autre.» Pour Augustin, poser le problème de l'homme, c'est poser le problème de Dieu.

Du Libre Arbitre (388)
Créé libre, l'homme est responsable de sa fin dernière: joie et béatitude, indice d'une liberté puissante, ou misère et servitude, indice d'une liberté aliénée par l'orgueil. Dans la misère du péché, on peut découvrir la grandeur de l'homme, l'indice de sa liberté en même temps que la dimension tragique.htm">tragique du mal qui nous éloigne de Dieu. L'homme n'est jamais

Confessions (397-401)
C'est le texte majeur de saint Augustin. Les premiers livres, consacrés à l'enfance et à la jeunesse, exposent un double cheminement: celui de l'expérience du péché et celui de la recherche obscure de Dieu. La partie proprement philosophique commence au livre X. Dieu y apparaît incompatible avec une connaissance rationnelle parce qu'il est hors du temps. Le temps n'a pas de réalité et seule existe l'éternité, qui n'appartient qu'à Dieu. Dès lors se pose le problème de la connaissance d'un Dieu

De la Trinité (399-419)
«La foi cherche, l'intellect trouve». C'est donc la foi qui va chercher l'intelligence . La foi est le point de départ d'une connaissance intuitive qui montre sans démontrer. La Raison doit s'incliner devant la foi pour que s'éclaire la nuit de l'entendement.

La Cité de Dieu (412-427)
Deux amours ont fait deux cités: l'amour de soi jusqu'à l'oubli de Dieu a fait la cité terrestre; l'amour de Dieu jusqu'à l'oubli de soi a fait la cité céleste. L'homme a une vocation surnaturelle qui doit se traduire par l'introduction, dans la société, des valeurs chrétiennes qui impliquent notamment un bon usage de la liberté.

EPOQUE

Le manichéisme
Ce sont les premières amours de saint Augustin. Il y a du mal dans le monde, et celui-ci est inexplicable s'il n'existe qu'un Dieu infiniment bon et parfait. Le mal est donc un principe ontologique rival du bien, qui explique les impulsions irrésistibles des passions. L'expérience de la culpabilité amènera Augustin à rejeter cette interprétation qui exonère l'homme de toute faute et à affirmer que le mal n'est que défaut de bien et n'est donc pas un principe substantiel (plus tard, il expliquera la puissance des passions par le poids du péché originel).

Le pélagianisme
En 410, un moine d'origine britannique, Pélage, et ses disciples répandent l'idée selon laquelle l'homme est capable de se sauver tout seul. Augustin, fort de sa propre expérience (il a mené en 369-370 une vie dissipée dont il se repentira amèrement dans les Confessions), affirme que l'homme est impuissant à se libérer complètement des sollicitations de la concupiscence si la grâce de Dieu ne vient pas à son secours.

APPORTS

Saint Augustin est au point de départ des grands courants de
la théologie chrétienne qui se forment au Moyen Âge. Son
oeuvre a alimenté aussi un courant philosophique toujours
vivant dans certains aspects de l'existentialisme contemporain.

Une nouvelle façon de voir le monde.
Pour Augustin, l'objet premier de la réflexion, c'est l'homme à la recherche de Dieu et Dieu qui vient à sa rencontre. Se connaître soi-même, c'est savoir que Dieu existe et le rencontrer. Dieu est vérité, il est la Vérité. «Philosopher», c'est rentrer en soi-même pour se trouver et y trouver une vérité qui nous transcende. Le monde extérieur n'est intéressant que par rapport à l'homme. D'où le caractère essentiellement spiritualiste de sa pensée, en opposition avec la tendance cosmologique de la philosophie grecque.

Une nouvelle façon de penser le temps.
Dès que nous tentons de dire ce qu'est le temps, celui-ci devient aussitôt une énigme, fait remarquer saint Augustin. En effet, le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore, seul le présent est. Or, si ce qui est est toujours, il n'y a plus temps mais éternité. Le temps donc, pour être, doit toujours «tendre à n'être plus».

Actualité - postérité.
 L'oeuvre philosophique et théologique de saint Augustin jouera un rôle important dans l'histoire des idées. Elle a, en, effet, assuré la liaison entre le monde païen et le monde chrétien. Elle sera la philosophie de la chrétienté occidentale jusqu'à la redécouverte des textes des philosophes grecs recueillis par les Arabes. Son oeuvre domine également la Renaissance et influence Luther et Calvin. Plus tard, Jansénius puis Blaise Pascal se réclameront de saint Augustin. Aujourd'hui, il est encore présent et sa pensée est toujours active dans le courant existentialiste chrétien.