Retour à l'index du dictionnaire de philosophieDIALECTIQUE (gr. dialegô, parler ensemble, converser). Vient du mot « logos ». La préposition « dia » signifie « d travers ». Pour Platon, l'usage le plus positif de la raison (logos) s'accomplit dans et par la dialectique, c'est-à-dire à travers l'échange d'une discussion rigoureuse comme méthode de la recherche de la vérité. Chez Hegel, la dialectique désigne le procès contradictoire et universel du mouvement de l'Idée. Selon lui, le savoir, le discours qui l'exprime et le monde lui-même ne sont que le déploiement de l'Idée. Celle-ci se développe comme Logique lorsqu'elle est en soi (identité), comme Nature lorsqu'elle se pose hors de soi (différence) et comme Esprit lorsqu'elle retourne en soi (identité de l'identité et de la différence). Ce procès dialectique a été schématisé en trois moments : thèse — antithèse — synthèse. Marx renverse la dialectique hégélienne, la remet sur ses pieds. Il conçoit « les idées de notre cerveau du point de vue matérialiste, comme étant les reflets des objets, au lieu de considérer les objets réels comme les reflets de tel ou tel degré de l'Idée absolue ». Selon lui, c'est le mouvement historique concret qui est contradictoire et les catégories de la dialectique (contradiction, lutte des contraires, négation, négation de la négation...) sont le moyen pour la pensée de reproduire ce mouvement.

La dialectique est d'abord l'art de parler ensemble de façon à  fonder et à  légitimer ce qui est dit, en dépassant les contradictions existant entre de simples opinions. Autrement dit, la dialectique est l'art de faire valoir une argumentation. Argumenter, c'est tenter de valider son discours en répondant aux objections qui peuvent lui être adressées. Y répondre, c'est les prendre en compte dans le mouvement de sa propre pensée de sorte qu'elle progresse en s'élargissant, et non les nier de façon polémique. C'est à  Socrate qu'on doit cette méthode de discussion par demandes et réponses, qui conduit les interlocuteurs à  dépasser leurs opinions particulières et spontanées pour s'éveiller au savoir qu'ils portent en eux-mêmes sans le savoir.

«Méthode qui nous met en mesure d'argumenter sur tout problème proposé, en partant de prémisses probables, et d'éviter, quand nous soutenons un argument, de rien dire nous-mêmes qui y soit contraire.» (Aristote, Topiques.)

Processus de pensée qui se développe en mettant en évidence, dans un premier temps, des contradictions et en résolvant, dans un deuxième temps, ces mêmes contradictions.

Pour Platon, c'est l'art d'interroger et de répondre qui permet à notre raison de se libérer des dépendances et contraintes du sensible.

Pour Platon, la dialectique est le processus par lequel la pensée s'élève vers la vérité en admettant ou rejetant des argument successifs. Pour Hegel, c'est le mouvement de la pensée qui passe d'une affirmation (thèse) à son contraire (antithèse , avant de réconcilier les deux points de vue en les surmontant dans une synthèse.

Depuis Fichte, processus de production du vrai et du savoir, â partir de contradictions surmontées (thèse, antithèse , synthèse).

Pour Hegel, la pensée n'est pas statique, mais dialectique (du grec, «art de discuter»): elle procède par contradictions surmontées. Une idée (thèse) est opposée à une autre idée (antithèse); de cette confrontation naît une idée nouvelle (synthèse), qui intègre les deux premières idées. Cette synthèse devient à son tour une thèse... et ainsi de suite.

Art d'enchaîner les arguments depuis les données sensibles jusqu'à la connaissance des idées abstraites.

Dialectique du maître et de l'esclave Selon Hegel, processus dynamique d'opposition entre dominants et dominés qui sert de moteur à l'Histoire. En travaillant, les «esclaves» se libèrent progressivement de leurs maîtres oisifs et prennent à leur tour le pouvoir. En formant des objets, l'esclave se  forme lui-même, il devient un homme de raison et il se libère par son travail. Par une lente évolution, la situation du maître et de l'esclave est donc inversée: l'oisiveté et la jouissance réduisent le maître à un état d'animal esclave de ses besoins, tandis que, par le travail, l'esclave conquiert peu à peu la maîtrise de lui-même.

 

Matérialisme dialectique Philosophie officielle du marxisme-léninisme. La matière est la seule réalité (il n'y a pas d'esprit, d'âme, de Dieu) et elle est soumise à un principe dynamique qui détermine l'histoire.

 

Dialectique intersubjective Processus par lequel la personnalité des individus se construit dans leur rapport avec les autres.

 

DIALECTIQUE. n. f (du grec dialektiké, «art de discuter»).
· Historiquement, au sens philosophique, la dialectique a deux significations principales.
1° Chez Platon et de nombreux philosophes grecs, la dialectique est l'art de discuter par questions et réponses, de progresser ainsi dans l'exploration des concepts, de s'élever des connaissances sensibles aux connaissances intelligibles. Voir Platonisme.
2° Chez Hegel, puis chez les marxistes, la dialectique est le mouvement même de la pensée. Elle progresse par un jeu de contradictions qui engendre des notions nouvelles (thèse, antithèse, synthèse), lesquelles s'opposent à d'autres, et ainsi de suite. La pensée progresse dialectiquement, par une série de dépassements continuels d'idées contradictoires. Mais la «dialectique» est aussi, à l'image de la pensée, le processus suivi par l'histoire pour avancer : les réalités historiques sont contradictoires ; elles engendrent des situations nouvelles qui dépassent les contradictions antérieures, et ceci sans fin, jusqu'à l'avènement d'une société sans classes (pour Marx).
· Au sens actuel, qui a absorbé les différentes acceptions historiques du mot, la dialectique désigne :
1° L'art d'argumenter, de diviser les questions pour mieux les étudier, d'ordonner les raisonnements, d'opposer les idées aux idées pour parvenir à convaincre ou à approfondir. On parlera d'une dialectique brillante, creuse, convaincante, artificielle, féconde.
2° Le processus contradictoire, la relation conflictuelle qui peut exister entre des notions, des réalités, des statuts. La dialectique du maître et de l'esclave (Hegel), la dialectique de l'expérience et de la rationalité, la dialectique de la tendresse et de la possession affective, etc.
Dans de nombreux emplois, il devient impossible de dire si le mot désigne les interactions de la réalité, ou l'argumentation de l'orateur qui les analyse en termes « dialectiques ».


En grec, dialegein veut dire « discuter avec quelqu'un ». Le mot est formé à partir du préfixe dia qui signifie approximativement « à travers », et du verbe legein qui renvoie au logos, c'est-à-dire à la fois à la raison et au discours. Originellement, la dialectique est l'art du dialogue dont se sert en particulier Socrate, pour accoucher ses interlocuteurs de la vérité dont ils n'ont pas conscience ou qu'ils refusent de reconnaître. Ainsi, à travers le discours rationnel travaillé par un dialogue, on chemine ensemble vers le vrai (voir Maïeutique). Ce cheminement reste d'ailleurs dialectique par essence, même lorsque nous sommes seuls, puisque Platon définit la pensée comme un dialogue silencieux de l'âme avec elle-même.
Progressivement, le mot dialectique a pris un sens différent. Kant utilise ainsi l'expression dialectique transcendantale pour qualifier le mouvement de la raison qui se coupe du champ de l'expérience possible, pour sombrer dans une logique de l'apparence lorsqu'elle prétend penser les noumènes ou les choses en soi (voir Phénomène). Les idées de monde, de Dieu et de liberté sont les produits de cette illusion nécessaire, dont une prise de conscience permet seulement d'en saisir l'insuffisance, sans la faire disparaître totalement comme préoccupation intellectuelle. La raison, en effet, ne peut s'empêcher d'aller au-delà de ses propres limites et cherche toujours à connaître l'in-connaissable.
Dans la philosophie de Hegel, la dialectique devient le mouvement même de l'être qui s'accomplit par opposition à lui-même et dépassements successifs. Toutefois, le dépassement n'est pas à réduire ici à une pure négation. La contradiction à l'oeuvre dans tout phénomène implique systématiquement une conservation que le terme allemand Aufhebung (« suppression ») parvient bien à poser, mais dont la traduction française restitue très imparfaitement toute la richesse. Il signifie « mettre un terme à », tout en impliquant l'idée que quelque chose est gardé. Dès lors, la négation joue un rôle créateur et ne peut pas seulement être pensée comme principe de destruction.
Dans la préface de la Phénoménologie de l'esprit, Hegel donne un exemple qui permet, par analogie, de comprendre ce mouvement dialectique à l'oeuvre dans le monde et dans la conscience elle-même. Un fruit, avant d'apparaître comme tel, est d'abord fleur et, antérieurement à l'éclatement de la floraison, simple bouton. Ces moments ne se réfutent pas les uns les autres mais se dépassent sans s'abolir totalement : le fruit n'est que le produit dialectique d'une opposition interne qui préside à son développement. On exprime aussi ce mouvement dialectique par le triptyque thèse, antithèse, synthèse.

Dialectique

Originairement, ce terme désigne l'art de la discussion en vue de la vérité, ou encore la méthode d'argumentation. Chez Platon, la dialectique devient la science authentique par opposition à l'opinion, et renvoie au mouvement de l'esprit allant des apparences vers les idées. Kant lui assigne le sens d'une « logique de l'apparence » dans la Critique de la raison pure : c'est une apparence de savoir, qui se heurte aux antinomies de la raison pure (voir : antinomie). Hegel dans le dessein de dépasser l'opposition traditionnelle entre le vrai et le faux développera une théorie fameuse de la dialectique selon laquelle la pensée, mais aussi l'être lui-même, se développe de façon dynamique en passant par des moments logiques : celui de l'affirmation ou position, celui de la négation, puis celui de la négation de la négation dans lequel ce qui semble avoir été nié a été en même temps conservé et en fait dépassé (Aufhebung). Par là, la dialectique est selon lui le « travail du négatif » qui se lit dans le développement de la pensée, mais aussi dans l'Histoire.