Pour approfondir:

  1. XXX

La philosophie de Fichte se préoccupe essentiellement
de la liberté de l'homme. Cherchant à
délivrer le genre humain
d'un destin qui ne lui appartient pas, Fichte élaborera
une science de la liberté. Selon lui, seule cette science
peut affranchir l'humanité .

VIE

Fichte, dès l'âge de trente ans, va connaître la gloire.
Un article contraire aux idées religieuses de son temps
lui vaudra d'être accusé d'athéisme. Isolé intellectuellement,
il mourra dans l'indifférence générale.

Un penseur d'origine modeste (1762-1799)
- Il naît en 1762 en Saxe, de parents pauvres.
- Grâce à un philanthrope qui le remarque pour ses dons intellectuels, il peut suivre des études de théologie à l'université d'Iéna.
-Kant (1724-1804) l'aide à publier, en 1792, son premier ouvrage: Essai d'une critique de toute révélation.
- Fichte va connaître la gloire. Il sera nommé, en 1794, professeur à Iéna.

Le professeur censuré (1799-1814)
- En 1799, un article intitulé «Sur le fondement de notre croyance à un gouvernement divin du monde» lui vaut l'accusation d'athéisme.
- Fichte est contraint de démissionner de son poste de professeur.
- Désavoué, Fichte devra attendre 10 ans avant d' être nommé recteur de l'université de Berlin.
- Son intransigeance le conduira à donner sa démission en 1812.
- Il meurt du typhus à Berlin en 1814.

OEUVRES

L'oeuvre de Fichte est tout entière consacrée à la réalisation de la liberté de l'homme. Fichte, pour forcer les esprits à penser par eux-mêmes, n'explique pas tout. Ce qui rend sa lecture souvent difficile.

Essai d'une critique de toute révélation (1792)
Ce premier livre de Fichte, imprégné de la philosophie de Kant, montre que les commandements de toute religion révélée doivent être conformes à la raison morale.

Considérations sur la Révolution française (1793)
Alors que Kant condamne toute révolution, Fichte en justifie l'idée sous la forme de la Révolution française. Fichte affirme en outre l'idée centrale de sa philosophie politique: l'État n'est pas une fin en soi, mais seulement un moyen de protéger les droits naturels des individus. C'est l'homme qui est une fin en soi. Il n'y a pas d'autre contrainte que la loi morale.

Conférences sur la destination du savant (1794)
Ce livre annonce le système de Fichte. L'État sera inutile dès lors que les individus qui composent la société, gouvernés par la raison, seront capables de se reconnaître mutuellement comme des êtres libres. C'est au savant, c'est-à-dire au philosophe, d'éduquer les individus.

Principes de la doctrine de la science (1794-1795)
C'est l'oeuvre la plus célèbre de Fichte. Partant d'une réflexion sur la philosophie théorique (définition des principes de toute connaissance), Fichte aboutit à la philosophie pratique définie comme «idéalisme pratique». Le Moi «ne détermine pas ce qui est, mais ce qui doit être».

Fondement du droit naturel selon les principes de la doctrine de la science (1796-1797)
La doctrine du droit établit la relation entre philosophie théorique et philosophie pratique. Le droit est entendu comme condition de la relation d'un Moi à un autre Moi, relation qui est avant tout reconnaissance réciproque des libertés fondées sur la raison.

Discours à la nation allemande (1807-1808)
Fichte définit une éducation capable de moraliser les hommes, de leur permettre d'accéder à une raison rationnelle. Le philosophe est l'éducateur des consciences.

EPOQUE

Un apologiste de la Révolution française
Fichte, contrairement à l'opinion dominante de son époque, défend ardemment l'idée d'une démocratie républicaine fondée sur les droits de l'homme. Avec la défaite de la Prusse devant les armées de Napoléon, toutefois, il reviendra sur ce premier engagement pour se tourner vers un nationalisme militant.

Un défenseur du peuple allemand
C'est au cours de l'hiver 1807-1808, après la paix de Tilsit qui entérinait l'anéantissement de la puissance de la Prusse, que Fichte prononcera, dans Berlin occupé par l'armée napoléonienne, son célèbre Discours à la nation allemande. Fichte se sent investi d'une mission libératrice. Il lui faut réveiller le peuple allemand, car c'est à ce peuple, qui possède selon lui «le plus nettement le germe de la perfectibilité humaine», que revient la charge de libérer l'humanité . Son patriotisme le conduira à prendre ses distances vis-à-vis des grandes idées de la Révolution française.

APPORTS

Fichte, bien avant Sartre, dira que l'«existence précède l'essence». Son originalité est d'avoir voulu faire de l'éthique
une théorie de la connaissance et de fonder la liberté sur cette théorie.

Les paradoxes d'un humaniste. Fichte s'intéresse à l'homme et souhaite sincèrement lui permettre d'accéder à une liberté fondée sur la raison. Toutefois, les moyens auxquels il pense pour parvenir à ce résultat sont bien éloignés des idées qui furent celles de la Révolution française.
Un éducateur exigeant. Fichte ne croit pas au libéralisme pédagogique et dénoncera la confiance que le pédagogue met dans le libre arbitre de l'élève. L'éducation doit forcer les esprits à surmonter leur paresse, à conquérir la liberté, à aller contre l'égoïsme qui corrompt la solidarité entre les hommes. Fichte lui-même illustrera ces idées sur l'éducation en écrivant: «Je tiens pour nécessaire de rappeler que je n'ai pas voulu tout dire, mais j'ai voulu laisser à mon lecteur encore quelque chose à penser.»
Postérité-actualité. Pour Schopenhauer (1788-1860), Fichte est le père de la philosophie allemande. La postérité retiendra de lui son puissant intérêt pour la liberté fondée sur la raison, sa doctrine de la connaissance, qui n'oppose pas l'idéalisme au réalisme. Sartre sera un lecteur attentif du philosophe.