Retour à l'index du dictionnaire de philosophieESTHÉTIQUE (gr. aisthètikos, qui peut être perçu par les sens)

Même si l'on trouve déjà  chez Platon comme une théorie du beau, le terme « esthétique » date en réalité du milieu du XVIIIe siècle. Le théoricien allemand Baumgarten crée le terme « esthétique », qu'il définit comme « la science de la connaissance sensible ». Bien que Kant prenne ce mot en un autre sens dans la Critique de la raison pure, en appelant « esthétique transcendantale » l'étude des formes a priori de la sensibilité, il applique aussi ce terme au jugement relatif au beau dans la Critique du jugement. Depuis lors, on entend strictement par esthétique la discipline ayant pour objet le jugement d'appréciation en tant qu'il s'applique à  la distinction du beau et du laid. « L'esthétique a pour objet le vaste empire du beau [...] elle est la philosophie de l'art, ou, plus précisément, la philosophie des beaux-arts » (Hegel).

Mot créé par le philosophe allemand Alexander Baumgarten au XVIIIe siècle. L'esthétique (du grec, «sentir») a d'abord désigné l'étude de la sensation, avant de prendre son sens actuel de «science du beau.

En grec, aesthesis signifie « sensation ». Cette origine reste déterminante dans tous les emplois du mot esthétique, comme adjectif ou comme nom. En tant qu'adjectif, il désigne l'émotion agréable et l'impression d'harmonie que nous éprouvons en présence d'un objet qui flatte intellectuellement nos sens, en particulier dans l'art. Cependant, la complexité des formes d'expression artistique nous interdit évidemment de limiter l'art à ces seules exigences. La seconde acception renvoie à la théorie qui s'efforce de comprendre l'art et ses effets sur le jugement ou d'en déterminer les règles académiques. Un dernier rapport à la sensation se retrouve dans la philosophie kantienne, à travers l'esthétique transcendantale dont l'objet est de déterminer les formes pures a priori qui conditionnent et rendent possibles les intuitions sensibles. Il s'agit en l'occurrence de l'espace et du temps qui constituent le cadre mental universel dont le sujet seul est la source (pour Kant, ils n'existent pas hors de nous) et sans lequel nous ne pourrions ni penser, ni sentir. « Esthétique » n'a donc absolument pas ici le sens de « beau ».

Jugement esthétique Acte de l'esprit par lequel nous déterminons si une chose est belle ou laide.

ESTHÉTIQUE. 1° n. f. Science du beau. Partie de la philosophie qui étudie la nature du beau, ce qui est constitutif de l'art. Conception que des hommes ou des artistes se font de la beauté (l'esthétique classique ; l'esthétique réaliste ; l'esthétique impressionniste ; l'esthétique de Corneille). On oppose parfois l'Esthétique, centrée sur la recherche du Beau, à l'Éthique, centrée sur la recherche du Bien. Pour certains, les deux recherches coïncident; pour d'autres, il y a contradiction. Un titre comme Les Fleurs du Mal, de Baudelaire, mêle les deux ordres, et laisse entendre qu'il peut y avoir une forme de Beauté dans l'expression (ou la recherche) du Mal, ce qui a pu choquer. Par extension, l'esthétique peut désigner le caractère de beauté qu'on recherche dans telle ou telle réalité. L'esthétique d'un visage. L'esthétique d'un grille-pain.
2° adj. Qui se rapporte à la beauté, au sentiment qu'elle inspire, à l'art qui la produit. Considérer les choses d'un point de vue esthétique. Une émotion esthétique. Le sens esthétique, les critères esthétiques. Un geste, une attitude esthétique. Synonymes : artistique, beau.
N.B. On distinguera soigneusement les mots Esthète (personne raffinée, qui met l'art au-dessus de tout, qui ne regarde le monde que du point de vue de la beauté formelle — d'où l'emploi péjoratif du terme dans certains cas) et Esthéticien, ienne (personne qui s'occupe des soins de beauté — le visage, le corps, les rides, etc.).