Retour à l'index du dictionnaire de philosophieRELIGION (lat. religare, relier, attacher)


La religion est, selon son étymologie, un lien ou une mise en relation : elle relie les hommes à  plus haut qu'eux, à  une puissance qui les dépasse infiniment, les transcende. Ainsi, la religion semble s'opposer à  la société, qui est le lien des hommes entre eux. L'homme serait donc à  la fois social et religieux, ce double lien pouvant engendrer des conflits comme en témoigne l'histoire de la chrétienté occidentale qui a vu souvent s'affronter l'autorité politique, représentant la société, et l'autorité sacerdotale, représentant la religion. Cependant, le monde antique se caractérisait plutôt par une indistinction entre lien social et lien religieux : pour un Athénien du Ve siècle, la religion n'est pas une affaire privée, mais le signe de son appartenance à  la communauté. Aucun lien personnel ne l'attache à  un Dieu , les cultes divins étant d'abord des cultes publics. Il faut donc distinguer la religion grecque, qui est une religion sociale, puisque dans sa religion chaque cité s'adore elle-même et magnifie ses vertus, de la religion chrétienne qui suppose avant tout une relation personnelle à  Dieu . Or, comme le souligne Hegel, une religion qui se définit strictement par le lien social ne peut prétendre à  l'universalité. Ainsi, la multiplicité des dieux grecs les conduit à  se combattre et à  se haïr comme le feraient des hommes. Hegel évoque alors l'« oubli comique de leur nature éternelle », et conclut que le vrai sentiment religieux ne peut se retrouver dans cette forme de religion sociale. La vraie religion serait donc le christianisme , religion de l'homme libre, qui sépare nettement lien social et lien religieux. Parce que Jésus dit tu à  tout homme, abstraction faite des liens sociaux dans lesquels il est pris, la religion chrétienne « rend à  César ce qui est à  César, et à  Dieu ce qui est à  Dieu ».

Religion de l'humanité Auguste Comte entend, afin de concilier ordre et progrès, ne garder de la religion que ses avantages. La religion de l'humanité repose sur une foi absolue en l'homme, sur son aptitude naturelle à aimer son prochain et sur les progrès constants de la raison.

Religion révélée Religion telle que le judaïsme, le christianisme ou l'islam qui a été communiquée aux hommes par Dieu et qui est consignée dans des livres sacrés comme la Bible ou le Coran.

Religions révélées Religions, comme le christianisme , le judaïsme ou l'islam, qui ont été révélées aux hommes par l'intermédiaire de prophètes et de livres saints. Les religions révélées établissent un certain nombre de dogmes, de croyances et de pratiques auxquelles les croyants doivent absolument se soumettre. Les - philosophes du XVIIIe siècle s`opposent à cette conception obscurantiste de la religion et lui opposent soit l'athéisme, soit une religion naturelle, croyance personnelle en un Dieu créateur, qui se passe de dogmes et de rites.

Religion naturelle croyance en un Dieu créateur de la nature mais ne faisant l'objet d'aucune Révélation, d'aucune religion instituée. Le terme est à peu près synonyme de déisme.

Religion révélée

Religion révélée aux hommes d'une manière surnaturelle. Jésus-Christ est descendu sur terre pour révéler aux hommes la parole divine.

 

RELIGION. n. f. (du latin relegere, «recueillir» ou religare, «relier »). Ensemble des croyances et des pratiques, le plus souvent collectives, par lesquelles les hommes manifestent leur relation à une puissance surnaturelle, à une réalité supérieure et sacrée qui peut être un Dieu créateur ou un ensemble de divinités, selon les cas.
· La notion de religion suppose davantage que la simple foi : elle répond chez l'être humain au besoin de croire ensemble, selon un rituel ou un culte ordonné qui, dans le même mouvement, relie les hommes à Dieu et les rassemble entre eux.
· Le fait religieux est une réalité universelle. Les sciences humaines se sont attachées à l'expliquer par les multiples besoins de la subjectivité humaine : peur de la mort, désir d'éternité, volonté de se concilier les puissances invisibles, nostalgie d'un paradis perdu (celui de l'enfance ou de l'époque prénatale), nécessité de conserver sa vie durant un père idéalisé, ou plus globalement, besoin de certitudes — besoin que l'existence de chacun ou la marche du monde aient un sens supérieur. Ces explications peuvent avoir un caractère réducteur (cf. la formule de Voltaire «Si Dieu n 'existait pas, il faudrait 1 'inventer »); c'est pourquoi le croyant, qui ne peut nier la présence en lui de ces besoins fondamentaux, ajoute volontiers que si le phénomène religieux est universel, c'est peut-être bien parce que l'homme a toujours senti la réalité objective de l'existence de Dieu et la manifestation de sa présence, tant au sein de l'histoire du monde qu'auprès de chaque être humain pris personnellement.
· Le débat sur la religion est largement nourri d'arguments contradictoires. Les uns insistent sur la dimension spirituelle de la religion, fondement de l'éthique, instrument d'élévation de l'âme et de sublimation des pulsions, qui débouche sur la fraternité et sur la compassion, sans parler de son rôle de ciment culturel, à l'origine des oeuvres littéraires, artistiques ou musicales les plus prodigieuses du génie humain. Les autres énumèrent toutes les déviations, tous les abus engendrés par l'intolérance, le fanatisme, le prosélytisme : les guerres (de religion), la négation de l'épanouissement humain (par des morales rigides), le refus des Lumières, etc. À chacun de trancher ce débat. Toute la question est de savoir s'il s'agit là de maux inhérents à la religion même (cela peut dépendre des religions) ou à la perversité des hommes toujours tentés de faire d'elle un instrument de pouvoir.


On parle de religion pour qualifier tout système de croyance renvoyant à un ordre surnaturel à l'oeuvre dans l'univers. La religion suppose une foi, une pratique spécifique et une perception du monde impliquant une séparation entre le profane et le sacré. Les formes de la religion sont très diverses, elles peuvent renvoyer à un ou plusieurs dieux, reposer sur une conception animiste (des esprits impriment leurs volontés dans la nature) ou développer l'idée selon laquelle un principe caché détermine une sorte de cycle auquel nous sommes soumis. Dans ce dernier cas, la ligne de démarcation entre religion et philosophie peut être relativement complexe à établir, comme pour le bouddhisme par exemple.
Traditionnellement, on renvoie le mot religion à une double étymologie latine. La première, religio, signifie « scrupule » et « croyance ». La seconde, reli-gare, apparaît plus tardivement et implique l'idée de liens (« relier »). Dans cette perspective, la religion serait le lien vertical que l'homme construit entre lui et les puissances célestes, mais aussi un lien horizontal assurant la cohésion sociale et le rapport à l'autre dans une communauté spirituelle.

Religions séculières
Expression utilisée par Raymond Aron pour désigner les idéologies, en référence au processus de la « sécularisation », autrement dit de la transformation du sacré en profane.