Pierre-Joseph Proudhon, né en 1809, est issu d'une famille paysanne et ouvrière. Il en a retiré une conscience aiguë des inégalités sociales. Son ouvrage de 1840, Qu'est-ce que la propriété?, l'a rendu célèbre. Il a été en relation avec Marx puis s'est brouillé avec ce dernier. Incarcéré de 1849 à 1852 pour outrage au président de la République, il s'est exilé en Belgique, avant de mourir à Paris en 1865. Proudhon a voulu donner le pouvoir aux travailleurs
à travers un système fondé sur l'autogestion et le fédéralisme.
Plus proche de l'anarchisme libertaire que du marxisme, il peut
être considéré comme l'un des inspirateurs du syndicalisme.

VIE

Au XIXe siècle se développent les mouvements socialistes.
Différents penseurs révolutionnaires s'élèvent contre la domination des ouvriers et des pauvres par les nantis. Parmi
ceux-là, Proudhon est l'une des figures les plus importantes.

L'autodidacte (1809-1848)
- Proudhon naît à Besançon. Famille d'artisans pauvres. Études brillantes grâce à une bourse.
- Apprentissage d'ouvrier typographe. Il fonde une imprimerie.
- 1837: pension de l'Académie de Besançon pour son Essai de grammaire générale.
- 1840: début des activités politiques avec la publication de Qu'est-ce que la propriété?.
- Proudhon abandonne son imprimerie et travaille dans une entreprise de transports par eau.

Le révolutionnaire (1848-1865)
- Proudhon s'installe à Paris. Fonde un journal, Le Représentant du peuple.
- 1848:il est élu député à l'Assemblée nationale.
- 1849: fonde la Banque du Peuple. Échec. La même année, condamnation à la prison pour activités antigouvernementales. Se marie alors qu'il est en prison.
- 1852: libération.
- 1858: nouvelle condamnation. Proudhon s'exile en Belgique. Amnistié par Napoléon III en 1860. Rentré en France, il se retire à Passy jusqu'à sa mort.

OEUVRES

Considérant l'économie politique comme la science par excellence, Proudhon a fait la critique du capitalisme et tenté d'élaborer un système fondé sur l'égalité et la justice sociale. Mais ses oeuvres n'ont pas la rigueur ni la force de celles de Marx.

Qu'est-ce que la propriété? (1840)
Proudhon critique la propriété en usant d'une formule célèbre: «La propriété, c'est le vol.» Contre les bourgeois capitalistes qui y voient un droit fondamental et sacré, le philosophe considère la propriété comme un «vol économique» par lequel les capitalistes dérobent aux ouvriers le fruit de leur travail. La propriété conduit à l'inégalité et à la violence sociale. Proudhon propose de la remplacer par la «possession», notion qu'il omet toutefois de définir.

De la Création de l'ordre dans l'humanité (1843)
Proudhon élabore une métaphysique fondée sur l'économie politique, le travail et l'agnosticisme. Pour favoriser le progrès social, il faut organiser le travail selon une méthode qu'il qualifie de «sérielle».

Philosophie de la misère (1846)
Il s'agit d'un traité d'économie politique dans lequel Proudhon analyse différents problèmes comme la division du travail, la propriété ou le crédit. Il critique à la fois les économistes libéraux et les socialistes, et tente d'établir un système qui soit la synthèse des deux positions. Marx se moquera des idées proudhoniennes dans un pamphlet intitulé ironiquement Misère de la philosophie.

La Guerre et la paix (1861)
«La guerre est la vie»; c'est avec ce slogan paradoxal que Proudhon fait l'éloge de la guerre en tant que manifestation du «droit de la force» et de l'énergie humaine. Il dénonce toutefois le paupérisme comme cause des guerres civiles et demande que l'énergie guerrière soit transformée et investie dans le travail et la création, seule manière d'obtenir une paix dynamique et positive.

De la Justice dans la révolution et dans l'Église (1858)
Proudhon affirme son anticléricalisme et son opposition à une justice définie par l'Église ou par l'État. Une telle justice ne peut être qu'abstraite et arbitraire et entraîner l'injustice sociale, contrairement à la justice révolutionnaire.

TEMPS

Le mouvement ouvrier
Au début du XIXe siècle, l'essor de l'industrialisation et du capitalisme crée une nouvelle classe d'ouvriers pauvres, exploités par les patrons. Des penseurs comme Saint-Simon ou Fourier rêvent d'une société égalitaire. Avec Marx se développe une critique de l'économie capitaliste. Les ouvriers réclament une plus grande participation à la richesse et au pouvoir, si nécessaire en faisant la révolution. L'année 1848 marque l'accession des ouvriers au pouvoir politique.

Marxistes et anarchistes
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le mouvement socialiste se scinde en plusieurs courants: marxistes qui préconisent la prise du pouvoir par le prolétariat, réformistes qui souhaitent changer la société, anarchistes et libertaires qui refusent toute autorité de l'État ou d'un parti. Par ses idées, Proudhon est plutôt proche de ces derniers.

APPORTS

Proudhon a tenté d'élaborer un système qui concilie le rejet
de l'État et une organisation égalitaire du travail. Inspirateur
du socialisme autogestionnaire et du mutualisme, il est plus
proche de l'anarchisme que du marxisme.

L'homme politique. Pendant sa courte carrière politique, Proudhon s'est efforcé de faire appliquer ses idées, en créant notamment une Banque du Peuple, qui fournirait du crédit gratuitement aux artisans. Mais, piètre orateur, peu charismatique, il apparaît comme un théoricien isolé plutôt que comme un meneur révolutionnaire.
Le socialiste. Proudhon rejette l'autorité de l'État et de l'Église, et veut donner le pouvoir aux travailleurs à travers un système fondé sur l'autogestion, le fédéralisme et le mutualisme. Rejetant également les thèses de Marx sur la prise du pouvoir par le prolétariat, il est plus proche des anarchistes libertaires que des marxistes.
L'économiste. Proudhon rêvait à un système politique et social tout entier fondé sur l'économie politique. Ses analyses économiques peuvent sembler dépassées, mais elles ont contribué à la naissance d'une nouvelle science humaine, l'économie politique.
Postérité-actualité. Par son rejet du centralisme étatique et sa défense de l'autogestion, Proudhon peut être considéré comme l'un des inspirateurs du fédéralisme. Ses idées sur le mutualisme ont également inspiré le syndicalisme moderne, la constitution d'une prévoyance sociale et de fonds de solidarité entre les travailleurs. Mais la pensée de Proudhon, comme celle des anarchistes, a été considérablement éclipsée par le marxisme-léninisme.