Retour à l'index du dictionnaire de philosophieENGAGEMENT. n. m. En littérature ou dans l'art en général, attitude qui consiste à mettre son oeuvre au service d'une cause sociale ou politique.
Le thème de l'engagement de l'écrivain ou de l'artiste s'est développé surtout après la Seconde Guerre mondiale, notamment à la parution de l'essai de J.-P. Sartre Qu'est-ce que la littérature ? L'idée centrale est que l'artiste ne peut pas se contenter de faire de «l'art pour l'art », en restant à distance des problèmes de son temps et des maux de la société. Il doit s'engager, par son oeuvre, dans un sens libérateur pour l'homme, quitte à mettre son art au service de causes immédiates. S'il ne le fait pas et reste dans sa tour d'ivoire, il se rend complice des injustices ou des oppressions du monde (il se trouve — malgré lui ? — engagé, mais alors, dans une abstention coupable).
Cette thèse a été combattue par les artistes qui pensent que le travail sur les formes, l'écriture même des oeuvres, les effets qu'elle produit sur le regard des lecteurs ou spectateurs, sont des formes d'engagement en soi, qui contribuent à libérer les esprits. On a d'ailleurs pu noter que de nombreux créateurs se sont engagés, au cours des siècles, dans le sens premier du terme, sans pour autant négliger d'être des artistes à part entière. Ce débat a donc surtout montré à quel point, engagé ou non dans des causes officielles, tout artiste est responsable : il agit par les formes d'art qu'il choisit. Il n'y a pas d'écriture qui ne soit marquée socialement, comme le montre R. Barthes dans Le Degré zéro de l'écriture, et qui n'influe, plus ou moins sciemment, par la vision des choses qu'elle transmet.