Retour à l'index du dictionnaire de philosophieBESOIN. Gén. Nécessité naturelle ayant une cause physiologique; par ex., le besoin de manger. Il faut ici distinguer besoin et désir (désir de manger du fromage plutôt qu'un dessert). Le désir privilégie toujours un objet plutôt qu'un autre, et implique donc un choix là  où le besoin manifeste une nécessité.
Phi. Il est difficile cependant de faire du besoin une catégorie strictement naturelle. Nos besoins sont inséparables de notre histoire psychologique (Freud) et sociale (Marx) ou bien sont dits culturels ; dans tous les cas, ils échappent à  une détermination objective. Ainsi, parler de besoins vitaux reste délicat : où se termine la survie ? Où commence l'abondance ? Les frontières du besoin semblent donc poreuses.

BESOIN. n. m. Envie physique ou morale; aspiration naturelle ou sociale dont la satisfaction offre un caractère de nécessité.
La notion de « besoin » ne présente pas de difficulté de compréhension : chacun sait que ce dont il a besoin, c'est ce qui est ou lui paraît indispensable à sa vie. Mais qu'est-ce qui est « indispensable » à notre vie?
A priori, on croit pouvoir distinguer le besoin du désir. On parlera de besoins élémentaires, surtout physiques (boire, manger, dormir), — tout ce qui doit assurer la survie de l'individu ou de l'espèce. On parlera ensuite de besoins secondaires, dont la satisfaction vise non plus notre survie, mais ce qui nous semble une vie « normale », équilibrée : besoin d'un abri, besoin de biens de première nécessité sans doute, mais aussi aspirations humaines à une activité créatrice, à une vie affective harmonieuse, à la reconnaissance sociale, etc. Insensiblement, on glisse de la zone des besoins objectifs au champ beaucoup plus vaste de tout ce que peut désirer l'être humain pour se sentir exister pleinement. « L 'homme est une création du désir, non pas une création du besoin » (Bachelard).
Il est vrai que, du point de vue individuel, le « désir », outrepassant le pur besoin, ne semble pas offrir un caractère de nécessité foncière : on peut renoncer à l'objet du désir, survivre à son manque. Mais, du point de vue social, il se trouve qu'un désir partagé par tout le monde (une habitude de consommation devenue « naturelle ») se présente très vite comme un besoin impérieux. L'individu ressent comme une aspiration profondément personnelle des besoins créés de toute pièce par la vie sociale (par la publicité, par exemple). L'économie, la culture, la civilisation nous rendent ainsi nécessaires des objets ou des réalités dont nous pourrions nous passer : la voiture, la télévision, les vacances, le droit à l'instruction ou à l'information, etc. Il suffit que la société reconnaisse des droits comme essentiels pour en faire des « besoins ». On voit ainsi que ce que l'homme nomme « besoin » lui vient bien plus souvent de la Culture (sens n° 2) que de la Nature (voir ces mots).