Retour à l'index des Conseils méthodologiques• La règle du « ni... ni... »

Ni trop subjectif...

En philosophie, on ne juge pas les copies sur les effets de style, les envolées plus ou moins lyriques ou le degré de conviction que le candidat est capable de manifester. La « bonne copie » n’est pas le recueil des bonnes et vertueuses pensées du futur bachelier. Il ne s’agit pas de convaincre dans une prose enflammée votre correcteur que vous êtes un bon démocrate, que vous fustigez les méchants ou que « si tout le monde était gentil les choses iraient beaucoup mieux ». Votre correcteur attend de vous une expression claire, soignée et mesurée, montrant moins vos opinions personnelles que vos capacités d’analyse. Il faut « garder la tête froide », afin d’examiner si l’on a bien envisagé sous tous les aspects la question posée ou le passage du texte étudié. On ne reprochera jamais à un candidat de s’être confronté à des difficultés sans parvenir à les résoudre. Le risque est plutôt de ne pas les avoir vues et d’avoir «noyé le poisson » en se livrant à des digressions hors de propos pour « noircir la copie ».

Ni trop impersonnel...

Certes, les circulaires ministérielles soulignent bien qu’il faut que le candidat pense par lui-même. Cela veut dire qu’il doit essayer de formuler en des termes qui lui sont propres les questions qu’il se pose au cours de sa réflexion et ne pas répéter sans comprendre le cours de son professeur ou les quelques notions générales qu’il aura hâtivement glanées dans l’urgence d’une révision de dernière minute. Penser par soi-même, c’est montrer que l’on est capable de s’approprier et de prendre à son compte des raisonnements, des analyses ou des questions de type philosophique. Les opinions soi-disant « personnelles » ne sont le plus souvent que l’exposition de ses propres préjugés, lesquels ne sont eux-mêmes que le reflet de ceux de notre environnement.


• ...Et son application pratique


Comment de telles exigences se traduisent-elles ?

Tout d’abord, le candidat évitera toute expression impliquant un jugement de valeur.

> Éviter les expressions renforçant inutilement le caractère subjectif de votre propos. Des tournures stéréotypées du type « moi, personnellement, je pense que...» ; «en ce qui me concerne...»; bref, tout ce qui renforce l'impression que le candidat se contente d’asséner ses opinions.

> Éviter de se raconter. La rédaction d’une dissertation ou d’une explication de texte ne doit pas donner lieu à des développements où le candidat exprimerait ce qui lui tient à cœur. Il ne faut pas se laisser aller à raconter ses fantasmes ou ses problèmes, la copie du bac n’est pas le déversoir de tout ce que l’on croit savoir sans avoir jamais osé le dire !

> Pas de phrase exclamative du type: «Quel beau raisonnement de Kant !» ; « Bergson, ce grand philosophe français... » ; « On ne peut qu’admirer la lucidité de Nietzsche lorsqu’il dit...», etc. Le point d’exclamation est à proscrire des copies.

> Pas d'appel aux pseudo-évidences du sens commun. Souvent, les candidats confondent l’appel à l’évidence du sens commun avec les exigences d’une démonstration argumentée. Évitez de dire par exemple : « Les progrès de la science moderne ont bien montré la supériorité des civilisations fondées sur la liberté des échanges » ; « De tout temps, les hommes se sont battus pour leur survie... » ; « L’histoire a bien montré que la démocratie était la seule forme d’organisation politique viable » ; « Il est clair que la philosophie ne sert pas à grand-chose » ; « On ne pourrait pas se passer de la philosophie... » ; tous ces énoncés, qui tiennent souvent lieu d’opinion moyenne, sont apparemment « frappés au coin du bon sens ». En fait, ils ne peuvent être utilisés que dans la mesure où ils sont le point de départ d'une critique, et non à titre d’arguments permettant d'emporter la conviction du lecteur sans s’être aucunement donné la peine de produire le moindre commencement d’analyse.

> Pas d affirmation s gratuites du type : « La métaphysique n’a jamais fait avancer, ni progresser l’humanité » ; « La psychanalyse n’a jamais soigné personne », etc.

AUTRES RÈGLES STYLE (Prolongement)

> Ne pas s'embarquer dans des analyses de caractère descriptif. De nombreux candidats, ne sachant trop quoi dire sur un sujet, croient pouvoir s’en tirer en transformant la dissertation de philosophie en un devoir d’histoire, d’économie, voire de littérature. S’instaure alors un style descriptif où l’on ne cherche plus à analyser les notions que l'on mobilise, où plus aucune question n’est posée.

L’exemple évoqué, qui n’a souvent qu'un rapport lointain et indirect avec le sujet, apparaît alors comme le prétexte à une digression-remplissage du plus mauvais effet sur les correcteurs.

> Toujours penser à justifier vos développements par rapport au sujet traité. L’exposé de doctrines philosophiques, tout comme l’utilisation d’exemples empruntés à des domaines extra-philosophiques, doit être motivé par la structure même de votre problématique. Il ne va pas de soi que tel exemple, telle position doctrinale réponde au sujet dans sa spécificité ; c’est à vous de montrer et de justifier au correcteur le rapport précis reliant ce que vous dites au sujet que vous traitez ou au texte que vous expliquez.

> Ne pas se répéter. Il faut éviter les redites, même si, en philosophie, il est possible de revenir sur un exemple ou une analyse, afin d’en éclairer davantage le sens. Il faut, toutefois, que ce nouvel examen soit une reprise et non une répétition.

> Bien soigner les enchaînements logiques et rhétoriques. Il faut avoir le souci de faire apparaître le caractère argumenté et ordonné de vos analyses.

- Ne pas introduire des tournures rhétoriques du type : «d'une part» ; «en premier lieu»; «dans un premier temps» ; «de prime abord», etc., en omettant de les faire suivre du second élément («d’autre part», «en un deuxième temps», etc.) qu'elles appellent nécessairement.
- Ne pas employer à tort et à travers les expressions logiques. Éviter de multiplier abusivement les tournures comme « donc », « par conséquent », « c’est pourquoi », qui servent souvent à créer artificiellement des effets de cohérence.

► Faire attention à la ponctuation. Notamment, éviter les points de suspension (par exemple, il ne faut jamais de points de suspension après etc.), les points d’exclamation, les parenthèses et les tirets, et en général tout signe de ponctuation pouvant laisser croire que vous cherchez à signifier implicitement quelque chose à votre lecteur. La dissertation doit être le règne de l’explicite. Il faut donc montrer son souci d’éviter tout énoncé sous-entendu et de lever toutes les équivoques.

> Éviter les néologismes. Ne pas faire usage de certains néologismes inutiles, comme « positiver, initier, optimiser, positionner, etc.», ni bien entendu, comme c’est le cas encore trop souvent dans les copies, d’expressions « à la mode », comme « branché, génial, super...». Attention aussi aux fautes d’orthographe liées à l’orthographe étrangère de certains mots. En français on écrit «langage» et non pas «language», «personnalité » et non pas «personalité » comme dans l’allemand «personalitat» ou le latin «personalitas », etc.