Pour approfondir:

  1. XXX


Avocat et homme politique romain, Cicéron est considéré
comme le plus grand orateur de langue latine. Après des revers
 politique et personnels, il se consacra à la philosophie.
Admirateur de Platon et de la philosophie grecque,
il est un précurseur de l'humanisme .

VIE

Cicéron fut un grand homme politique,
énergique défenseur de la vertu républicaine. Il mourut assassiné pour s'être opposé à la dérive dictatoriale de Rome sous Antoine et Octave. Avec éloquence, il a adapté la philosophie grecque à la morale pratique des Romains.

L'orateur et l'homme politique
Marcus Tullius Cicéron est  né en 106 av. J.-C. à Arpinum, dans une famille aristocratique. Il étudie la rhé- torique et la philosophie. Dès l'âge de 26 ans, il se révèle comme l'un des meilleurs avocats de Rome. Il commence une carrière de magistrat et d'homme politique qui le mènera jusqu'au consulat. Orateur redoutable, il s'illustre dans de nombreux procès impliquant des hommes politiques (Verrès, Catilina).

Le philosophe assassiné
A partir de 58, sa fortune politique tourne. Il doit s'exiler plusieurs fois. Partisan de Pompée, il se retire de la vie publique après la victoire de César et se consacre à la philosophie. La mort de sa fille Tullia assombrit son existence. Après la mort de César, il dénonce avec vigueur les ambitions d'Antoine dans ses Philippiques. Parvenu au pouvoir, ce dernier le fait assassiner en 43 av. J.-C.

OEUVRES


Cicéron est surtout connu pour ses plaidoyers, qui restent des modèles de rhétorique latine. Mais ses oeuvres philosophiques, qui examinent les principales doctrines grecques dans une perspective morale et politique,
font aussi de lui l'un des grands philosophes romains.


De la Nature des dieux (77-76 av. J.-C.)
Cicéron expose et critique les conceptions platonicienne, stoïcienne et épicurienne de la religion. Il penche pour la doctrine stoïcienne, selon laquelle l'existence d'une intelligence divine se déduit de la beauté et de l'harmonie de l'univers. Même si la raison favorise le monothéisme, il ne faut pas contrarier le polythéisme populaire.

La République (54-51 av. J.-C.)
Cicéron énonce les principes de l'action politique et présente les différents types de régime. Pour garantir la légitimité morale du pouvoir, il prône l'institution d'un tuteur de l'État, qui veille au respect de la vertu sans porter atteinte aux institutions.

Des Lois (v. 50 av. J.-C.)
La loi, comme la morale, est fondée sur le droit naturel, compris comme raison divine gouvernant l'univers. Le droit écrit doit être l'expression de ce droit naturel universel. L'État républicain romain est le meilleur parce qu'il se fonde sur l'équilibre entre l'aristocratie et la démocratie. Le législateur doit veiller au respect des traditions, pour autant qu'elles s'accordent avec l'idéal républicain.

Les Académiques (45 av. J.-C.)
Cicéron examine le problème de la connaissance et de la vérité. Il adopte les vues de la Nouvelle Académie, qui concilient scepticisme et platonisme: on ne peut rien savoir, il faut tout mettre en question, mais on peut admettre une connaissance non certaine, pourvu qu'elle soit vraisemblable.

Les Tusculanes (45-44 av. J.-C.)
Cicéron rejette l'épicurisme: le souverain bien n'est pas le plaisir, mais un mélange entre les biens de l'âme et les biens corporels et extérieurs. Toutefois, la vertu, bien de l'âme, est primordiale. Quant aux passions, Cicéron pense, comme les stoïciens, que ce sont des erreurs de la Raison trompée par le désir. Toutefois, le sage ne peut pas éviter le chagrin, ni la souffrance qu'inspire la vue du vice, car la sagesse n'est pas indifférence.

Du Destin (44 av. J.-C.)
Cicéron tente de concilier la conception stoïcienne du destin avec la liberté humaine. Même si l'homme est mû par ses tendances propres, il est libre au moment de choisir son action.

La fin de la République
Cicéron vit dans une époque politique troublée qui voit le déclin de la République. Le pouvoir partagé entre les patriciens et la plèbe est menacé par les ambitions dictatoriales de chefs militaires comme Pompée, César, Antoine ou Octave. Après plusieurs guerres civiles, Octave triomphe. A partir de 27 av. J.-C., il établit l'Empire et règne seul, sous le nom d'Auguste.

De l'éclectisme à l'humanisme
A l'époque de Cicéron, la philosophie en vigueur à Rome est surtout celle des grandes écoles grecques (platonisme, stoïcisme, épicurisme, scepticisme). Cicéron examine ces différents courants et tente de retenir ce que chacun a de meilleur. Disciple de ton, il préconise une sagesse humaniste fondée sur l'étude des lettres et sa mise en pratique au service bon gouvernement.

APPORTS

Cicéron a réhabilité le dialogue politique et le doute philosophique. Rejetant tout dogmatisme et tout autoritarisme, il pense qu'une vérité consensuelle surgira de la libre confrontation des opinions. Par sa tolérance et sa considération pour les philosophies anciennes, il annonce l'humanisme .


La recherche du consensus. Cicéron accorde une grande importance à la persuasion, à la discussion et au consensus. Ces principes «démocratiques», appliqués à la philosophie, le poussent à confronter les différentes doctrines afin de dégager les points sur lesquels tout le monde s'accorde. Quand il y a désaccord, il s'efforce de défendre le meilleur point de vue. La méthode de l'exposé contradictoire (présentation du pour et du contre) confère à ses ouvrages une grande clarté.
L'humanisme . Partisan du doute philosophique et de la confrontation d'idées, Cicéron rejette tous les systèmes dogmatiques. Il affirme cependant l'importance d'établir des principes solides en philosophie, en religion, en morale et en politique. En exposant les différents courants de pensée de l'Antiquité, il accorde à la culture une importance nouvelle.
Postérité/actualité. Homme de parole et d'action, politiquement engagé, Cicéron tente de s'inspirer du platonisme pour défendre des principes de morale et d'action politique. Il réaffirme son attachement aux idéaux de tolérance, de solidarité, de liberté. Par sa croyance dans le dialogue et son esprit cultivé, il est le précurseur de l'humanisme . Par sa théorie de la connaissance, il annonce Descartes et la science moderne. Par son génie oratoire, il est considéré, encore aujourd'hui, comme un modèle de rhétorique.