Pour approfondir:

  1. XXX

Philosophe et théologien français (1638-1715), Malebranche fut à la fois prêtre, membre de la congrégation de l'Oratoire, et savant, membre de l'Académie des sciences. Sa pensée témoigne d’une époque où la science n'est pas encore devenue positiviste et ne s'est pas encore détachée de la philosophie et de la religion, comme elle le fera au XVIIIe siècle. Disciple enthousiaste de Descartes, Nicolas de Malebranche
n'aura pour ambition que de concilier la physique
de son maître et la métaphysique de saint Augustin.
On a pu dire qu'il avait adopté le cartésianisme,
puis l'avait adapté pour le rapporter à Dieu.

VIE

La vie de Malebranche coïncide presque avec celle de Louis XIV. Né un mois avant le roi, il meurt un mois après lui. Traduit de son vivant en anglais, en hollandais et en latin, Malebranche connut un succès européen.


Le religieux
Fils d'un trésorier du roi, Nicolas de Malebranche naît le 5 août 1638. De 1654 à 1656, il poursuit, sans goût, des études de philosophie. Puis, de 1656 à 1659, il fait des études de théologie à la Sorbonne. Décidé à devenir ecclésiastique, il entre dans la Congrégation de l'Oratoire en 1660. Il est ordonné prêtre en 1664.

Le philosophe
L'année de son ordination, il lit le Traité de l'homme (petit ouvrage posthume de Descartes). «Il le lut, dit Fontenelle, avec de tels transports que des battements de coeur le forcèrent plusieurs fois à s'arrêter.» C'est la révélation de sa vocation de philosophe et de savant. Il s'enthousiasme pour l'oeuvre de Descartes et, comme lui, se passionne pour la géométrie, la physique et la mécanique. Ayant été toute sa vie de constitution fragile, Malebranche est victime d'un malaise en juin 1715, au cours de la célébration d'une messe. Il meurt le 13 octobre de la même année.

OEUVRES

Oeuvre de Malebranche est considérable. Aux ouvrages répertoriés, il faut ajouter les nombreuses communications philosophiques et scientifiques aux Nouvelles de la République des Lettres et au Journal des savants.

De la recherche de la vérité (1674)
Du vivant de Malebranche, l'oeuvre eut sept éditions, sans compter les traductions! Le propos de rechercher la vérité est le même que celui de Descartes, mais l'accent est mis sur l'usage que l'homme doit faire de son esprit pour éviter l'erreur. L'erreur est de juger que les choses sont telles que les perçoivent nos sens et se les représente l'imagination. En effet, la fonction des sens n'est pas de connaître, mais seulement d'informer l'être vivant de ce qui lui est utile ou nuisible. L'esprit humain ne tire pas sa lumière de lui-même, il la reçoit de Dieu, qui est la Raison universelle. Parce que l'âme est naturellement unie à Dieu, non au corps, la connaissance n'est en aucun cas la vue des yeux, c'est la vision en Dieu.

Traité de morale (1683)
Écrit à la demande de la princesse Élisabeth, l'ouvrage est remarquable en ceci qu'il est un traité complet de conduite. Il rentre dans le détail de tous les devoirs de l'homme comme individu et comme membre d'une famille, d'une société, d'un État. En même temps, le Traité tient tout entier dans un seul précepte: il faut aimer cela seul qui est aimable, l'Ordre des perfections visible en Dieu. La justice n'étant que les rapports de perfection, elle est immuable et inscrite en tout homme en tant qu'il est uni à la Raison universelle. La vertu est l'amour de l'ordre que connaît la raison comme elle connaît les théorèmes de géométrie.

Entretiens sur la métaphysique et sur la religion (1688)
Il n'y a rien dans cette œuvre qui ne soit déjà dans la Recherche de la vérité, mais l'exposé est différent. Malebranche précise sa thèse sur la nature des idées: les idées sont des êtres réels puisqu'elles ont des propriétés réelles qui résistent de telle sorte qu'il est, par exemple, radicalement impossible de changer l'idée de carré en celle de cercle. Dans ces Entretiens, Théodore, porte-parole de Malebranche, aide ses deux interlocuteurs à tourner leur esprit vers la lumière.

EPOQUE

La révolution scientifique
Quiconque veut comprendre les oeuvres philosophiques du XVII siècle doit avoir à l'esprit la «révolution copernicienne». Ce qui a été bouleversé, c'est l'idée même que l'on se faisait du monde que nous avons à connaître. Les philosophes du XVIIe siècle voient dans les mathématiques le modèle de la pensée vraie; et Malebranche, en bon cartésien, s'inscrit dans ce mouvement. Il sera d'ailleurs membre de l'Académie des sciences à partir de 1699.

Quiétisme et jansénisme
Le XVII siècle, c'est aussi le siècle des affrontements théologiques autour de la pensée de saint Augustin. Malebranche est au coeur du débat. Son premier ouvrage (De la recherche de la vérité) lui doit de subir les assauts d'Arnault, théologien janséniste, et d'affronter l'hostilité de Bossuet. Le père François Lamy ayant essayé de le rendre solidaire du quiétisme, Malebranche s'en défend dans un Traité de l'amour de Dieu, qui le réconcilie avec Bossuet. C'est alors au tour des jésuites de l'attaquer.

APPORTS

Religieux fervent, Malebranche fut le penseur qui sut
réconcilier les exigences de la science moderne avec
les impératifs de la métaphysique classique. Il fut aussi l'un
des rares philosophes capables d'aborder les sujets
les plus ardus en une langue simple.

La vision en Dieu. Si Malebranche s'accorde avec Descartes pour faire du «cogito» un outil pour détruire les préjugés des hommes, il se refuse à voir en lui le principe premier de nos connaissances. Rien n'est plus confus que le sentiment que chacun a de soi. Le moi n'est pas une idée claire et distincte. Les idées claires et distinctes sont des réalités éternelles qui résident en Dieu. Posséder la vérité, c'est connaître les choses comme Dieu les connaît. Lorsque nous pensons, nous ne faisons que participer à la pensée divine.
Actualité-postérité. Pour Malebranche, Dieu seul est cause de tout. Les phénomènes naturels que nous nommons des «causes» ne sont que des occasions: la brûlure n'est pas la cause de la douleur, mais Dieu produit la douleur dans l'âme à l'occasion de la brûlure du corps. Souvent jugé extravagant, cet «occasionnalisme» annonce néanmoins David Hume et sa réduction du lien causal à une simple conjonction. Il anticipe également sur Auguste Comte, qui assimile l'explication scientifique à une description en termes de lois et de conditions initiales.