Retour à l'index du dictionnaire de philosophiePHÉNOMENE (gr. phainomenon; de phainestai, être visible). Désigne tout ce qui apparaît à la conscience. S'oppose à essence. Chez Kant, tout ce qui est objet d'expérience possible dans l'espace et le temps (s'oppose à noumène ou chose en soi).

Phénomène
Ce qui apparaît, ce qui se manifeste à notre conscience.
 

Gén. Ce qui apparaît à  la conscience, ce qui est perçu. Fait constaté et établi qui constitue la matière des sciences.
Phi. Pour Kant, ce qui est objet d'expérience possible, c.à -d. ce qui apparaît dans le temps et l'espace, et manifeste des rapports déterminés par les catégories. Ainsi, le phénomène s'oppose d'une part à  la pure matière de la connaissance (le divers donné sensible de la sensation), et de l'autre au noumène ou chose en soi, qui ne peut être connu. Il n'est donc pas simple apparence, puisque, au contraire, l'illusion suprême, que Kant appelle illusion transcendantale, serait de croire possible la connaissance d'autres objets que ceux de l'expérience , qui constituent pour nous le « pays de la vérité ».
Chez Husserl, le phénomène n'est pas seulement ce qui apparaît à  la conscience mais aussi manifestation de l'essence. Le retour aux choses mêmes permet aux structures universelles de l'expérience de se dévoiler. Epochè.

Phénoménologie. Au sens général: étude descriptive d'un phénomène. C'est aussi un mouvement philosophique qui se donne pour règle de «revenir aux choses mêmes».

Phénomène. Au sens général: ce qui apparaît aux sens ou à l'esprit. Chez Kant: concept opposé à celui de chose en soi. Ce qui est saisi par noire esprit à travers les formes a priori de la sensibilité, l'espace et le temps, et  unifié par l'entendement par le jeu des catégories et des principes.

Phénomènes. Le monde tel qu'il nous apparaît. Dans la tradition de Platon et de Kant, les phénomènes s'opposent aux essences, nature véritable, mais cachée, des choses.

Phénoménologie. Au sens large, étude des phénomènes. Au sens étroit, démarche philosophique suivie par Husserl et ceux qui s’en réclament.

Phénoménal. Qui se rapporte au monde des «phénomènes», c'est-à-dire du sensible, de l’expérience, de ce qui peut être perçu par les sens.

PHÉNOMÈNE. n. m. (à partir du grec phainein, «briller, apparaître»). Sens courant : toute réalité qui se manifeste, qu'il s'agisse de faits extérieurs ou de faits internes que la conscience peut observer. Phénomènes naturels, phénomènes sociaux, phénomènes psychologiques. Selon le contexte, le phénomène peut être quelque chose d'ampleur notable (d'où l'adjectif phénoménal : qui est surprenant, extraordinaire), ou au contraire se réduire à quelque chose d'accessoire ou d'annexe (voir Épiphénomène). Dans le vocabulaire scientifique, le mot prend le sens précis de réalité observable, analysable (par opposition à des faits bruts et globaux) : on tente par exemple d'isoler un phénomène pour mieux l'étudier. Dans le vocabulaire courant, le mot peut désigner une personne ou une chose qui sort de l'ordinaire, qui est hors norme. Ce Raymond Devos, quel phénomène! Un phénomène supranormal. Le terme peut alors devenir péjoratif, désigner un individu excentrique, bizarre.
Sens philosophique : manifestation apparente, sensible, par opposition à la réalité profonde, la substance essentielle d'une réalité. Kant, notamment, oppose les phénomènes (que perçoivent nos sens ou notre conscience) aux noumènes (choses en soi, concepts qui échappent à notre expérience et ne pourraient être saisis que par une intuition de l'intelligence pure). On appelle phénoménologie une école philosophique qui se propose de n'atteindre l'essence des choses qu'à travers l'étude de leurs manifestations concrètes, telles qu'elles se trouvent saisies par la conscience humaine. La «phénoménologie» d'une réalité quelconque sera donc l'étude des perceptions et des réactions de la conscience faisant l'expérience de cette réalité (par opposition à une étude théorique et « objective»). La phénoménologie finit ainsi par avoir pour objet essentiel la façon dont la conscience se saisit du monde (elle tente une approche objective de la subjectivité).

En grec, phainesthai signifie « apparaître ». Selon cette étymologie, est phénomène tout ce qui nous apparaît à travers la sensation ou qui se manifeste à la conscience. La proximité entre la notion de phénomène et celle d'apparition conduit à l'idée selon laquelle nous ne saisissons d'emblée que l'apparence des choses et non leur réalité intime. Pour y accéder, il faut donc dépasser les apparences afin de dévoiler l'essence qu'elles masquent sous la diversité phénoménale. Par exemple pour savoir ce qu'est la beauté en elle-même, il faut s'en détourner comme phénomène corruptible et instable (un beau visage, une belle fleur, une belle sculpture ne sont que des manifestations sensibles imparfaites, dégradées et dégradables de la beauté en soi). Une telle contestation de la valeur épistémologique des phénomènes est en particulier développée par Platon. Pourtant il faut bien, en quelque sorte, sauver les phénomènes sans oublier que le sujet qui est affecté par eux est en même temps responsable de leur structuration.
Kant offre une solution originale en distinguant les phénomènes et les noumènes. Posant en principe que les objets se règlent sur notre connaissance qui les organise spontanément, le système critique kantien s'efforce de montrer que tout ce qui dépasse les bornes de l'entendement est inconnaissable (les noumènes). Nous ne pouvons connaître que les phénomènes, c'est-à-dire, les choses pour nous, ordonnées selon les conditions a priori de notre expérience possible. Cette conception redonne toute sa valeur au monde phénoménal qui peut ainsi faire l'objet de la science, tout en interdisant d'en faire un absolu indépendant.