Retour à l'index du dictionnaire de philosophieROMANTISME. n. m. Mouvement intellectuel et artistique qui se manifeste dès le milieu du Mile siècle en Angleterre et en Allemagne, et atteindra son apogée au XIXe siècle, notamment dans la littérature française avec les poètes Lamartine, Hugo, Musset, Vigny, Nerval et des prosateurs comme Chateaubriand, Stendhal. Il s'agit d'un mouvement européen.
· Comme la plupart des grands mouvements artistiques, le romantisme se définit d'abord par ses réactions aux périodes qui précèdent :
— Opposition au rationalisme des Lumières, à son optimisme philosophique comme au culte de la raison, contre lequel les écrivains réhabilitent les droits de la sensibilité, de l'imagination, et l'expression lyrique des grands sentiments ;
— Opposition à l'idéal classique, à son esthétique de la mesure et de la retenue personnelle, contre lequel les romantiques prônent l'exaltation du moi et la libération de l'art.
· Ces oppositions s'accompagnent souvent d'une attitude individualiste de refus de l'ordre social de l'époque, aussi bien sous sa forme économique (l'utilitarisme bourgeois) que sous ses formes culturelles (académismes divers) : l'année 1830 (Révolution de juillet) est l'année de la bataille d'Hernani (Hugo); Berlioz compose La Symphonie fantastique ; en 1831, Delacroix peint La Liberté guidant le peuple. Le culte du moi s'affirme et s'accompagne, dans tous les domaines, d'un désir de liberté et de libération, ce qui ne va pas sans angoisses et sans souffrances, car le monde (sa réalité tant sociale que métaphysique) ne se plie pas d'emblée aux aspirations romantiques.
· Les thèmes que cultivera la littérature romantique, en tentant de renouveler les formes artistiques traditionnelles (le théâtre, la poésie) ou de leur conférer un développement exceptionnel (le roman, lieu privilégié de l'expression de l'individu face à la société), seront donc globalement : la douleur, le mal de vivre (voir Mal du siècle); les grands sentiments humains (l'amour, la souffrance, la mort, l'appel de la liberté) et l'exaltation du « coeur » («Ah, frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie ! », écrit Musset), l'amour de la nature (dans laquelle le « moi » se projette et se reflète), l'appel du rêve ou de l'esprit (Nerval, Vigny), la glorification de l'artiste (poète maudit dans son exception, ou prophète inspiré chargé d'éclairer les hommes). Mieux vaut vivre dans la démesure du sentiment et dans l'échec que de nier sa propre singularité en se fondant dans une société utilitariste (voir la pièce Chatterton, de Vigny). Cela dit, l'attitude romantique ne se limite pas à un retrait individualiste du « moi » dans l'exaltation de ses rêveries au sein de la nature : elle peut comporter aussi un engagement social ou politique (Lamartine, Hugo) au nom de la liberté, une volonté de se révolter et de triompher de l'ordre ancien.
· Comme le classicisme, le romantisme est parfois considéré comme une attitude esthétique valable de tous temps et qui peut traverser chaque artiste, comme élan, au même titre que le classicisme, comme exigence. C'est ainsi qu'on a pu relier le surréalisme ou le baroque au romantisme, en tant que tendance universelle de l'art. Pour Gide, classicisme et romantisme doivent se fondre : « L'oeuvre classique ne sera forte et belle qu'en raison de son romantisme dompté. »

Romantisme politique
Conception de la société et de l'État fondée sur une représentation du droit comme produit par l'histoire ou par la vie même des peuples (traditions, coutumes), et non pas par la volonté rationnelle. Le romantisme politique, représenté notamment en Allemagne par Rehberg, les frères Schlegel ou le poère Novalis, a été, au début du XIXe siècle, l'un des vecteurs de la critique de la Révolution française comme projet de refonder la politique sur la raison.