«La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue et à y substituer ce qu'on peut appeler la vérité technique, qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l'avenir. » Russell, Science et religion (1935).


La notion de «vérité technique» permet de se garder d'un rapport religieux à la vérité. Les rationalistes, dit Russell, croient s'opposer aux religieux en ce qu'ils rejettent les vérités révélées et n'admettent que ce qui est fondé rationnellement; mais l'idée d'un caractère définitif et absolu de la vérité reste religieuse.
C'est pourquoi la science doit renoncer à l'idée de vérité absolue. Ses seules vérités sont «techniques»: elles permettent des prédictions (la trajectoire d'un projectile par exemple) dans un contexte donné et avec une certaine marge d'approximation. Elle est «affaire de degré», dit Russell, c'est-à-dire qu'elle est provisoire et peut faire l'objet d'améliorations ou de reformulations.
La notion de «vérité technique» n'est pas relativiste: elle permet de dire que toutes les opinions ne se valent pas. Il y en a de meilleures que d'autres parce que plus efficaces par rapport aux fins que l'on se donne, et que c'est pour cela que le travail de recherche du vrai doit être poursuivi indéfiniment.