Retour à l'index du dictionnaire de philosophieL'usage spécifique de ce mot est fixé par le linguiste Saussure dans son Cours de linguistique générale. Le signifiant désigne l'image acoustique, le son que l'on utilise pour qualifier un concept renvoyant à un objet. Il est l'une des deux dimensions du signe linguistique, l'autre étant le signifié, c'est-à-dire le concept lui-même ou, si l'on veut, la chose désignée par le signe. Il faut bien comprendre que cette double face du signe forme cependant une unité non séparable : tout signe porteur de sens est constitué de ces deux éléments. En revanche, le lien entre le signifiant et le signifié est arbitraire parce qu'il repose sur une convention et non sur un rapport naturel. Il n'y a donc aucune nécessité à appeler une chose par tel ou tel nom, mais seulement un rapport d'usage instauré par une habitude collective et l'histoire de la langue. C'est ce qui explique l'extrême diversité des langues humaines qui n'associent pas une chose à un nom qui lui correspondrait naturellement, mais une représentation sonore ou graphique à un concept. Saussure emploie le mot « signe », de préférence à « symbole », pour bien marquer le caractère arbitraire de cette association. En effet, un symbole présente la plupart du temps un trait caractéristique de l'objet qu'il désigne, par exemple, la balance pour la justice en raison de l'analogie avec l'idée d'équilibre et de mesure.

SIGNE, SIGNIFIANT, SIGNIFIÉ. n. m. En linguistique, le signe est l'élément fondamental (mot ou groupe de mots) de la signification ; il se constitue, indissociablement, d'un signifiant et d'un signifié.
Le mot «citadelle », par exemple est un signe. Le signifiant de ce mot est la réalité matérielle qui nous le rend sensible, c'est-à-dire sa graphie (pour le lecteur) ou la chaîne sonore de sa prononciation (pour l'auditeur). Le signifié correspond au concept que représente ce mot dans la langue (définition du dictionnaire ; connotations liées au contexte de son emploi). Dans notre emploi courant de la langue, le signifiant et le signifié d'un signe sont aussi inséparables que le recto et le verso d'une feuille de papier : lorsque nous entendons le mot «citadelle», le signifiant et le signifié ne font qu'un dans notre esprit, instantanément.
· Le signe se distingue de la réalité extralinguistique à laquelle il renvoie, et qu'on appelle référent. Le mot citadelle renvoie à cette citadelle réelle que je vois, ou que je me représente ; mais il est distinct d'elle. Ce n'est que dans un acte de parole particulière que le signifié du mot citadelle rejoint la « réalité » citadelle que je désigne. Mais il ne faut pas les confondre. Voir à ce sujet les exemples donnés au mot Référent. Saussure, père de la linguistique (1857-1913), a précisément établi une loi qu'il nomme l'arbitraire du signe. Celle-ci constate que le lien entre le signifiant et le signifié est purement conventionnel : il n'y a pas de relation «naturelle» entre la matérialité d'un signifiant et ce qu'évoque le signifié. C'est bien par une convention que j'appelle « poisson » ce que l'Anglais appelle « fish ». De même, le mot citadelle, par ses sonorités, peut me paraître d'une beauté qui convient parfaitement à une merveilleuse cité juchée sur une montagne : c'est une illusion subjective, comme peut le montrer la comparaison avec le mot mortadelle. C'est notre conditionnement psychique qui associe la réalité évoquée au signe qui l'évoque. Même dans le cas des onomatopées (voir ce mot), qui elles-mêmes obéissent à des codes différents selon les langues, il n'y a pas d'équivalence entre le signe et la chose.
· Cela dit, les artistes (et les locuteurs en général) aiment souvent faire comme si ce lien naturel existait, dans un souci d'expressivité. On prononcera le mot «craquer» en le faisant craquer dans sa gorge pour redoubler le signifié par le son du signifiant. Les allitérations recherchent souvent, de la même façon, des effets d'harmonie imitative. Il en est de même du code visuel. On parle à ce propos de tendance iconique (voir le mot Icône). On dit que le poète « motive » des termes qui ne le sont pas (il feint de croire que la sonorité du mot se déduit de son sens).
· Notons aussi qu'on emploie les termes signifiant et signifié dans un sens large, pour juger de certains effets esthétiques. Signifiant devient synonyme de « moyen d'expression » et signifié de « chose exprimée ». On dira par exemple que, dans le cas d'une figure de style comme l'hyperbole, il y a exagération du signifiant par rapport au signifié (le locuteur amplifie par les mots ce qu'il veut dire). A l'inverse, dans l'euphémisme, il y a restriction du signifiant par rapport au signifié (le locuteur minimise la réalité qu'il évoque). D'où un classement des figures de style en «figures d'insistance» et «figures d'atténuation». L'emploi des mots « signifiant » et « signifié », dans ce sens large, doit toutefois demeurer très prudent.
· Enfin, il va de soi que la distinction Signe/Signifiant/Signifié s'applique à d'autres signes que les signes linguistiques. La sémiologie (étude des systèmes de signes) les étend aux codes visuels (publicité, mode vestimentaire) et à tous les systèmes de communication.