«Toutes les passions ont une période où elles sont seulement néfastes, où elles rabaissent leur victime de tout le poids de leur bêtise — et plus tard une autre, beaucoup plus tardive, où elles se marient à l'esprit, se "spiritualisent". [...] Nous n'admirons plus les dentistes qui arrachent les dents pour qu'elles cessent de faire mal». Nietzsche, Crépuscule des idoles (1888).


· Nietzsche résume bien ici le double aspect du désir: d'un côté il est néfaste, mais de l'autre, il permet à l'homme d'accéder au meilleur de lui-même. Comme Rousseau, il condamne les philosophies ou les religions qui veulent éradiquer le désir comme si c'était une rage de dents. De nos jours, arracher une dent qui fait mal apparaît comme primitif. On admire le dentiste qui sait la soigner sans l'arracher. Il en va de même avec le désir, il faut le «soigner» pour lui permettre de durer. Il est la vie et le vrai bonheur, mais à condition d'être cultivé, comme une plante.
· «Comment spiritualiser, embellir, diviniser un désir?» Telle est la vraie question pour Nietzsche. Et la réponse, pour lui, se trouve du côté de l'art et de l'écriture: c'est dans l'art en effet, dans la musique par exemple, que le désir peut se déployer et se transformer indéfiniment, et cesser d'être une simple compulsion morbide. Mais cela suppose l'éducation et la culture de soi.