Retour à l'index du dictionnaire de philosophieHISTOIRE


Gén. Terme équivoque qui désigne à  la fois le récit du passé humain, et la réalité historique elle-même, le cours des événements. En ce dernier sens, l'histoire se distingue de la simple évolution car elle suppose plus qu'un changement. Un arbre, par ex., peut croître ou un papillon se métamorphoser, mais ils n'ont pas d'histoire dans la mesure où l'histoire suppose la conscience d'un changement et la possibilité, pour celui qui change, de se représenter la finalité de son évolution en faisant du présent le sens du passé et du futur le sens du présent. Quant au récit, il cesse d'être légendaire pour devenir scientifique dès lors qu'il veut expliquer et non plus simplement raconter en se contentant de recueillir des anecdotes pittoresques.
Phi. Les philosophies de l'Histoire posent la question du but poursuivi par les hommes dans l'Histoire, et postulent en même temps que l'Histoire des hommes est celle de leur liberté. Or, si la connaissance du but permet en retour de comprendre la cohérence du processus historique, il semble bien difficile de concilier le double postulat de la rationalité historique et du développement de la liberté. Telle est l'aporie sur laquelle achoppe toute philosophie de l'Histoire. En effet, s'il est possible de dégager par avance une cohérence historique, alors tout se passe comme si l'Histoire était déjà  faite, de sorte que l'idée même de liberté humaine se trouve niée. A l'inverse, si l'on suppose que les hommes sont libres, alors il est impossible de saisir le sens d'une Histoire que les hommes font « sans savoir l'histoire qu'ils font » (R. Aron).

Le terme d'histoire désigne deux réalités fort différentes: 1. la science qui étudie le passé de l'humanité et qui relate et interprète les faits; 2. les événements, les actes, les faits du passé, c'est-à-dire la mémoire des hommes. Pour plus de clarté, certains auteurs mettent une capitale à ce deuxième sens.

Il est intéressant de noter que le mot possède plusieurs sens. Celui qui raconte des histoires est celui qui affabule. Raconter une histoire, c'est imaginer. C'est aussi narrer des faits qui se sont produits en les enjolivant. Faire de l’histoire, c’est au contraire chercher à connaître, de la façon la plus objective possible, le passé.

Fin de l'histoire

Théorie selon laquelle il n'y aurait plus d'histoire dès lors que l'on admet des constantes dans les lois qui régissent le développement de l'intelligence humaine.

C'est toujours par rapport à une fin supposée que l'on peut tirer des leçons de l'histoire. Mais cette fin n'est jamais qu'une pure spéculation de la raison. Ainsi peut-on très bien dire, à l'instar de Kant, que les guerres ont eu une utilité et qu'elles conduisent à une «paix perpétuelle». Mais l'on peut tout aussi bien dire, à l'instar d'Alain, qu'elles sont un monstrueux non-sens.

Histoire Sartre, dans Situations III, fait ce commentaire à propos de l'histoire: «La notion d'histoire naturelle est absurde: l'histoire ne se caractérise ni par le changement ni par l'action pure et simple du passé; elle est définie par la reprise intentionnelle du passé dans le présent; il ne saurait y avoir qu'une histoire humaine.»

Si l'on fait abstraction du simple rapport à la notion de récit, le mot histoire a principalement deux significations. Écrit conventionnellement avec une majuscule, « Histoire » renvoie au devenir spécifique dans lequel s'inscrit l'humanité. Autrement dit, il s'agit ici du cours temporel au sein duquel les événements historiques se déploient. L'histoire avec un h minuscule désigne la science historique en tant que discipline et recherche sur le passé dont l'historien s'efforce de recomposer le contenu. Dans les deux cas, l'histoire intéresse le philosophe, mais d'une façon totalement différente.
En ce qui concerne l'Histoire en tant que processus culturel, politique et économique, le questionnement philosophique introduit doublement le problème du sens, à la fois comme direction (vers quoi l'Histoire est-elle orientée, peut-on y découvrir une finalité ou des mécanismes cachés ?) et comme signification (que nous apprend l'histoire sur l'homme et l'importance de la mémoire ?). Pour ce qui est de la science historique comme champ disciplinaire particulier, les problèmes philosophiques relèvent davantage de préoccupations épistémologiques et critiques (comment l'historien doit-il appréhender son objet alors que, précisément, celui-ci relève du passé ?).

Historicité Caractère de ce qui est historique, de ce qui dépend d'une histoire.

 

Historial
Adjectif utilisé par les traducteurs de Heidegger pour rendre la façon dont, chez Heidegger, la pensée de l'histoire consiste à se représenter ce qui survient dans l'histoire, non pas simplement comme le produit historique du cours des choses ou des actes humains, mais comme le dévoilement même de l'Être (c'est-à-dire comme la manifestation qu'il y a quelque chose plutôt que rien).