Retour à l'index du dictionnaire de philosophieJUGEMENT (lat. judicium, jugement , faculté de juger)

Phi. Faculté de penser, le jugement est d'abord une puissance de distinguer le vrai d'avec le faux, qui peut s'exercer bien ou mal selon qu'on en fait un usage méthodique ou spontané. Comme le rappelle Descartes, s'il est naturellement « égal en tous les hommes » en tant que faculté, la plupart l'utilisent de façon erronée, les deux principales causes de l'erreur étant la prévention (le préjugé) et la précipitation du jugement . On distingue ici le jugement comme faculté ou puissance (syn. de bon sens et de raison) du jugement comme acte effectif, c.à -d. comme effet de l'exercice de cette faculté.
Log. Acte d'affirmer qu'un attribut appartient ou n'appartient pas à  un sujet. Les jugements s'expriment dans des propositions. Crit. Kant, définissant les jugements comme des actes de l'entendement, identifie parfois entendement et faculté de juger, c.à -d. d'établir des relations en pensant le particulier dans le général. Or, quand le général (règle, principe, loi) est donné, l'opération qui consiste à  en tirer un cas particulier s'appelle jugement déterminant. Au contraire, le jugement réfléchissant est l'acte qui consiste à  découvrir la règle générale, la loi ou le principe universel auxquels se rapporte un cas particulier donné. Mor. jugement moral à  distinguer du jugement logique.

Jugement Le jugement de réalité (ou d'existence) est un jugement porté sur les faits. Il s'oppose au jugement de valeur, qui est une appréciation subjective sur la valeur d'un objet, d'une action. Le jugement synthétique, d'après la terminologie kantienne, correspond grosso modo au jugement de réalité, par opposition au jugement analytique, qui correspond aux propositions tautologiques de la logique (proposition dans laquelle le prédicat est contenu dans la définition du sujet; exemple: un triangle a trois angles).

JUGEMENT. n. m. 1° Action de juger, au cours d'un procès, devant un tribunal. Résultat de ce procès, sentence prononcée par les juges. À ce premier sens correspond l'adjectif judiciaire (qui est relatif à la justice établie).
2° Avis, appréciation ou opinion que l'on émet sur quelqu'un ou sur quelque chose. Aperçu, point de vue, pensée, sentiment. Le jugement en question peut être purement logique (opération de l'esprit qui pose telle vérité, telle relation entre des concepts). Il peut être une simple considération objective, ou au contraire comporter une appréciation morale : on oppose ainsi jugement de fait (Don Juan délaisse ses épouses) à jugement de valeur (Don Juan est une crapule infâme).
3° Aptitude à juger et à bien juger (au sens n° 2). Le jugement, dans ce sens, est tantôt considéré comme la faculté de raisonner avec justesse (de façon rationnelle, intelligemment), tantôt assimilé à une sorte d'intuition globale spontanée (bon sens, perspicacité). Former son jugement. Manquer de jugement. Un homme de jugement. Dans ce sens, l'adjectif correspondant est judicieux. Un homme de grand jugement a toujours des avis judicieux.
4° Au sens religieux, le Jugement dernier : celui que Dieu prononcera à la fin du monde, réglant pour l'éternité le sort de tous les êtres humains, vivants ou morts (ressuscités). Cette scène, annoncée dans la religion chrétienne, a fait l'objet de nombreuses oeuvres d'art qui portent ce titre.

Jugement de réalité Celui qui énonce un ou plusieurs faits ou des rapports entre les faits.

Jugement de valeur Celui qui porte une appréciation qualitative.

Jugement esthétique Acte de l'esprit par lequel nous déterminons si une chose est belle ou laide.

Jugement dernier Pour les chrétiens, moment à la fin des temps où les morts ressusciteront et où Dieu reviendra pour juger définitivement les bons et les mauvais.

Jugement analytique
Jugement dont le prédicat est contenu dans le sujet. Exemple : « Tous les corps sont étendus. » « Tous les corps »est ici le sujet du jugement, et « étendus » le prédicat, c'est-à-dire ce que l'on affirme à propos du sujet. Dans un tel cas, une simple analyse logique du concept de corps permet de comprendre qu'il contient le concept d'extension spatiale : un corps a toujours une extension spatiale, sinon il serait une abstraction, bref, il ne serait pas un corps. Cette analyse se fait logiquement, donc a priori, sans le moindre recours à l'expérience sensible : inutile de vérifier en touchant des grains de sable ou des tables pour constater s'ils sont une extension spatiale, autrement dit s'ils sont concrets.