Retour à l'index du dictionnaire de philosophieCHRISTIANISME. n. m. Religion fondée sur la vie, l'enseignement et la personne de Jésus-Christ. Issu du judaïsme, dont le Christ dit qu'il ne vient pas « abolir » la loi mais I'« accomplir», le christianisme se propose comme une interprétation du monde, une doctrine du salut de l'humanité et une religion (avec ses institutions, son culte et sa morale). La place occupée par le christianisme dans la culture occidentale nous conduit à en retracer ici, schématiquement, quelques grandes lignes.
· Il existe un seul Dieu, Créateur du monde, Père Tout-Puissant. Ce Dieu, pourtant unique, se compose de trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Dieu est Amour. La nature relationnelle de ce Dieu unique, formé de trois Personnes, est donnée par la religion chrétienne comme un mystère, le mystère de la Trinité.
· Dieu le Père crée l'Homme en même temps que l'univers. Il le crée libre, l'appelant à vivre librement au sein de la Création, dans le jardin d'Éden ou paradis terrestre. Mais l'homme, par orgueil, veut devenir son propre dieu. Il mange le «fruit défendu» (symbole du savoir et du pouvoir) et, dans cet acte de rébellion, se coupe de la Divinité. C'est le «péché originel », raconté symboliquement dans la Bible, — l'histoire d'Adam et Ève. Le péché originel produit la chute de l'homme qui, non seulement se sépare de Dieu et brise son harmonie avec la Création, mais encore se divise avec lui-même. Le Mal, le Malheur, la Mort sont donnés comme les conséquences du péché originel.
· Dieu n'abandonne pourtant pas l'homme à lui-même. Il désire le sauver, refaire alliance avec lui, lui envoyer un «Messie» — un libérateur. Ce Sauveur de l'humanité sera son propre Fils, qui s'incarne en la personne de Jésus-Christ. Du point de vue des chrétiens, la Bible est l'histoire de la venue du Sauveur, de son annonce et de sa promesse. Comment le Fils de Dieu, Dieu lui-même, peut-il à la fois garder sa nature divine et revêtir la nature humaine de cet homme nommé Jésus, c'est là un autre mystère, le mystère de l'Incarnation (voir ce mot).
· Le Fils de Dieu ne vient pas sauver les hommes d'un coup de baguette magique. S'il revêt la nature humaine, c'est pour en assumer le mal et le malheur, et délivrer les hommes de leur condition déchue. Il vient prendre sur lui le « mal » et, par sa souffrance, « racheter » l'humanité en la reliant à Dieu le Père. Il s'agit là du mystère de la Rédemption, qui implique que le Christ, pour effacer la faute des hommes, assume une souffrance qui soit à la dimension du « Péché du monde ». Ce sacrifice, c'est sa Passion et sa Mort sur la Croix, épisodes de la fin de sa vie, racontés dans les Évangiles. En assumant le mal, en triomphant de la mort par sa nature divine, le Christ ouvre à l'humanité la voie de la Résurrection.
· Il ne suffit pas que le sacrifice du Christ ait réconcilié Dieu (le Père) et l'humanité . Chaque homme peut s'associer ou non à la voie ouverte par le Christ. L'homme demeure libre. L'Évangile (qui signifie étymologiquement « la bonne nouvelle », celle du salut de l'humanité ) propose à partir de là une morale exigeante, fondée sur la prière et la pratique de la charité, sur l'union du chrétien à la personne du Christ. C'est en s'associant au Christ, unique médiateur, en s'ouvrant à son amour, que l'homme est appelé à » aimer », à participer à la nature mystérieuse de Dieu, à devenir «fils de Dieu» à son tour, par-delà la vie et la mort.
· Cette doctrine ne se vit pas « intellectuellement » et isolément. Le Christ a fondé une religion, mot qui signifie étymologiquement «ce qui relie, ce qui rassemble ». C'est donc à travers la communauté des croyants que Dieu se rend présent aux hommes par son Fils. L'Église est, au sens large, le rassemblement de tous les «hommes de bonne volonté» qui désirent vivre les valeurs enseignées par l'Évangile. Valeurs qui se résument au commandement de l'Amour — «aimer Dieu» et «aimer son prochain» ne faisant qu'un dans la logique du christianisme.
· Dans la pratique de cette morale exigeante, Dieu ne laisse pas l'homme se débrouiller tout seul : il lui envoie une puissance intérieure, la « grâce», puisque l'homme ne saurait se délivrer du mal qui est en lui par ses seuls moyens. La prière, individuelle et collective, le culte centré sur la personne du Christ, les sacrements (le Baptême, l'Eucharistie) sont les voies par lesquelles les chrétiens reçoivent cette grâce de Dieu, tentent de «faire le bien» autour d'eux, travaillent à la justice et à la fraternité, et s'acheminent vers la vie éternelle après la mort.
· Il faut savoir enfin que le christianisme a engendré plusieurs formes de religion (catholique, protestante, orthodoxe notamment), dont le fond est commun.
D'un point de vue philosophique, indépendamment de la question de la foi, on peut estimer que le christianisme a marqué la culture occidentale d'un double apport :
— d'une part, il a renforcé la tradition humaniste gréco-latine; il est intéressant de rapprocher, par exemple, la formule de Térence, «Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger», du commandement du Christ «Aime ton prochain comme toi-même» (commandement indissociable de l'amour de Dieu) : la tradition antique et la tradition chrétienne ont sans doute convergé pour aboutir à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948);
— d'autre part, le christianisme, renforçant la notion de messianisme, a fortement développé l'idée que l'humanité a une Histoire, et que celle-ci doit évoluer dans le sens d'un progrès moral, en vue d'un salut collectif. La foi dans le Progrès est une sorte de laïcisation de l'espérance en un Salut.


Voir Charité, Grâce, Incarnation, Rédemption, Résurrection.