Retour à l'index du dictionnaire de philosophieIRONIE (gr. eirôneia, acte d'interroger en feignant l'ignorance). Désigne l'ignorance feinte de Socrate qui, dans ses dialogues avec ses interlocuteurs, lui permet de ne pas répondre mais d'interroger. Pour Aristophane, il s'agit d'un trait négatif de Socrate, son ironie n'étant que le moyen habile d'échapper aux questions; avec Platon, elle est plutôt conçue comme l'instrument privilégié de la maïeutique.

Ironie socratique Méthode par laquelle Socrate, en interrogeant ses interlocuteurs et en prévoyant où il allait les conduire, les convainquait de ne rien savoir ou d'être dans l'erreur.

IRONIE. n. f. (du grec eironeia, «interrogation »). 1° Sens philosophique : l'ironie socratique consiste à poser diverses questions, en feignant d'ignorer la réponse, pour conduire l'interlocuteur à des conclusions contradictoires, et l'obliger ainsi à approfondir le problème. Cette méthode n'est pas sans rapport avec l'ironie au sens actuel du terme, puisque Socrate feint la naïveté en sachant très bien à quoi il veut en venir (il y a opposition entre son discours apparent et son intention réelle).
2° Sens littéraire : figure de style, fondée le plus souvent sur l'antiphrase, qui consiste à dire le contraire de ce qu'on pense pour mieux faire comprendre qu'en réalité, on pense le contraire de ce qu'on dit. L'interlocuteur est d'abord interloqué, puis il saisit (grâce au ton, grâce aux contradictions internes qu'on glisse dans la phrase). Le fameux texte de Montesquieu sur l'esclavage des Nègres est souvent donné comme l'exemple même de l'ironie, puisque l'auteur feint de défendre (avec des arguments caricaturaux) la thèse qu'il combat.
3° Sens large : attitude railleuse ; moquerie qui se manifeste souvent par l'emploi de l'ironie au sens précédent. Une attitude, un air ironique. Ce sens donne lieu à des expressions figurées comme l'ironie du sort : événement qui semble se moquer d'une personne, souvent par le biais d'un contraste. Henri Barbusse, par exemple, décrit un soldat mort dans les tranchées, tenant encore entre les mains la lettre de sa fiancée qui commence ainsi : «Mon cher Henri, comme il fait beau pour le jour de ta fête »...