Retour à l'index du dictionnaire de philosophieMODERNE. adj. Qui appartient à l'époque récente. Qui caractérise le temps présent. La littérature moderne. La vie moderne. La ville moderne. Qui, dans l'époque actuelle, semble spécifiquement contemporain, issu du progrès. Un style moderne. Un appareil ultramoderne. Des idées modernes.
· Les ambiguïtés du mot moderne viennent de ce qu'on l'emploie souvent en mêlant le jugement de fait (la délimitation dans le temps) et le jugement de valeur (la relation au progrès, la modernité comme supériorité). Les deux usages du mot, en outre, l'usage objectif (le moderne comme fait) et l'usage subjectif (le moderne comme valeur) posent chacun des problèmes :
— Le moderne comme fait : où s'arrête ce qu'on appelle l'époque? À partir de quand faire débuter les temps modernes? Cette question est épineuse dans la mesure où chaque époque se sent moderne par rapport aux temps qui l'ont précédée. Le mot moderne va ainsi s'opposer à l'ancien, au classique, voire même à l'antique (sans jugement de valeur), selon les contextes. Un mobilier moderne peut dater de quelques années (par opposition à un style ancien); l'histoire moderne est censée aller de la fin du Moyen Âge à la Révolution française (après quoi commence l'histoire contemporaine!); les lettres modernes désignent la littérature qui suit la culture gréco-latine... À vrai dire, quand on cherche à caractériser ce qui est moderne (le plus objectivement possible), on ne tarde pas à s'apercevoir que des époques passées répondent aux mêmes critères. En littérature, en peinture, en musique, on reconnaît vite des créateurs classiques qui sont « criants de modernité» ou « étonnamment modernes »; on pourra faire remonter les premières formes de sensibilité «moderne» à 1789, à 1820, à 1857, etc. À l'inverse, on peut enfermer la modernité dans des laps de temps si étroits (1950-1975) qu'on se sentira obligé de parler d'époque postmoderne pour les décennies qui suivent!...
— Le moderne comme valeur. Si la délimitation de ce qui est moderne et de ce qui ne l'est pas (ou plus) est objectivement si difficile, c'est que l'on associe souvent l'idée de modernité à l'idée de nouveauté et de progrès : tout le problème est de savoir si les critères retenus correspondent effectivement à des réalités nouvelles et à des progrès effectifs. Le modernisme est cette attitude qui consiste à toujours valoriser ce qui est moderne et à ne juger du passé qu'en fonction de son caractère «moderne», c'est-à-dire à penser que l'essentiel de ce qui est passé est dépassé.
· Les adversaires du modernisme fustigent au contraire le mot moderne en tentant de montrer que ce qu'on croyait un progrès se révèle une catastrophe. Globalement, le mot moderne a une connotation majoritairement positive (opposée à archaïque), en raison de l'assimilation que l'on fait entre les progrès techniques (que l'on constate) et le progrès humain (auquel on veut croire). La valorisation du mot moderne fait ainsi partie de l'idéologie courante des sociétés post-industrielles. Il faut y prendre garde.