Retour à l'index du dictionnaire de philosophiePÉCHÉ. n. m. (du latin peccatum, «faute, crime »). Dans la religion chrétienne, faute commise contre Dieu, contre autrui ou contre soi-même. Le péché est un acte conscient qui s'oppose à la volonté divine et aboutit au « mal » (mal en soi ; mal dans lequel on se plonge en refusant le Bien ; mal que l'on cause à autrui).
· Au fond de la notion de péché, il y a refus d'amour, manquement à l'amour (qui est central dans le christianisme). Le péché contre les autres leur fait tort, leur cause souffrance ; le péché contre soi (égoïsme, orgueil) rend incapable d'aimer ; le péché contre Dieu coupe l'homme de la source d'amour (l'état de péché est antinomique de l'état de grâce). Cette idée centrale fait dire à un théologien : «Aime, et fais ce que tu veux », car tel est le fond de la morale chrétienne.
· La tradition a codifié les formes de péché. Il y a le péché véniel (de faible gravité) et le péché mortel (gravissime : il entraîne la damnation du pécheur qui ne s'est pas repenti). Il y a les sept péchés capitaux (avarice, colère, envie, gourmandise, luxure, orgueil, paresse). Ces péchés individuels n'excluent pas les péchés collectifs, sur lesquels insiste la morale actuelle : participation à l'exploitation de l'homme, à l'injustice sociale, etc.
· La notion de péché va très loin, puisque l'on peut pécher par action (faire le mal), et par omission (ne pas faire le bien : idée que reprend la notion de «non assistance à personne en danger»). On peut aussi pécher en parole (injures, calomnies) et en pensée (désirer le mal qu'on ne peut pas directement commettre). Tout chrétien se sait donc et se sent fondamentalement pécheur. En même temps, la notion de péché est indissociable de la notion de pardon. Le pécheur peut se repentir. S'il est sincère, Dieu pardonne infiniment. Le catholicisme a sans doute trop minimisé cet aspect à certaines périodes de son histoire, culpabilisant les fidèles à outrance.
· Le Péché originel est une notion centrale du christianisme. Les divers péchés dont nous avons parlé ci-dessus ne prennent leur sens que par leur relation au Péché originel. Celui-ci selon la théologie, est une faute gravissime ayant entraîné l'Humanité entière dans la chute (on dit aussi Chute originelle). L'Homme s'est préféré lui-même, il s'est séparé du Dieu-Amour (voir Christianisme). Il s'agit là d'un mystère : pour les uns, c'est un événement historique rapporté au début de la Bible sous une forme symbolique (le péché d'Adam); pour les autres, le péché originel est le «Péché du Monde», préexistant à la naissance de chacun, auquel chaque homme prend part dès qu'il commet le moindre péché individuel. Le dogme du Péché originel est inséparable du mystère de la Rédemption : l'envoi, par Dieu, de son Fils unique pour sauver les hommes. Tout pécheur peut ainsi être pardonné, puisque le péché originel est en quelque sorte effacé par le sacrifice de Jésus-Christ. L'Amour est plus fort que le Péché.
N.B. Le mot péché au sens de faute morale, erreur volontaire, s'emploie aussi bien sûr dans le vocabulaire profane.