Retour à l'index du dictionnaire de philosophieMÉTAPHORE. n. f. (du grec meta, voir ci-dessus, et phoros, «qui porte». Littéralement, « qui transporte en changeant »). Figure de rhétorique (ou de style) qui consiste à désigner une réalité par un terme qui convient à une autre, en raison d'une analogie entre elles qui autorise cette substitution. Par exemple, j'emploierai le mot racine à la place du mot cause (les racines de la rébellion), les deux termes ayant l'idée d'origine comme point de ressemblance.
La métaphore établit ainsi un rapport d'analogie entre diverses réalités, entre les différents domaines de la vie, du monde. Mais, contrairement à la comparaison (qui développe cette relation de ressemblance), la métaphore n'explicite pas l'analogie qu'elle opère : elle substitue directement un terme à un autre. Au lieu de dire «tes yeux sont bleus comme l'azur», la métaphore remplace le terme comparé (le bleu) par le terme comparant (l'azur), ce qui donne : « l'azur de tes yeux ». La métaphore est donc une comparaison implicite, directe, frappante.
Les métaphores ne sont pas seulement à la base de la poésie (les écrivains peuvent tisser de multiples correspondances entre les choses en jouant sur les mots qui les désignent). Elles sont à la base même du langage : l'être humain, chaque fois qu'il doit désigner des réalités nouvelles, a tendance à les rapprocher de réalités déjà connues. Cette recherche d'analogies aboutit à de nombreuses métaphores entre les réalités matérielles et les réalités spirituelles (les lumières de l'esprit), entre les diverses sensations, entre phénomènes humains et phénomènes naturels, entre le concret et le figuré. Quand une métaphore devient habituelle dans la langue, on dit qu'elle se lexicalise.


On appelle métaphore filée une métaphore qui se développe longuement (sur une ou plusieurs phrases) en poursuivant l'analogie sur laquelle elle se fonde, selon une sorte de logique interne à l'image. Par exemple, dans son sonnet « L'Ennemi », Baudelaire ayant identifié sa jeunesse à un « ténébreux orage », se met à «filer» la métaphore du paysage qui symbolise ses états d'âme : il parle de «jardin », de «fruits vermeils » maltraités par la pluie, de «pelle », de « râteaux », de «terres inondées », de «sol lavé » et de «fleurs nouvelles », tous ces termes renvoyant à l'histoire de sa vie intérieure (et non à un tableau objectif !).
Avec la métonymie, la métaphore est l'un des grands procédés verbaux qui constituent le langage.