Retour à l'index du dictionnaire de philosophieREMINISCENCE (lat. reminescentia, réminiscence)


Psy. Retour à  l'esprit d'une image non reconnue comme souvenir et prise pour une perception présente.
Phi. La théorie de la réminiscence chez Platon résout le problème de l'origine du savoir. Comment apprendre ce qu'on ne sait pas ? En effet, l'homme ne peut ni apprendre ce qu'il sait, puisqu'il le sait déjà , ni apprendre ce qu'il ne sait pas puisqu'il ignore même ce qu'il ne sait pas et donc ce qu'il devrait apprendre. Dès lors, tout apprentissage semble impossible puisqu'il n'y a pas de transition entre le non-savoir Absolu et le savoir. Socrate, dans le Ménon, triomphe de cette apparente aporie en montrant que si l'homme peut apprendre, c'est précisément que l'éducation s'appuie sur un savoir initial, sur la faculté innée de chercher ce que l'on ne sait pas. Il fait ainsi découvrir à  un petit esclave qui n'a jamais fait de géométrie la notion de diagonale : tout se passe comme si celui-ci se ressouvenait de ce que pourtant il ne semblait pas connaître. Il y a donc en chacun de nous, moins des idées innées que la faculté innée d'apprendre, de réfléchir, de déduire par le raisonnement. Le mythe de la réincarnation fournit ici une image susceptible de faire comprendre en quoi consiste toute réflexion : les âmes ayant contemplé dans une vie antérieure les Idées, les ayant oubliées lors de leur incarnation, s'en ressouviennent dans l'acte d'apprendre. Ainsi, apprendre, c'est se ressouvenir.

Réminiscence Processus par lequel, selon la théorie platonicienne, l'âme, qui a séjourné avant la naissance dans le monde des Idées, se rappelle, pendant la vie humaine, ce qu'elle y a vu. Le savoir ne serait donc pas découverte, mais redécouverte de connaissances oubliées.

RÉMINISCENCE. n. f (du latin reminisci, «se souvenir »).
1° Souvenir dont on n'a pas conscience qu'il s'agit d'un souvenir. Un roman plein de réminiscences littéraires. Contrairement au plagiat, la réminiscence, chez un créateur, est involontaire. Elle est parfois à demi consciente : l'auteur sent qu'il est influencé mais ne sait plus d'où provient la réminiscence.
2° Souvenir imprécis, incertain. De vagues réminiscences du passé. Dans ce sens, le coeur reconnaît une émotion dont la mémoire n'arrive pas très bien à fixer l'origine. Dans le célèbre épisode de « la madeleine », Proust fait une analyse précise des réminiscences qui remontent peu à peu jusqu'à sa pleine conscience. Dans la théorie platonicienne : souvenir de ce que notre âme a vu dans une existence antérieure, qui nous permet d'élaborer des idées. Notre âme a contemplé autrefois les Idées. Lorsque nous observons le monde sensible et croyons en tirer des « idées », nous ne faisons que nous rappeler, sans le savoir, le souvenir des Idées contemplées dans le monde intelligible.

Au sens large, la réminiscence est le retour d'un souvenir dont l'origine et le contenu restent relativement obscurs à la conscience. Le mot prend un sens particulier dans la philosophie de Platon et désigne l'acte par lequel le savoir oublié resurgit, essentiellement par la médiation du dialogue. Dans le système platonicien, apprendre est moins découvrir que retrouver ce que l'esprit a momentanément perdu en s'incarnant dans ce tombeau qu'est pour lui le corps (en grec, il y a une proximité entre soma, le « corps », et sèma, la « tombe »). Platon pense en effet que l'âme immortelle accomplit des séjours multiples dans des existences individuelles, dont la mort et la renaissance ne font qu'effacer la mémoire de la vérité contemplée en elle-même lors de notre ascension vers les Idées. Quand nous mourons, notre esprit s'élève vers l'Intelligible dont la contemplation laisse en nous une trace indélébile. Mais, lorsque la partie désirante de l'âme nous déroute de ce voyage céleste, nous retombons dans la prison d'un corps qui nous contraint à réactualiser nos connaissances par le ressouvenir. Dans un passage célèbre du Ménon, Platon s'emploie à mettre en scène ce caractère inné de la connaissance en montrant comment un jeune esclave, pourtant non instruit des arcanes de la géométrie, parvient à « retrouver » en lui le moyen de dupliquer la surface d'un carré en discutant avec Socrate. Le texte offre ainsi un exemple éclatant de la fécondité de la maïeutique.