Retour à l'index du dictionnaire de philosophieDÉSIR (lat. de-siderare, regretter l'absence d'un astre -sidus)

Désirer, c'est tendre consciemment vers ce que l'on aimerait posséder. Le désir est conscience d'un manque. Comme conscience, il est le propre de l'homme dans la mesure où seul celui-ci est capable de représentations intellectuelles (l'animal a des besoins»). « Le désir est l'idée d'un bien que l'on ne possède pas mais que l'on espère posséder » (Malebranche). Comme manque, il est aussi spécifiquement humain dans la mesure où ne manque jamais que ce qu'on a le souvenir d'avoir possédé et le regret d'avoir perdu. Le désir se définit donc paradoxalement comme nostalgie, en son essence insatisfait; impossible espoir de retrouver ce qui appartient à  un passé révolu. Le désir, en définitive, se nourrit du fantasme de ressusciter le bonheur enfui : il est une impuissante révolte contre l'irréversible.

Ensemble des phénomènes organiques et psychologiques qui me poussent à posséder un objet en vue d'en tirer un plaisir. Cet objet peut être matériel ou immatériel. Je peux désirer le corps d'autrui, mais je peux également désirer résoudre un problème mathématique, désirer la vérité.

Ce qui distingue le désir du besoin, c'est que Le premier, aussi violent soit-il, n'est pas vital d'un point de vue biologique. Le désir est le propre de l'homme. Ses racines sont toujours mimétiques, ses développements ne le sont pas forcément.

Désirer ce dont on n'a pas besoin ou ne pas désirer ce dont on aurait besoin peut être un signe d'aliénation, car c'est ne pas être conscient de sa vraie nature que de méconnaître ses désirs. arrive que des gens, après avoir suivi  un désir qui ne leur correspondait pas {par exemple, une carrière professionnelle) se rendent compte de leur erreur et laissent tout tomber pour vivre une vie plus conforme à leurs vrais besoins. Ainsi, l'exemple de l'avocat qui se découvre artiste, etc.

Dans son ouvrage Les Feux de l'envie, le philosophe René Girard présente une théorie originale sur le désir. Pour lui, nous ne désirerions que ce que les autres désirent. Si je veux avoir une belle femme, une belle maison, des vacances aux Seychelles, ce n'est  pas tant parce que cela correspond à mon désir intime que parce que cela a de la valeur aux yeux d'autrui. Posséder ce que les autres trouvent désirable, susciter l'envie, c'est une manière d'affirmer mon pouvoir et de satisfaire mon amour-propre.

Le désir est l'inclination qui nous pousse à rechercher ou fuir un objet particulier. Le caractère problématique du désir tient essentiellement à sa dimension inextinguible et à l'opacité de ses causes profondes. En effet, le propre du désir est paradoxalement de ne pas trouver de satisfaction puisqu'une fois assouvi, il se déplace inlassablement sur un autre objet. Conjointe-ment, si nous avons conscience de nos désirs, il semble beaucoup plus difficile de savoir exactement pourquoi nous désirons telle ou telle chose. Ainsi, les objets de nos désirs sont souvent un leurre dont la jouissance ne fait que révéler un manque encore plus grand. L'étymologie latine est à ce titre éclairante : desiderare signifie « regretter l'absence d'un astre (sidus) dont la présence attendue dans le ciel serait de bon augure ». Désirer, c'est donc toujours et déjà s'attendre à regretter, à éprouver de la nostalgie pour un objet que l'on cherche perpétuellement parce qu'il n'est jamais véritablement celui qu'on pense identifier.
Par ailleurs, le désir se distingue du besoin. Tandis que le désir ne se comble pas et porte sur des choses qui ne sont pas nécessaires, le besoin peut être satisfait, quoique momentanément, parce qu'il n'implique qu'une forme de consommation liée à des exigences naturelles (dormir, manger, etc.).

Désir de puissance Energie conquérante qui a pour ori­gine la vie elle-même. Source de domi­nation pour la société marchande, elle est destructrice pour celui qui en subit les effets, c'est-à-dire l'homme qui se soumet à la «morale des prêtres», au christianisme donc.