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Idéalisme. L'idéalisme, au sens rigoureux du terme, est une philosophie ou une conception du monde qui affirme que la « matière » se ramène à une idée ou une représentation. Ainsi, le philosophe George Berkeley, qui affirme que les choses ne sont que des combinaisons de sensations ou d'idées, peut, à juste titre, être considéré comme un idéaliste.

Dans le langage courant, l'idéalisme est une attitude naïve et irréaliste consistant à agir selon des principes chimériques impossibles à accomplir pratiquement. Du point de vue philosophique, le mot a une signification plus précise, tout en variant selon le contexte. On distingue ainsi plusieurs formes d'idéalismes en fonction de la doctrine qui en définit précisément l'usage. Par exemple, la philosophie de Platon est un idéalisme en ce qu'elle inverse le rapport de prééminence que l'on pose communément entre les idées et le monde matériel. Dans le système platonicien, la réalité se trouve du côté des Idées dont les manifestations sensibles ne sont que des ombres dégradées. Paradoxalement, les Idées sont donc ici plus réelles que les apparences sensibles, l'être véritable étant de nature intelligible.
En un sens très différent, on peut aussi parler d'idéalisme avec la philosophie cartésienne qui fonde la connaissance sur la certitude intime du cogito au lieu se s'en remettre chronologiquement à l'expérience sensible. Kant est également un philosophe idéaliste mais dans une limite qu'il qualifie de transcendantale. En effet, puisque nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes et n'avons pas accès aux choses en soi, les phénomènes ne sont que le produit de nos représentations. Cela ne signifie absolument pas que le monde est une illusion, mais seulement qu'il se tient, pour nous, dans les bornes indépassables de notre pouvoir de connaître, et que ce qu'il est en lui-même nous échappe nécessairement. Enfin et sans que les modalités de l'idéalisme soient ici indiquées de manière exhaustive, on peut aussi faire référence à la pensée de Hegel. Son idéalisme tient au caractère consubstantiel de la raison et du réel. Pour lui, « tout ce qui est réel est rationnel et tout ce qui est rationnel est réel » (préface aux Principes de la philosophie du droit). Cet idéalisme dialectique se traduit par exemple dans le devenir historique lui-même, qui n'est rien d'autre que le mouvement de la raison qui se déploie progressivement. Par exemple, le passage d'une structure sociale clanique à un État organisé puis à des institutions internationales est la marque d'un travail de la raison dans l'Histoire.

IDEAL (dérivé du gr. idea, idée, forme). L'idéal, se définissant comme ce qui doit être, n'est jamais réductible au réel. Il en est le modèle ou le type exemplaire. L'idéal est le concept d'une perfection que la raison exige et dont l'expérience ne donne pas d'exemple. En ce sens, un idéal réalisé n'est plus un idéal. « Qui atteint son idéal, par là  même le dépasse » (Nietzsche).

IDÉAL. 1° Comme adjectif : se dit couramment de tout ce qui est parfait, accompli, dont on rêve ou qu'on voudrait atteindre. Un type de beauté idéale. La solution idéale. Plus largement, s'applique à ce qui n'existe pas dans la réalité et qu'on ne peut concevoir que par la pensée. Une cité idéale, telle que les utopies en imaginent. Les figures idéales sur lesquelles raisonnent les mathématiciens.
2° Comme nom masculin : modèle parfait vers lequel on tend, qu'il s'agisse d'un idéal moral, d'un idéal esthétique, d'un idéal politique, d'un idéal d'existence. Avoir un idéal. Baudelaire oppose l'Idéal auquel il aspire à la plate réalité qui le plonge dans le Spleen. Plus généralement, l'idéal représente un ensemble de valeurs (esthétiques et morales) inaccessibles, opposées aux contingences et aux contraintes de la vie réelle, ou à la recherche de satisfactions « matérialistes ». Le poète vit dans l'idéal. L'idéaliste, dans ce sens, s'oppose diamétralement au réaliste, soit qu'il veuille « réaliser » un idéal irréalisable, soit qu'il idéalise la réalité au lieu de la voir telle qu'elle est.
N.B. Au pluriel : un idéal, des idéaux.


IDÉALISME. n. m. (lire d'abord les définitions du mot Idéal).
1° Sens courant : attitude des personnes qui se donnent un idéal dans la vie, qu'il s'agisse d'un idéal moral personnel, d'un idéal humain en général, d'un idéal social ou politique. L'idéalisme s'oppose au « matérialisme », au réalisme, à l'utilitarisme. Le mot est parfois employé péjorativement pour désigner l'attitude de ceux qui, rêvant d'un idéal utopique, ne parviennent pas à s'adapter au réel, et passent alternativement de l'idéalisation à la déception. L 'idéalisme ne suffit pas; mais sans idéalisme, l'homme pourrait-il progresser ?
2° Sens philosophique : l'idéalisme est la tendance fondamentale d'un certain nombre de philosophies qui affirment la primauté des idées sur les choses, de l'esprit sur la matière, de la pensée sur la réalité. Pour certaines, l'idéalisme consiste seulement à affirmer l'autonomie des idées et leur suprématie sur les données extérieures du monde. D'autres vont beaucoup plus loin et postulent, comme l'idéalisme platonicien, que les Idées sont les seules réalités (les choses matérielles, la conscience que nous en avons ne sont que des reflets des Idées). Pour Marx, qui adopte un point de vue critique, l'idéalisme consiste à s'imaginer que l'esprit est le moteur de l'histoire (alors que, pour lui, c'est la « matière », les conflits d'intérêts économiques, les rapports entre les classes qui engendrent l'évolution des sociétés et l'idéologie qui les caractérise ; voir Matérialisme). Les croyances religieuses, qui supposent un Esprit (Dieu) à l'origine du monde, sont en ce sens des idéalismes. Voir Spiritualisme.
3° Sens esthétique : en art, l'idéalisme est une conception selon laquelle le but de l'art n'est pas de reproduire la réalité telle qu'elle est (réalisme), mais d'incarner la beauté dans des œuvres. Il peut s'agir d'une tendance platonicienne (le Beau existe à l'état d'idée ; la tâche de l'artiste est de le représenter le plus purement possible). Plus généralement, l'artiste idéaliste cherche à décrypter la part de beauté qui existe dans la nature, pour la recueillir et la styliser dans des oeuvres. Au point de vue artistique, le terme idéalisme cumule en quelque sorte les acceptions n° 1 et n° 2 que nous avons définies : l'artiste est mû par un idéal de beauté ; et cet idéal semble lui-même issu d'une vision spiritualiste du monde.

Idéalisme/réalisme En philosophie, ces deux notions s'opposent. L' idéalisme est la doctrine selon laquelle la réalité connaissable  n'existe pas en dehors de la pensée humaine. Le réalisme est la doctrine selon laquelle la réalité est extérieure et indépendante de la pensée.

Idéalisme Se dit des doctrines philosophiques  qui affirment la primauté et l'antériorité du sujet pensant sur le «réel».

Idéalisme
Mot qui apparut au XVIIe siècle dans le contexte d'une opposition au matérialisme et qui connut ensuite un grand nombre d'acceptions. La thématique générale de l'idéalisme sous toutes ses formes est la priorité accordée aux idées sur la matière. L'idéalisme s'oppose donc au matérialisme ou au réalisme.

Idéalisme absolu
Théorie philosophique défendue par Hegel selon laquelle l'idée est capable de rendre compte intégralement de la réalité. La formule hégélienne « le réel est rationnel et le rationnel est réel » en constitue l'expression la plus synthétique.

Idéalisme transcendantal
Théorie kantienne, développée dans la Critique de la raison pure. L'idéalisme transcendantal kantien a ceci d'original qu'il est fondé sur une réfutation de l'idéalisme, cette dernière étant lisible dans le passage consacré au second postulat de la pensée empirique en général. Et c'est cette réfutation de l'idéalisme qui permet de saisir la propre position de Kant, celle d'un idéalisme transcendantal. Kant distingue deux types d'idéalisme : l'idéalisme dogmatique de Berkeley, qui soutient un immatérialisme radical, à savoir qu'il n'existe rien (un monde extérieur) en dehors de ma pensée. L'erreur de Berkeley, selon Kant, est d'imaginer que le sujet puisse être posé indépendamment des objets qui l'entourent : je ne puis avoir conscience de moi-même et de ma propre existence sans avoir conscience du monde. L'idéalisme problématique de Descartes soutient quant à lui, notamment dans les deux premières Méditations métaphysiques, que l'existence du sujet est bien plus certaine que celle du monde extérieur, et que l'existence des objets dans l'espace est indémontrable (ce qui nécessite l'intervention proprement métaphysique de Dieu dans son système philosophique). Ces deux versions de l'idéalisme sont fallacieuses : posant l'espace et le temps comme des propriétés des choses et non des formes pures de l'intuition que le sujet a des choses, Descartes et Berkeley sont amenés à couper le sujet de l'objet, c'est-à-dire du monde extérieur. Or il n'y a pas plus de sujet sans objet que d'objet sans sujet. Le « Je pense » se représente nécessairement le monde, qui lui préexiste, et non pas seulement lui-même. Être, pour un sujet, c'est être en référence à l'extériorité. Le sens interne du sujet qu'est le temps ne le renvoie pas vers lui-même, mais le projette vers l'objet : le sujet kantien est une ouverture au monde. Mais cette ouverture conditionne, par ses formes mêmes, l'objet. L'idéalisme transcendantal de Kant consiste donc à trouver dans la conscience non pas une pure pensée d'elle-même mais les conditions a priori de la connaissance de l'objet.