Pour approfondir:

  1. XXX

Elu à la Chambre des communes en 1865, Mill (1806-1873) défendra des idées très progressistes. Il se prononcera notamment en faveur d'une réforme électorale au bénéfice des Noirs de Jamaïque, du vote des femmes, de l'abolition de la peine de mort. Se réclamant de Jeremy Bentham autant que de David Hume,
John Stuart Mill est le penseur qui a su
concilier utilitarisme
et altruisme. Socialiste libéral, il a construit une réflexion
politique concrète et originale qui fait de lui une référence
incontournable dès que l'on parle de liberté.

VIE

Contemporain d'Auguste Comte et de Karl Marx, mais aussi de Cournot et de Darwin, John Stuart Mill épouse pleinement les préoccupations de son siècle: l'économie politique et la philosophie des sciences.


Un intellectuel précoce
Né à Londres le 20 mai 1806, John Stuart Mill fait preuve de grandes aptitudes aux études, à tel point qu'à huit ans, il a déjà lu de nombreux classiques latins et grecs, possède une culture historique étendue et se trouve en mesure d'enseigner à ses jeunes frères. Il n'a que vingt ans quand il est chargé, par Jeremy Bentham, de préparer pour l'impression le manuscrit de son Traité du témoignage en justice, qui paraîtra avec des notes et des chapitres ajoutés par Mill.

Le philosophe engagé
De 1835 à 1840, il dirige la Revue de Londres et de Westminster, organe du parti radical. Il prend part à la politique de son pays et, en 1865, il est élu à la Chambre des communes par le collège de Westminster. En 1869, il préconise le suffrage féminin dans La Sujétion des femmes, publié lors de la fondation de la première société ayant pour but la conquête de ce droit politique. Il meurt en Avignon le 8 mai 1873.

OEUVRES

Auteur extrêmement fécond et travailleur infatigable,
John Stuart Mill a laissé une oeuvre importante consacrée
autant à la philosophie des sciences qu'à la morale et à
la réflexion sur le droit et la politique.

Système de logique légitimement de (1843)
L'ouvrage renouvelle l'empirisme sur la base de l'associationnisme emprunté à Hume. C'est, en partie, une réponse à William Whewel, qui pensait que la connaissance est impossible sans vérités nécessaires. Stuart Mill repousse l'idée même de la connaissance nécessaire, expliquant que les principes ne sont que des généralisations fournies par l'expérience.

De la liberté (1859)
Très controversé dans les années qui ont suivi sa publication, cet essai a été fort admiré par les libéraux du XX' siècle. Son objet principal est d'offrir un critère permettant de distinguer les cas dans lesquels la société peut intervenir légitimement de ceux dans lesquels l'homme doit être laissé entièrement libre de son choix. Stuart Mill estime que les gouvernements peuvent interdire, par la législation, les actes pouvant porter préjudice aux intérêts d'autrui, mais qu'ils n'ont pas le droit de promulguer des lois pour protéger les gens contre eux-mêmes.

Auguste Comte et le positivisme (1865)
Cette oeuvre est une étude critique détaillée qui parut tout d'abord sous la forme d'une série d'articles dans la Westminster Review. Stuart Mill y déclare que la philosophie des sciences consiste en deux recherches principales portant, d'une part, sur les méthodes d'investigation et, d'autre part, sur ce que l'on doit exiger des preuves.


L'Utilitarisme (1863)
Un des textes les plus étudiés dans les pays de langue anglaise. C'est un texte court mais extrêmement complexe car c'est une tentative de compromis: Stuart Mill essaye de conserver l'éthique du plaisir de Jeremy Bentham en la soustrayant au reproche, exprimé par Thomas Carlyle, d'être une «morale de pourceau». Pour ce faire, il établit une distinction entre les plaisirs nobles et les plaisirs bas, entre la satisfaction et le bonheur, entre les plaisirs du corps et ceux de l'intelligence . «Le bonheur, qui est le critérium utilitaire de ce qui est bien dans la conduite, n'est pas le bonheur propre de l'agent mais celui de tous les intéressés».

EPOQUE

L'économie politique
Le XIXe siècle découvre l'économie comme dimension fondamentale de la vie sociale. Dans le sillage d'Adam Smith, avec David Ricardo, Antoine Augustin Cournot, John Stuart Mill et Karl Marx, l'économie politique achève de s'émanciper de l'emprise de la métaphysique et de la théologie pour devenir une dis
e qui relève de la seule pensée rationnelle. Le développement économique a mis au premier plan la question sociale: il faut trouver des solutions.

La philosophie des sciences
Les progrès de la connaissance scientifique ont mis en avant la réflexion sur le savoir. L'esprit scientifique apparaît comme le stade ultime de l'intelligence humaine, à laquelle rien ne semble pouvoir résister
Stuart Mill s'inscrit dans ce mouvement de réflexion dès son premier ouvrage, à propos duquel il recevra une lettre élogieuse du pionnier de cette réflexion. Auguste Comte.

APPORTS


L'utilitarisme moral. Contrairement à la conception kantienne - selon laquelle la valeur morale de l'action ne dépend pas de ses résultats mais de l'intention qui l'anime - l'utilitarisme pose l'utilité comme critère de l'activité du point de vue moral. La morale utilitariste doit permettre de déterminer les techniques assurant le maximum de bonheur individuel. Mais, alors que pour Bentham la théorie se réduit à une arithmétique des plaisirs, c'est-à-dire au calcul égoïste de la plus grande quantité possible de bonheur individuel, l'utilitarisme altruiste de Stuart Mill conclut que l'individu, par intérêt, doit vouloir le bonheur de tous. Ainsi, une action est bonne dans la mesure où elle contribue au bonheur du plus grand nombre.

Actualité - postérité.
Le libéralisme économique est une conséquence de l'utilitarisme. En vertu du principe selon lequel l'homme n'est mû que par son intérêt, on prône la liberté individuelle parce qu'elle est censée concourir à la prospérité générale, et l'on refuse le rôle de l'État dans le jeu économique. La modernité de Stuart Mill, c'est de s'être prononcé pour l'intervention de l'État lors qu'il s'agit d'aider les plus défavorisés. Il est ainsi à l'origine d'un libéralisme qui refuse la jungle inhumaine d'une libre concurrence qui fait en sorte que les plus forts seront toujours de plus en plus forts, et les plus faibles de plus en plus faibles.