Retour à l'index du dictionnaire de philosophieMIMÉTISME. (du grec mimeisthai, «imiter »). 1° Capacité qu'ont certaines espèces animales de se confondre avec le milieu environnant, en en imitant les formes ou la couleur. Le mimétisme du caméléon.
2° Tendance humaine à reproduire machinalement (ou sciemment) les gestes, les comportements, le langage d'autrui. Le mimétisme conduit en particulier à imiter le groupe, à rejoindre le troupeau, à suivre les modes, à adopter les idées dominantes, à reproduire ce qui se dit ou ce qui se fait de façon irréfléchie, simplement parce que ça se dit et ça se fait. Cette tendance s'oppose au désir de se singulariser, de se distinguer d'autrui, d'être «soi-même ». On peut noter que les publicités flattent souvent la tendance mimétique pour créer des comportements d'achat collectifs, non sans procurer aux acheteurs potentiels l'illusion de la distinction en leur promettant des produits « personnalisés ».
Sur le plan philosophique, on peut renvoyer à la thèse de l'essayiste contemporain René Girard sur la « rivalité mimétique ». Celui-ci fait de la tendance mimétique une composante essentielle du désir humain : on désire toujours ce que désire autrui. Par exemple, dans le conflit oedipien, R. Girard met en question l'analyse freudienne : ce n'est parce que le père et le fils désirent le même objet (la femme) qu'ils deviennent rivaux, c'est parce que le fils tend à imiter le père (à entrer en rivalité mimétique) qu'il se prend à désirer le même objet (la mère). Sur la pensée complexe de R. Girard, on peut renvoyer à son ouvrage majeur La Violence et le Sacré.