Retour à l'index du dictionnaire de philosophieCULTURE (lat. colere, mettre en valeur )

Gén. La culture désigne la mise en valeur aussi bien d'un champ (agriculture) que de facultés (éducation). Ainsi, la faculté de penser ne se développe pas spontanément, c.à -d. sans la médiation d'autres hommes (société). L'inné en l'homme (l'ensemble de ses facultés naturelles) ne s'éveille et l'homme ne s'humanise que par la culture. En ce sens, la culture ne désigne pas l'altération ou l'abandon de la nature humaine mais son accomplissement. Sans culture, l'Homme n'est pas même un animal : il est inhumain (comme ces « enfants sauvages » que Lévi-Strauss nomme « monstres culturels »).

En anthropologie, la culture désigne l'ensemble des croyances, connaissances, rites et comportements d'une société donnée. Certains réservent le  terme de culture aux productions non matérielles d'une société, préférant parler de civilisation à propos des productions matérielles (objets, outils, architecture, etc.).

En un sens restreint, le mot «culture» désigne l'ensemble des connaissances non essentielles {date de naissance  de Racine, étymologie du mot «misanthrope», etc.) En un sens plus large, le terme renvoie à la totalité des phénomènes humains.

CULTURE. n. f: (sens figuré, à partir de la culture agricole).
1° Au niveau individuel, la culture représente à la fois l'ensemble des connaissances acquises et le développement des facultés intellectuelles et morales liées à cette acquisition. Avoir de la culture, être un homme cultivé, ce n'est donc pas seulement accumuler un savoir, c'est exercer et former son esprit (sa raison, son sens critique, sa sensibilité esthétique, etc.). Tel est le sens de la formule fameuse d'E. Herriot : « La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oubliés. Formule qui implique toutefois que pour «tout oublier », il faut avoir beaucoup appris...
Cette culture individuelle peut être générale (elle implique une connaissance moyenne et une réflexion sur toutes les branches du savoir) ou être plus spécialisée (culture artistique, musicale, philosophique, scientifique).
2° Au niveau collectif, la culture représente l'ensemble des pratiques, des moeurs, des savoirs, des valeurs, des arts d'une société ou d'un groupe humain. Ce second sens signifie que la civilisation même d'une société est une production de l'esprit humain : les techniques (et donc le savoir qu'elles supposent), les moeurs (et donc la philosophie, la morale dont elles sont le reflet) et les mentalités dominantes sont donc aussi révélatrices du génie créateur de l'homme que les oeuvres d'art, les activités intellectuelles ou littéraires, les sciences et tout ce qui fait partie de la culture au sens n° 1.
Ce sens global du mot « culture », proche du mot Civilisation, est notamment utilisé par les ethnologues, anthropologues et sociologues. On parlera de culture à propos des structures sociales, du type de religion, ou du mode de consommation. On parlera de «choc des cultures». Polygamie, mode musicale (culture-rock) ou boisson moderne seront considérées comme des traits « culturels », au risque de faire perdre au mot « culture » son sens originel d'exercice de la pensée (ce que déplore A. Finkielkraut dans La Défaite de la pensée, 1987).
Quoi qu'il en soit, ce qui demeure commun aux deux sens du mot culture, c'est l'opposition qu'il forme avec le mot nature. La « nature » est ce qui est inné, instinctif, et qui ne semble provenir que du déterminisme biologique en l'homme. La « culture » est le fruit du travail de l'homme sur lui-même, ce qu'il acquiert aussi bien individuellement que collectivement : ses traditions, ses coutumes, sa manière de penser et de vivre, ses croyances, sa science, ses productions artistiques, morales ou intellectuelles. La grande question est de faire la part de l'une et de l'autre dans l'être humain. L'homme est-il surtout « nature » ou surtout « culture »? On peut renvoyer aux interrogations de Pascal qui, en donnant au mot «coutume» un sens proche de celui qu'on donne au mot «culture», écrit : «La coutume est une seconde nature, qui détruit la première. Mais qu'est-ce que la nature ? Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle ? J'ai grand 'peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature. »


Voir acculturation , Inculte, Nature.

En un sens général, la culture est l'ensemble de tous les produits humains dans le domaine des arts, de la connaissance et des comportements. Selon cette définition, il faut considérer que tout homme est cultivé, puisque en tant qu'être social, il reçoit nécessairement une éducation qui le conduit à parler une langue, poser certaines valeurs et avoir des croyances. L'usage encyclopédique que l'on fait parfois de cette notion ne doit donc pas nous égarer sur son caractère d'abord anthropologique : l'homme est un être de culture, quelle que soit la pauvreté de son savoir ou l'apparente sauvagerie de ses pratiques. Par ailleurs, la culture est aussi la négation ou la transformation du donné naturel brut. Autrement dit, on doit distinguer la culture de la nature parce que la première implique une diversité, une histoire et une éducation, là où la seconde relève seulement de ce qui est inné et immédiatement partagé par tous. Par exemple, la reproduction est naturelle comme phénomène biologique, mais la sexualité est culturelle, puisque les pratiques sexuelles sont liées à des usages et des représentations sociales.