HOBBES (Thomas) : 1588-1679 Philosophe anglais. Né à Malmesbury, il entra à 14 ans à l'université d'Oxford. A dix-neuf ans il devint précepteur dans la maison du comte de Devonshire. De 1640 à 1653, il séjourna à Paris où il se lia avec le père Mersenne. Il retourna ensuite à Londres, puis, en 1674, se retira à la campagne et passa dans la solitude les cinq dernières années de sa vie. Empiriste et nominaliste, Hobbes développe une philosophie de la nature matérialiste et mécaniste en rejetant le problème de Dieu hors du domaine de la science. Sa morale est utilitaire, et sa pensée politique, qui constitue la partie la plus importante de son oeuvre, affirme l'insociabilité originaire de l'homme et fonde le droit sur la face. • Œuvres principales : Du citoyen (1642), Le Léviathan (1651). Un auteur mal compris de son vivant Thomas Hobbes (1588-1679) fait ses études à Oxford et devient, en 1608, le précepteur du fils du comte de Devonshire, famille à laquelle il restera attaché jusqu'à la fin de sa vie. Il fait de longs voyages sur le continent, en 1629-1631 et en 1634-1636 : au cours de ce dernier il rencontre, en particulier, Gassendi et Mersenne, ce véritable secrétaire de l'Europe savante et scientifique de l'époque. Il revient en France en 1640, en raison des guerres civiles et restera en exil jusqu'en 1651, lors de la restauration de Charles II. C'est en 1642 qu'est publié le De cive (Du citoyen) et, en 1651, le Léviathan, qui tente de répondre à ces questions décisives : pourquoi l'État ? pour quelles raisons lui obéir ? Le De homine (De l'homme) verra le jour en 1658. Hobbes est suspecté comme philosophe et doit se défendre contre le soupçon d'athéisme. Il meurt, en 1679, et sa réputation, longtemps scandaleuse, cède aujourd'hui à une réévaluation positive. Loin d'avoir construit et célébré une mystique de l'État, une vision pré-totalitaire du pouvoir, Hobbes a jeté, avec Machiavel, les bases de la science politique moderne, en établissant une théorie rationnelle du pouvoir. Une construction rationnelle du pouvoir politique À partir d'une philosophie rigoureusement mécaniste, Hobbes développe une description d'une nature humaine partagée entre un état de nature sans droit, où l'homme, possesseur de toutes choses, est source et objet d'une violence sans limite, et la nécessité d'échapper à la mort, de disposer d'une certaine sécurité. Cette contradiction irrationnelle, Hobbes la résout dans la création, par le pacte social, d'un État, d'un pouvoir régulateur rationnel et absolu. Appuyer la science politique sur des bases matérialistes La philosophie de Hobbes est matérialiste : une chose qui pense est, selon lui, quelque chose de corporel : « Par le mot Esprit, nous entendons un corps naturel d'une telle subtilité qu'il n'agit point sur les sens, mais qui remplit une place, comme pourrait la remplir l'image d'un corps visible [...] Il me paraît [...] que l'Ecriture est plus favorable à ceux qui prétendent que les Anges et les Esprits sont corporels qu'à ceux qui soutiennent le contraire » (Thomas Hobbes, De la nature humaine, chap. XI, § 4-5). Ainsi, Hobbes s'oppose à Descartes, pour lequel la chose pensante est un irréductible. Dès lors, l'homme est soumis à un comportement déterministe induit par ce matérialisme mécaniste. Ce mécanisme est empiriste : la sensation est le principe de la connaissance. Elle demeure dans l'esprit sous la forme d'une image. Quant aux émotions, volontés, instincts, passions, etc., ils sont déterminés mécaniquement. L'ensemble de la vie psychique de l'homme exclut tout libre arbitre. Hobbes incline donc naturellement vers une doctrine nominaliste, doctrine selon laquelle il y a seulement des mots et des signes, selon laquelle les essences se ramènent à des mots. Il s'attache à la parole, aux signes du langage permettant la communication sociale : ces signes représentent directement la réalité, ils ne se réfèrent à aucune idée générale, à aucune substance métaphysique présente derrière eux. Dans ce contexte, la raison est simplement un système de calcul capable d'assembler ces signes. Hobbes accorde une grande importance à la rigueur du raisonnement humain et du langage. La nature humaine, contradiction irrationnelle La conduite de l'homme résulte donc d'un jeu de forces mécaniques et d'une soumission aux passions. D'où, à l'état de nature, la guerre naturelle de chacun contre tous : les hommes recherchent, en effet, la plus haute reconnaissance d'autrui ; leur goût de la supériorité les mène à la rivalité, à la méfiance, lesquelles entraînent la guerre. L'état de nature est un état de guerre, contraignant l'homme à une vie quasi animale. Ici règne le droit de nature qui est le droit de tout homme sur tous et sur toutes choses. Mais, dès lors, l'homme est exposé en permanence au pire de tous les maux, c'est-à-dire à la mort violente du fait d'autrui. Ainsi, la nature humaine est soumise à deux passions contradictoires : dominer l'autre et préserver son existence de la mort. Cette situation est irrationnelle. L'État, construction humaine rationnelle La raison va substituer au droit de nature une loi de nature, qui consiste à préserver la vie, en inspirant aux hommes un contrat qui fonde la société civile et l'État. Puisque de la défiance et de l'appétit de domination des hommes procède la violence, et par conséquent la peur de la mort violente, les hommes doivent quitter l'état de nature. L'homme raisonnable, qui recherche la paix, deviendra citoyen d'un État. Les hommes se dessaisissent alors de leur droit de nature sur toutes choses, et ce par un consentement mutuel et général. Ils le confèrent à un souverain (homme ou assemblée), qui exerce dès lors le pouvoir politique en leur nom, par délégation. L'Etat ou République est donc une construction rationnelle et artificielle des hommes, et non un prolongement de la nature comme chez Aristote. La souveraineté de l'État est absolue et légitime, puisqu'elle résulte d'une libre délégation. L'État assure la sécurité et l'ordre ; il est la source unique de la loi Conclusion Hobbes établit une théorie rationnelle du pouvoir politique, qui a pour seule origine la nature humaine : il rompt ainsi avec la théorie de la souveraineté d'origine théologique, jusque-là régnante. Avec Machiavel, il a jeté les bases de la science politique moderne.