Pour approfondir:

  1. L'intuition
  2. La durée
  3. Les 2 mémoires
  4. Vie & Oeuvre


Contre le matérialisme scientifique et philosophique de son temps, Bergson tente de rétablir les droits de la conscience et de la vie spirituelle.

VIE

Avec une carrière remplie d'honneurs, Bergson apparaît comme le philosophe «officiel» de la Ille République. Critiquant l'impérialisme des sciences physiques, il tente de rétablir la primauté de l'esprit sur la matière, de l'intuition sur la raison.

L'universitaire (1859-1912)
- Naissance à Paris dans une famille juive.
- Études à l'École normale supérieure.
- Agrégation de philosophie. Professeur dans l'enseignement secondaire.
- En 1900, il est nommé professeur au Collège de France (chaire de philosophie ancienne, puis de philosophie moderne). Ses ouvrages (Essai sur les données immédiates de la conscience, Matière et mémoire, L'Évolution créatrice) le font connaître dans le monde entier.

Les honneurs (1912-1941)
- 1912: séjour aux États-Unis.
- 1914: élu à l'Académie française.
- 1917: second séjour aux États-Unis, en mission diplomatique. Contribue à obtenir l'entrée en guerre des États-Unis.
- Après la guerre, Bergson préside la Commission de coopération intellectuelle de la SDN.
- 1921: se retire de la vie publique.
- 1928: prix Nobel de littérature.
- Il meurt en 1941.

OEUVRES


Bergson rejette la notion de système philosophique. S'appuyant sur une bonne connaissance des progrès scientifiques de son temps, il défend l'autonomie de la conscience et de la vie spirituelle contre le matérialisme scientifique.


Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)
Dans sa thèse de doctorat, Bergson affirme que la science ne saurait expliquer la conscience et la vie intérieure, car celles-ci ne sont pas de même nature que le monde matériel. Le monde «intérieur» de la conscience se caractérise en effet par la durée, le devenir, la liberté, le qualitatif, alors que le monde «extérieur» de la matière se caractérise par l'espace, l'inertie, le quantitatif et la soumission à des lois.

Matière et mémoire (1896)
Bergson montre que l'esprit ne peut se réduire à une simple activité du cerveau. Celui-ci, en effet, n'est le siège que de l'intelligence pratique. Mais les activités psychiques supérieures, comme la mémoire, montrent que l'esprit «déborde» la matière.

L'Évolution créatrice (1907)
Bergson critique l'évolutionnisme de Spencer, pour qui la vie serait une évolution purement mécanique. Pour Bergson, la vie est au contraire une force spirituelle, un élan vital libre et créateur qui traverse aussi bien la matière que l'esprit humain. Par ailleurs, Bergson critique la raison, l'intelligence conceptuelle et discursive. Pour lui, l'intelligence est avant tout un outil pratique. Seule l'intuition permet d'accéder directement à la vérité.

Durée et simultanéité (1922)
Bergson discute la théorie de la relativité d'Einstein et oppose le temps spatialisé du physicien au temps intérieur, vécu, de la conscience.

Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932)
Dans cet ouvrage, Bergson oppose la «morale close» de l'obligation sociale et la «morale ouverte» de l'amour. De même, il distingue la «religion statique» (rites et cérémonies) de la «religion dynamique» qui se manifeste dans le mysticisme.

EPOQUE

Scientisme et matérialisme
A la fin du XIXe siècle, la philosophie est marquée par une approche scientifique et matérialiste de la réalité. Spencer, père de l'«évolutionnisme», affirme que le monde vivant évolue selon des lois purement mécaniques. Pour l'«associationnisme», l'esprit humain n'est qu'un assemblage d'idées et de sensations.
. Les biologistes essaient (déjà) de réduire les phénomènes psychiques aux processus mécaniques du cerveau.

La réaction philosophique
Le triomphe (voire le triomphalisme) des sciences incite certains penseurs du début du XXe siècle à tenter d'élaborer une philosophie fondée sur la conscience et l'expérience individuelle. Ce souci est commun au spiritualisme de Bergson, à la phénoménologie de Husserl et, plus tard, à l'existentialisme de Heidegger.

APPORTS

Rejetant les théories qui réduisent la vie à un fait physique,
Bergson affirme l'indépendance de la conscience
et de l'esprit, conçoit la vie comme élan créateur
et réhabilite l'intuition comme moyen de connaissance
au détriment de l'intelligence pratique.

Les deux ordres. L'esprit humain ne peut être traité comme un objet scientifique quelconque parce qu'il n'a pas la même nature que la matière. Par ailleurs, l'intuition, moyen de connaissance vraie, s'oppose à l'intelligence , simple outil pratique.
La vie créatrice. La vie n'est pas un processus mécanique soumis au déterminisme: elle est une force vitale et créatrice libre qui agit aussi bien dans la matière que dans la conscience. Elle produit aussi bien les plantes et les animaux que l'art et les manifestations culturelles supérieures.
Le spiritualisme. Pour Bergson, la vie en général et la réalité psychique en particulier sont des phénomènes d'ordre spirituel et ne peuvent être réduits à un mécanisme physique ou matériel. Ce spiritualisme rapproche sa philosophie du christianisme .
Postérité-actualité. Bergson a influencé des philosophes chrétiens comme Teilhard de Chardin et des écrivains comme Péguy ou Proust. Certains ont accusé Bergson d'anti-intellectualisme et de défendre un mysticisme fumeux. Mais son oeuvre témoigne au contraire d'une grande intelligence philosophique.