Retour à l'index du dictionnaire de philosophiePARADOXE (gr. paradoxa, para, contre; doxa, opinion). Assertion contraire à  l'opinion communément admise ou à  la vraisemblance. utilisé pour, dépasser les fausses opinions ou les pseudo-évidences, il est un moyen philosophique ou maïeutique mis au service de la vérité. Pris comme fin en lui-même, son usage est vaniteux puisqu'il n'exprime alors qu'un vain désir de briller auprès des autres et de se distinguer.

PARADOXE. n. m. (du grec para, «contrairement à» et doxa, «opinion commune »).
1° Opinion (vraie ou fausse) qui va délibérément à l'encontre de l'opinion courante. En général, celle-ci fait ressortir une part de vérité que l'opinion commune occulte. Le paradoxe est souvent l'arme du philosophe ou de l'écrivain qui veut faire réagir ses interlocuteurs, les conduire à dépasser leurs préjugés, en en prenant le contrepied. Si l'on déclare par exemple «Il avait le don de paresse et donc d'organisation », on peut heurter le bon sens et la morale admise qui ne voient dans la paresse qu'un défaut ; cependant, il est vrai que certains paresseux, pour éviter un surcroît d'efforts, sont conduits à simplifier leur travail en l'organisant mieux : c'est là une vérité paradoxale.
2° Opinion artificielle, bizarre ou fausse, émise par quelqu'un qui veut systématiquement étonner le public. Le paradoxe peut en effet devenir un genre (littéraire ou non) dans lequel le locuteur inverse toutes les propositions admises par simple désir de briller, ou parce qu'il croit qu'il suffit de contredire pour penser.
3° Réalité surprenante, qui heurte le bon sens, mais se trouve être totalement avérée. Depuis que le gouvernement a limité la hausse des loyers, on ne trouve plus à se loger : c'est un paradoxe. Il faut comprendre : le blocage des loyers a dissuadé les gens fortunés d'investir dans l'immobilier ; la construction s'est donc ralentie ; les appartements à louer se sont alors raréfiés. Cet exemple montre que le paradoxe est souvent moins dans la réalité elle-même que dans la formulation contradictoire, antinomique, de l'énoncé qui la traduit. L'emploi de l'adverbe paradoxalement sert souvent à mettre en valeur une contradiction apparente qui, dans les faits, s'explique très logiquement.
4° Proposition contradictoire, apparemment sans issue (voir Aporie). L'exemple classique est celui du paradoxe du menteur qui déclare : «Je mens» ou «Je mens toujours» (s'il ment en disant cela, c'est donc faux ; donc il ne ment pas en disant qu'il ment ; mais alors, pourquoi dit-il «je mens », si ce n'est pour nous tromper, donc il est menteur ; mais, etc.).


Paradoxe
Raisonnement ou affirmation qui aboutit de façon énigmatique à des conséquences contradictoires ou apparemment impossibles. Le paradoxe est en ce sens un ensemble de prémisses plausibles qui se contredisent mutuellement, ou la conclusion inacceptable d'un raisonnement apparemment acceptable. En un sens plus faible le paradoxe peut signifier tout simplement : ce qui va contre l'opinion reçue (la « doxa »).