«Il n'y a que la volonté, ou liberté de décision, que j'expérimente si grande en moi que je n'ai idée d'aucune autre plus grande» Descartes, Méditations métaphysiques (1641), IV.


· L'idée qu'il faut croire ou faire quelque chose sans chercher à comprendre pourquoi («argument d'autorité») ne peut satisfaire un esprit formé aux mathématiques et habitué à l'idée de démonstration rationnelle, reposant sur des arguments déduits logiquement à partir d'évidences simples, par un «sujet» qui serait
le point de départ de ses pensées et de ses actes.
· Descartes est un des philosophes qui a le plus fermement affirmé cette conception. Il montre que le sujet autonome se constitue dans:
- le cogito - «Je pense donc je suis»: le fait de mon existence en tant que conscience pensante, s'impose à moi avec une certitude absolue. C'est une vérité que je trouve en moi-même sans le recours à aucune autorité.
- l'expérience du libre-arbitre, c'est-à-dire de la capacité de faire un choix, est une faculté qui ne peut pas être divisée. Prétendre la restreindre, c'est la supprimer.

«j'ai en quelque façon premièrement en moi la notion de l'infini que du fini, c'est-à-dire de Dieu que de moi-même » Descartes, Méditations métaphysiques (1641), III.


· La conception cartésienne du sujet semble gommer deux aspects de l'existence humaine
- la finitude (la fatigue, la paresse, le désir, l'hésitation, le remords), ce qui fait que nous ressentons, sous des formes diverses, un profond décalage avec nous-mêmes (lorsqu'on aime deux personnes à la fois par exemple);
- l'ouverture au monde: en posant le sujet comme un absolu, dans le cogito, je ne parviens plus à penser son rapport avec ce qui est extérieur à lui.
· En réalité, Descartes a longuement traité du problème des passions (dans le traité Les Passions de l'âme) et du problème du solipsisme (la clôture du sujet sur soi-même). Le sujet ne se définit jamais de manière complètement auto¬nome: la relation est première. Et ce n'est pas un rapport de soumission, mais de constitution, une condition de possibilité pour que le sujet constitue son auto¬nomie. (Voir Husserl*).