Retour à l'index du dictionnaire de philosophieRÊVE. n. m. 1° Activité psychique qui a lieu durant le sommeil. Le rêve se constitue de représentations plus ou moins imagées, plus ou moins incohérentes, dont on conserve une mémoire souvent très partielle au réveil.
2° Représentation idéale que l'on élabore consciemment (à l'état de veille), soit passagèrement, soit de façon organisée. Le rêve est une construction de l'esprit qui imagine une situation souvent irréelle, mais parfois réalisable ; il est une cristallisation de nos désirs ou de nos idéaux. Lorsqu'on se laisse aller consciemment à des rêves plus ou moins vagues, où les idées et les images (les fantasmes) s'associent librement, au gré des sensations ou de l'imagination, on parle alors de rêverie (ou rêvasserie).
En psychanalyse, le rêve nocturne est considéré comme l'une des manifestations les plus caractéristiques de l'Inconscient. Le relâchement de la conscience, des contraintes sociales et du contrôle moral (le Surmoi), conduit en effet les désirs inconscients à s'exprimer, à se révéler. Le rêve est pour Freud une réalisation de nos désirs habituellement refoulés. Mais attention : la Censure, au cours du rêve, veille encore sévèrement. Il ne faudrait pas que la libération soudaine de désirs interdits (et donc chargés de culpabilité et d'angoisse) vienne réveiller le sujet endormi, qui ne peut supporter de voir en face ses pulsions à l'état brut, le «Ça» qui le hante monstrueusement. Le rêve est également en effet le «gardien du sommeil ». Un compromis s'effectue donc entre les désirs et les exigences de la censure, sous les apparences incohérentes du scénario rêvé. D'une part, le désir s'exprime selon les lois de l'inconscient (qui se moque de la chronologie, qui se moque de la logique, qui accepte incohérences et contradictions); d'autre part, le désir se masque, prend l'aspect de fantasmes, de représentations (mi-intellectuelles, mi-imagées), d'histoires dont le cours surprenant est cependant tolérable. Freud oppose ainsi le contenu manifeste du rêve (le scénario apparent, les images dont on se souvient) et son contenu latent (sa signification réelle, inconsciente). L'interprétation consiste à extraire le sens réel du contenu manifeste, sachant que l'élaboration du rêve obéit à trois grandes lois qui sont :
· Le symbolisme (les éléments du rêve ont souvent des significations sexuelles latentes : les objets allongés, les bâtons, les pics figureront le phallus ; les réceptacles, les vases, les objets creux figureront le corps féminin ; mais le code symbolique peut être particulier à chaque rêveur);
· La condensation (une scène rêvée, une simple image peut condenser en elle-même divers traits, diverses époques, diverses personnes, diverses significations que l'analyse doit démêler);
· Le déplacement (la « libido », l'expression du désir inconscient, peut très bien s'investir dans des aspects accessoires et apparemment insignifiants du rêve, alors que les éléments dramatiques dont le rêveur se souvient n'ont qu'une importance secondaire : l'inconscient déplace ses affects pour mieux tromper la censure).
Ces quelques traits du rêve s'appliquent aussi, selon Freud, aux mots d'esprit ainsi qu'à beaucoup de manifestations névrotiques, dont le sens profond est caché par l'expression apparente. Avec des précautions et des nuances, certains critiques ont tenté de les retrouver dans les productions artistiques (qui sont de grandes rêveries contrôlées). Il faut toutefois ne pas réduire à des symptômes les plus hautes créations de l'esprit humain.