Retour à l'index du dictionnaire de philosophieLANGAGE.

Au sens large, le langage désigne tout système de communication vocal, graphique ou encore gestuel. Il constitue un thème de prédilection pour la philosophie qui s'interroge par exemple sur son rapport aux choses, ses conditions ou sa structure et l'ordre logique dans lequel il doit se déployer pour émettre des propositions valides. Bien que l'on attribue parfois abusivement un langage aux animaux, il faut, en toute rigueur, réserver cette faculté aux hommes ou tout au moins préciser sa spécificité. Traditionnellement en effet, le langage est lié à la pensée comme le montre le double sens du mot grec logos, désignant à la fois la « raison » et le « discours ». Aristote opposait ainsi le terme phonè, c'est-à-dire, la « voix » ou le « cri » qui permet de manifester plaisir ou souffrance, au langage proprement humain dont l'usage détermine le caractère politique de notre espèce. Par lui en effet, nous posons des valeurs et nous délibérons.
Le langage comme faculté d'exprimer et de mettre en forme ses pensées se déploie à la fois dans le cadre de la langue et de la parole. La langue est l'ordre des signes propres à un même groupe linguistique (par exemple, la langue française ou anglaise), la parole est l'appropriation individuelle qui permet son évolution. C'est ce qui explique qu'une langue qui n'est plus parlée soit morte. Mais, tandis que la langue ne saurait être une histoire sans parole, la parole ne peut être une parole sans histoire, c'est-à-dire, un discours sans système linguistique de référence.


1° (sens large) Système de signes qui permet aux hommes de s'exprimer et de communiquer entre eux.
· Le langage peut être verbal, constitué de signes vocaux (paroles) ou graphiques (écrits). Il s'agit alors de la langue. Mais le mot langage est plus large, car la langue se rapporte à une communauté humaine précise (on dit la langue anglaise, et non pas «le langage anglais»).
· Le langage peut être non verbal : la langue des signes (langage gestuel), le langage des fleurs, et plus généralement, tous les codes élaborés par les hommes pour transmettre des messages peuvent être désignés par le mot langage. Toutefois, on prend soin de distinguer les codes extrêmement rigides, limités à des communications précises et informationnelles (le «Code de la Route» par exemple), des véritables langages qui permettent une expression et une invention riche et nuancée (le langage par signes des sourds, le langage musical). Le langage machine par lequel on commande à l'ordinateur devrait être appelé «code» plutôt que «langage». On peut de même contester l'emploi du mot « langage» à propos des échanges entre animaux : les abeilles communiquent à travers un code précis mais préétabli, elles n'ont pas la capacité d'adaptation et de création caractéristique d'un langage authentique. Mais il est vrai que ces questions sont discutées.
2° (sens précis) Toute forme d'expression, constituant une sorte de code second, prise par un langage ou par une langue. Le langage de la peinture à l'intérieur du langage de l'image, par exemple; le langage littéraire à l'intérieur d'une langue (de même : le langage populaire, le langage administratif le langage des médias).
Dans ce sens, le mot langage peut s'appliquer au contenu même de ce qu'exprime l'acte de communication : tenir le langage du coeur, le langage de la raison, le langage de la flatterie. Voir le mot Discours.
Ces usages précis du mot langage sont dans une certaine mesure en contradiction avec le sens large (n° 1). Ainsi, la langue d'un peuple est un aspect du langage en général ; celui-ci l'englobe. A l'inverse, le langage littéraire, le langage de Rousseau, le langage que le maître tient à son élève, ne sont que des aspects de la langue : celle-ci les englobe à son tour. Dans plusieurs emplois, les mots peuvent se confondre (langage administratif / langue administrative). Il faudra donc bien cerner la nature du mot langage dans ses divers emplois.