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CONSEILS METHODOLOGIQUES POUR L'EXPLICATION DE TEXTE (=> LES DIFFÉRENTES MANIERES POSSIBLES DE TRAITER LE SUJET-TEXTE <=)

A. Qu'est-ce que l'explication d'un texte philosophique ?

Le troisième sujet proposé à l'épreuve écrite du bac consiste dans l'explication d'un court texte extrait de l'oeuvre d'un auteur qui figure sur la liste du programme. Les candidats sont invités à «expliquer le texte». «La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise, poursuit la consigne. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.» Que signifie cette consigne ?

·        Une compréhension précise du texte Inutile de rappeler ici des généralités sur la vie ou sur la doctrine de l'auteur. Votre explication doit s'attacher à la lettre du texte, attentive non seulement au raisonnement mais aux termes employés, au ton, aux comparaisons, aux exemples, à ce que le texte éventuellement laisse dans l'ombre. Il faut faire connaître en détail ce que l'auteur a voulu dire, sans pour autant tomber dans la paraphrase.

·        La mise en évidence du problème philosophique

Quelle que soit sa forme, un texte philosophique peut toujours être lu comme une tentative pour poser ou pour résoudre un problème philosophique. C'est ce problème qu'il vous revient de saisir en lui-même et d'expliciter le plus clairement possible. Une certaine familiarité avec les problèmes essentiels qui sont en rapport avec les différentes notions du programme devrait vous aider dans cet exercice.

B. Le travail préalable (=> Les étapes du travail  au brouillon <=)

Ce travail, effectué au brouillon, repose sur une lecture active du texte. Il faut le lire et le relire en le questionnant: Que veut dire ici l'auteur ? Pourquoi emploie-t-il ce terme-ci, plutôt qu'un autre ? À quelle thèse s'oppose-t-il éventuellement ?

·        Identifier le thème du texte.

Il s'agit de savoir de quoi parle le texte, quel est précisément son objet.

·        Repérer et définir les mots clés.

Vous devez repérer les notions principales du texte et en proposer une définition précise, en vous appuyant sur le contexte et sur les relations que ces notions entretiennent les unes avec les autres.

·        Trouver la question initiale à laquelle répond le texte.

Le texte est nécessairement sous-tendu par un problème philosophique qu'il vous revient de mettre au jour.

·        Déterminer la thèse de l'auteur

La thèse est l'idée générale qui gouverne l'ensemble du texte, et qui est avancée par l'auteur comme sa réponse à la question qui vient d'être identifiée.

·        Repérer et ordonner les arguments de l'auteur (plan du texte)

Il est capital de repérer les principaux moments de l'argumentation de l'auteur, et de saisir le rôle que chacun d'eux remplit dans la logique générale de son raisonnement. Les différents moments du texte constitueront autant de parties dans votre devoir.

·        Examiner la valeur de la thèse

Pour cela, il faut rechercher les éventuels présupposés sur lesquels s'appuie la thèse et les conséquences qu'elle entraîne sur les plans théorique et pratique. Vous pouvez également confronter à d'autres points de vue la solution proposée par l'auteur.

C. La rédaction du commentaire

La difficulté est ici de rendre compte de la pensée de l'auteur sans la trahir, sans faire dire au texte plus qu'il ne dit, ou autre chose que ce qu'il dit.

·        L'introduction : (=> Rédiger l'introduction <=)

- Elle indique le thème du texte (ce dont il parle) ;

- Elle formule la question philosophique à laquelle répond le texte;

- Elle indique la thèse de l'auteur (ou l'idée générale du texte);

- Elle présente succinctement les principaux moments de son argumentation, auxquels pourront correspondre les différentes parties du développement

·        Le plan & Le développement :

Schématiquement, deux plans sont possibles.

Soit un plan en deux parties, la première partie étant consacrée à une explication linéaire du texte, la deuxième à un commentaire, autrement dit à des solutions critiques par rapport à ce que propose le texte.

Soit un plan qui épouse le plan du texte, ou tout au moins qui le suit pas à pas et qui l’explique tout en le comparant à d’autres points de vue possibles (critique positive ou négative).

Souvent, les candidats ont l’impression que le premier plan est le plus simple. C’est une erreur d’appréciation. Ce type de plan conduit fréquemment à deux errements. L’explication est souvent proche d’une pure et simple paraphrase, c’est-à-dire d’un propos qui reprend les termes du texte avec des mots différents mais bien peu éclairants et une seconde partie où le candidat développe un ou deux points de vue sur la question concernée comme si l’exercice était une dissertation générale, en oubliant le texte. Certes, ces deux errements ne sont pas des fatalités. Il est possible de mener une explication qui soit réelle et un commentaire où le candidat compare en permanence les points de vue critiques et celui développé par le texte.

Mais à vrai dire, le second plan correspond mieux à l’esprit de l’épreuve. Il ne s’agit pas de diviser le texte en parties ou en nombre de lignes à peu près égales. Un texte d’examen contient à peu près 10 à 15 lignes. Par la force des choses, il ne propose que de deux ou trois moments au maximum. Il s’agit d’une argumentation courte, parfois volontairement un peu générale, et parler de parties est excessif. Mais l’argumentation proposée comporte plusieurs éléments qu’il s’agit d’analyser successivement. Car un texte philosophique présente l’avantage suivant : son ordre chronologique coïncide presque toujours avec son ordre logique.

·        La conclusion :

-     Elle montre comment le texte a répondu à la question initiale;

-     Elle rappelle le principal intérêt du texte, ce qui fait sa valeur;

-     Elle évoque éventuellement les difficultés que laisse subsister la thèse de l'auteur, ou les critiques que l'on serait fondé à lui adresser.

 

 

 

EXPLIQUEZ LE TEXTE SUIVANT :

 

« La signification du passé est étroitement dépendante de mon projet présent. Cela ne signifie nullement que je puis faire varier au gré de mes caprices le sens de mes actes antérieurs; mais, bien au contraire, que le projet fondamental que je suis décide absolument de la signification que peut avoir pour moi et pour les autres le passé que j'ai à être. Moi seul en effet peux décider à chaque moment de la portée du passé: non pas en discutant, en délibérant et en appréciant en chaque cas l'importance de tel ou tel événement antérieur, mais en me « pro-jetant » vers mes buts, je sauve le passé avec moi et je décide par l'action de sa signification. Cette crise mystique de ma quinzième année, qui décidera si elle « a été » pur accident de puberté ou au contraire premier signe d'une conversion future? Moi, selon que je déciderai - à vingt ans, à trente ans - de me convertir. Le projet de conversion confère d'un seul coup à une crise d'adolescence la valeur d'une prémonition que je n'avais pas prise au sérieux. Qui décidera si le séjour en prison que j'ai fait, après un vol, a été fructueux ou déplorable? Moi, selon que je renonce à voler ou que je m'endurcis. Qui peut décider de la valeur d'enseignement d'un voyage, de la sincérité d'un serment d'amour, de la pureté d'une intention passée, etc. ? C'est moi, toujours moi, selon les fins par lesquelles je les éclaire. Jean-Paul SARTRE

 

 

Introduction

 

Ces lignes, extraites de « L'Etre et le Néant », se rapportent aux thèmes du passé et de la liberté. Quel problème soulèvent-elles ? Celui de savoir si le passé pèse sur moi, tel un ensemble de déterminismes, ou bien s'il est matière pour une liberté humaine. En somme, le passé œuvre-t-il dans le sens du déterminisme ou bien est-il organe de ma liberté ? Le passé est-il aliénant ou libérateur ?

Quelle est l'idée directrice des lignes proposées ? Présent, futur et « projet fondamental » décident du sens du passé, qui, loin d'être un bloc inerte, est modelé par le projet humain. Le passé n'est ni opacité ni réalité figée; il est l'autre face de ma pleine liberté.

On saisit, du même coup, l'enjeu, l'importance décisive du texte, puisqu'il nous conduit aux portes de la totale responsabilité humaine.



• Le texte se divise en deux grandes parties principales divisées elles-mêmes en sous-parties :

A.    « La signification du passé [...] sa signification. » : mon projet originel et mon projet présent commandent la signification de mon passé, lequel n'est pas un bloc figé et opaque, un faisceau préétabli de déterminismes.

B. « Cette crise mystique [...] je les éclaire. » : exemples (crise mystique, séjour en prison, etc.) illustrant la thèse générale et l'idée directrice énoncée en A.

 

Etude ordonnée.

 

A) Première grande partie : « La signification... sa signification. »

Toute la première partie développe méthodiquement et progressivement l’idée générale selon laquelle le passé, dans sa signification, dépend du présent et des intentions futures Sartre souligne que c’est en me projetant dans l’action future que je puis décider de la signification de mon passé.

a) Première sous-partie : « La signification... projet présent ».

La première phrase du texte, très dense contient l’essentiel de la thèse de l’auteur, qui en nuancera le sens dans tout l’ensemble proposé à notre réflexion. De quoi s’agit-il exactement ? De la signification, ici, du sens, du passé, à savoir de la dimension du temps écoulé, en tant qu’il n’est plus là et qu’il exprime une irréversibilité absolue. Ce passé, pour Sartre, détient un sens et désigne, non point un ensemble d’éléments figés et préétablis, relatifs à un moment donné de ma temporalité, mais ce que je suis dans le temps et l’action. Ce sens est « dépendant » (subordonné) de mon « projet-présent », c’est-à-dire de la conscience humaine toujours en avant d’elle-même vers l’avenir, de la libre production des fins telle qu’elle se donne actuellement à moi. Loin que cette signification soit figée dans le temps, loin qu’elle soit subordonnée à mes actes antérieurs, cette signification se présente non point comme un irréductible, mais comme le produit de ce que je fais et crée aujourd’hui.

Encore faut-il nuancer ce que Sartre va faire dans la suite du texte.

b) Seconde sous-partie : « Cela... j’ai à être. »

Dans le premier énoncé de cette sous-partie (« Cela... antérieurs »), Sartre met à l’écart une interprétation de sa thèse : je ne puis métamorphoser et transformer au gré de mes fantaisies ou déterminations arbitraires (« de mes caprices ») le « sens de mes actes antérieurs », à savoir ce que veulent dire les activités de la personne, les activités organisant des moyens en vue de fins, les mouvements d’ensemble que je produis et réalise. En bref, dire que la signification de mon passé dépend du projet actuel, ce n’est point la relier à des déterminations fluctuantes, arbitraires, contingentes. Quel est alors le sens de la proposition de Sartre et que veut-il dire exactement ? Il va relier le sens de mon passé à la notion de « projet fondamental », lequel informe ce dernier («Mais... à être. »).

Qu’est le « projet fondamental » ? Le choix de moi-même, qui remonte très loin dans le passé, et qui est perpétuellement réaffirmé à travers chaque nouvelle expérience, le projet d’être qui informe ma vie et lui donne sens, qui structure tous mes choix particuliers, qui gouverne toute mon existence ; ce projet, que Sartre nous donne à voir dans « L’Etre & le Néant », marque de ses significations mon passé, mes intentions et mes actes. Il projette sa lumière sur un double aspect du sens de mon passé, sur ce qu’il est et pour moi et pour les autres.

c) Troisième sous-partie : «Moi seul.... Sa signification. »

Mais l’idée d’un projet fondamental éclairant mon passé reste encore trop théorique et Sartre en vient à une analyse plus précise et plus concrète. Certes, l’idée d’un choix originel (partie maîtresse de la « psychanalyse existentielle » de Sartre) a le mérite de me renvoyer à ce thème décisif : l’homme est une totalité et un choix unique informe ma vie. Ce choix unique donne sens au passé. Néanmoins, il faut tenter d’être plus concret et c’est ce que Sartre va faire dans la suite et dans la cette troisième sous-partie.

Pourquoi le passé n’est-il pas vraiment une réalité statique, un en-soi immuable dont la signification ne varierait pas ? Parce que « moi seul », à savoir le sujet s’affirmant comme tel dans son irréductibilité, arbitre et choisis à chaque instant la force et le niveau du passé, ce qu’il atteint véritablement, ce qu’il symbolise ; je décide de l’étendue réelle et de la puissance de ce passé. La « portée du passé », c’est ce qu’il atteint réellement, c’est son champ d’action véritable, c’est son importance et son dynamisme vrai.

Qu’est-ce à dire exactement ? En quoi est-ce que je décide de l’étendue et de la force de mon passé, de son champ d’action véritable ? C’est ce que Sartre nous explique. Il ne s’agit nullement, à travers le langage, d’apprécier tel ou tel événement, d ‘évaluer et d’estimer (« d’apprécier ») le poids de tel ou tel fait. En fait, l’analyse de Sartre ne se situe pas au niveau de l’appréciation théorique, au niveau de la « délibération », où je pèserai le poids des « événements antérieurs », c’est-à-dire des faits psychiques passés. Il ne s’agit nullement de procéder à une telle délibération théorique, mais de bien autre chose : de se « projeter vers mes buts », c’est-à-dire de se transcender vers des fins. En se jetant ainsi vers l’avenir, le sujet « sauve » le passé : il en empêche la destruction et la perte ; il le prend en charge, il le fait bien. Il l’arrache au néant et à la mort. Oui, je sauvegarde ce qui n’est plus en même temps que je me sauve moi-même et je dispose en maître (« je décide »), par mon action, par ce que je fais, de la signification de ce passé.

C’est en me transcendant vers le futur que je choisis le sens de ce qui n’est plus ; à l’action de décider. A la pratique présente et future de donner un sens à la partie opaque de moi-même. En définitive, je décide seul, par l’action présente, de ce que je fus ; je suis projet libre : en m’installant résolument dans le pour-soi que je suis, je puis sauver mon passé... ou l’effacer.

Le passé n’est pas clos : il n’est pas immuable ni figé. Je le fais. Mais il reste à appuyer cette thèse sur des exemples.

B) Seconde grande partie : « Cette crise... éclaire. ».

Dans cette seconde partie « pratique », appuyée sur des exemples et des cas concrets, Sartre permet à la démonstration de mieux persuader et pénétrer le lecteur. La première sous-partie (« Cette crise... au sérieux ») souligne le caractère ambigu d’une phase mystique, son indétermination dont seule la pratique ultérieure peut déterminer le vrai sens et la réelle portée. La seconde sous-partie (« Qui décidera... je m’endurcis ») applique la même problématique à l’indétermination psychique d’un séjour en prison. Enfin, (« Qui peut... éclaire. ») Sartre récapitule la problématique générale, la dernière phrase opérant un bilan global.

a) Première sous-partie : « Cette crise... au sérieux ».

Premier exemple : celui d’une « crise mystique » de l’adolescence, phase critique où j’ai eu le sentiment d’entrer directement en contact avec Dieu. Ici, le sens du passé dépend radicalement du présent et du futur. En effet, cette crise peut apparaître soit comme un phénomène anecdotique et inessentiel (« un accident de puberté »), soit, au contraire, comme un « premier signe », un phénomène évoquant autre chose et permettant de l’identifier, ce qui annonce une conversion future, un vrai accès à la vie religieuse. Seul le « projet de conversion », l’acte ultérieur par lequel je me tourne vers Dieu, peut décider de la signification d’un passé indéterminé. Donc, mon projet présent informe et structure mon passé.

b) Seconde sous-partie : « Qui décidera... je m’endurcis. »

L’exemple du séjour en prison s’insère dans la même problématique. Ici encore, l’acte futur, la décision ultérieure, décident du vrai sens d’un passé que je puis, soit assumer et reprendre en compte, soit rejeter à travers mes actes présents. Ainsi, ici encore, ma liberté s’exerce à l’égard d’un passé qui est matière pour le « pour-soi » et permet de structurer la personnalité sans vraiment peser sur elle.

c) Troisième partie : « Qui peut... éclaire. ».

Voyage, serment d’amour, etc. : autant d’exemples évoqués à l’appui de la thèse. On remarquera que la première partie de cette sous-partie (« Qui peut... etc. ») fait surgir les exemples tandis que le seconde (« C’est moi... éclaire. ») énonce la partie théorique. Les « fins », les buts que vise un acte décident de la portée du passé car elles jettent une lumière sur ce qui fut. Ainsi, l’homme existe et projette une signification sur une situation antérieure. C’est l’existence qui illumine le passé, la fin ultérieure qui éclaire l’opacité apparente du passé.

A travers l’enchevêtrement des exemples et de la théorie, Sartre nous a montré que seuls l’action et le futur donnent un sens à la temporalité humaine. Le pro-jet fonde le passé et, à la limite, le recrée.

 

 

Intérêt philosophique du texte

 

Ce texte est riche d'une pluralité de vues intéressantes et suggestives. ll nous montre que le passé, susceptible d'une multiplicité d'interprétations, est projet, que la seule force du passé s'origine dans le futur et la liberté (A). ll souligne que le passé ne s'identifie pas à un ensemble de faits ou données qui rongeraient le présent : loin d'être poids, il désigne une plasticité absolue, ce qui signifie que toute nostalgie du passé est absurde (B).

 

A.    Le passé comme projet et l'infinité des interprétations.

 

Le passé est projet : il désigne à la fois le présent et l'avenir. Ce qu'il manifeste, c'est l'entière solidarité d'autrefois et d'aujourd'hui.

Affirmation importante et réconfortante, du plus haut intérêt philosophique. Le passé se développe et s'organise à travers la création de la vie personnelle, à travers une liberté inventive, à travers une historicité et une temporalité complexes. Ce qui signifie qu'il n'est pas une lecture unique du passé, mais une infinité de lectures et d'interprétations. Si le passé est projet et liberté, il représente cette forme ambiguë appelant une multiplicité de déchiffrements. Georges Gusdorf rejoint ici la problématique de Sartre : « Mon passé est aussi complexe que moi. ll s'offre à mon interprétation comme ces figures ambiguës à propos desquelles le regard hésite, se fixant tantôt sur cette forme, tantôt sur telle autre. Plusieurs lectures sont possibles, entre lesquelles seule une décision arbitraire peut fixer un choix qui demeure à jamais irrévocable. » (G. Gusdorf, Mémoire et Personne, tome 2, PUF, p. 549). Si Gusdorf met davantage l'accent sur le regard théorique et Sartre sur l'action, tous deux se rejoignent en montrant la pluralité des interprétations. Le passé est projet et tâche à venir. Il relève de multiples lectures et d'une création renouvelable. Tel est le premier intérêt philosophique du texte de Sartre.

 

B. Le poids ou la « nostalgie du passé », thème à mettre à distance.

 

Du même coup, ce texte nous permet de mettre à distance bien des thèmes célèbres et, néanmoins, contestables. On parle volontiers du « poids du passé ». On évoque souvent son importance. Certains le majorent et amplifient sa force. Certes, tout n'est pas faux dans ce type d'analyse. Quand Chateaubriand, dans les Mémoires d'outre-tombe, note que« notre vie est si vaine qu'elle n'est qu'un reflet de notre mémoire» (Livre ll), il s'attache à ce passé qui ronge le présent. Bien des écrivains ont évoqué ce poids du passé, de Rousseau ( « Les seuls retours du passé peuvent me flatter», écrit ce dernier dans les Confessions) à Fournier. Sans mépriser ces analyses dont la beauté littéraire reste intacte, nous noterons, en nous appuyant sur Sartre, leur caractère peut-être contestable sur le plan « psychologico-métaphysique ».

Nostalgie du passé? Poids du passé? Mais en vérité, nous montre le texte de Sartre, le passé n'est pas un fardeau accablant, un obstacle à notre liberté. Nous ne sommes nullement prisonniers de ce qui fut. Comment le passé pourrait-il accabler le présent ? Il est plasticité absolue, il ne s'identifie nullement à un ensemble de données immuables. Mon passé, c'est mon avenir. Ainsi mettons-nous à distance, avec Sartre, la « nostalgie du passé», l'appel au souvenir. Le mérite du texte de Sartre est ainsi de me délivrer, de me purifier l'esprit, de me jeter sur la grande route de l'action, au milieu des hommes, dans le vent de la liberté.

 

Conclusion.

Le problème était de savoir si le passé est obstacle ou organe de ma liberté. Nous répondrons que le passé est l’instrument de cette liberté puisqu’il est lui-même projet et transcendance.