Retour à l'index du dictionnaire de philosophiePOLITIQUE (gr. polis, cité)

Hannah Arendt, commentant Aristote, distingue le politique qui est l'espace public (polis), commun à  tous les citoyens, lieu où chacun délibère en vue de l'intérêt général, de la politique qui est l'art de délimiter cet espace et de conserver son intégrité. Cette distinction révèle l'essence du politique. S'il faut en effet protéger cet espace, c'est que le politique risque toujours d'être corrompu par le non-politique, par ces intérêts privés que sont les intérêts économiques. Ainsi, l'antagonisme des volontés partitique est en puissance l'espace de la raison, il est en fait le lieu où s'affrontent les passions qui naissent des différences sociales entre les hommes. Le politique est donc moins une réalité effective qu'une tâche infinie et impossible en raison des effets déviants de l'économique sur le politique, du privé sur le public. Il est par essence une valeur , la limite idéale vers laquelle tend la vie sociale. La citoyenneté, alors, est elle-même une conquête qui requiert le désintéressement et cette ferme volonté de résister aux pressions de l'intérêt privé qu'on appelle la vertu ou esprit civique et qu'on exige de chacun, vertu dont l'abandon, si l'on en croit Montesquieu, signale la mort des républiques.

Étymologiquement, la politique est liée à l'organisation et à l'existence de la « cité » (polis en grec). La
« cité » est la forme administrative, juridique et hiérarchique qui fonde l'ordre d'une communauté humaine selon un certain nombre de valeurs. Au sens strict, seuls les hommes s'organisent politiquement, les animaux éventuellement grégaires n'étant déterminés à vivre en groupes que selon l'arbitraire de la nature (une ruche ou une meute n'est pas une cité).
La politique peut faire l'objet de préoccupations philosophiques très diverses. On distingue par exemple les questions qui portent sur les conditions qui font de l'homme un « animal politique », celles qui ont pour objet les fondements légitimes du contrat social, celles qui s'interrogent sur les rapports entre la politique et l'économie, celles qui posent le problème des compétences spécifiques exigées par la politique, etc. Si la liste ne peut évidemment être ici exhaustive, une autre distinction permet de donner plus d'unité à ces différentes approches : le politique et la politique. Le politique désigne le champ, indépendant de toute structure empirique existante, dans lequel il faut penser la façon dont les hommes doivent s'organiser pour réaliser au mieux leur essence. La politique est au contraire la théorisation de la pratique des princes, sa description et son instrumentalisation.

POLITIQUE. adj. et n. (du grec politikos, «qui concerne la cité»).
1° (nom féminin) Ensemble de l'organisation de la cité, du gouvernement des affaires publiques, du système législatif qui régit cette organisation et de la répartition des pouvoirs qui font fonctionner cet ordre. La politique est, en ce sens, la chose la plus nécessaire à toute société, qu'elle en organise la vie interne (les relations entre les citoyens) ou qu'elle lui permette d'exister en face des autres collectivités humaines (politique extérieure).
À partir de cette définition d'ensemble, les significations du mot «politique» sont nombreuses : réflexion sur l'art d'organiser la nation ; stratégie élaborée pour mener à bien les affaires publiques, façon de gouverner; champ des forces nationales et des hommes qui s'affrontent pour la conquête du pouvoir.
Cette diversité de sens est souvent cachée par la réalité, au jour le jour, de la «politique politicienne ». Les significations péjoratives de l'emploi du mot politique (qu'il faut absolument dépasser pour en comprendre le sens profond) ont conduit à opposer la et le politique, d'où le succès du mot politique comme nom masculin.
2° (nom masculin) Le politique, au sens propre, c'est ce qui est politique, ce qui a profondément rapport à l'organisation de la cité. Cette définition se confond donc avec la signification d'ensemble de la politique, mais sans les sens dérivés, sans les connotations péjoratives qui lui sont parfois associées. On parlera du politique par opposition au social ou au juridique. On parlera du politique chaque fois qu'on voudra insister sur les enjeux profonds de l'organisation des affaires publiques, par opposition à l'aspect passionnel ou superficiel des débats dits « politiques ». Un citoyen conscient doit justement percevoir l'importance du politique sous les péripéties événementielles de la politique. Voir, à ce propos, les deux sens possibles du verbe Dépolitiser.
3° (adjectif) Le mot politique, comme adjectif, peut se rapporter aussi bien à la politique (au sens événementiel) qu'au politique (le domaine politique au sens originel du mot). Pensée politique, ordre politique, passion politique, magouille politique, économie politique, opinion politique, régime politique, etc.
4° Par extension, on peut appeler :
— Un politique : un homme qui sait s'occuper de politique, a l'art de mener les hommes. C'est un fin politique.
— Une politique : toute stratégie, toute tactique concertée en vue d'objectifs déterminés, dans des domaines autres que celui de la vie politique. Quelle est votre politique commerciale ?
— Politique : qui est habile, qui calcule, qui est intéressé. Il agit pour des raisons politiques. C'était une manoeuvre très politique. Une invitation purement politique.
— Un politologue est un spécialiste des faits politiques (trop sou-vent centré, il est vrai, sur la « politique politicienne »).

Politique de l'autruche Attitude qui consiste à ne pas regarder ce qui dérange afin d'éviter de traiter les problèmes en niant qu'ils existent.