Retour à l'index du dictionnaire de philosophieSTOICISME. n. m. (à partir du grec stoa, «portique», lieu où Zénon enseignait la philosophie stoïcienne qu'il fonda).
Sens philosophique : doctrine de Zénon de Citium (340-263), qui influença profondément la culture antique. On en retient surtout l'extrême exigence morale, illustrée par les oeuvres de Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle. Bien qu'il existe de nombreuses variantes dans la pensée des philosophes stoïciens, on peut dire schématiquement que le stoïcisme repose sur l'idée que la Nature se confond avec Dieu. Vivre conformément à la Nature, vivre conformément à la Raison ne font qu'un, et sont à la base de la morale, de la sagesse, du bonheur. L'idée que développe Épictète est que toute existence se partage entre les choses qui ne dépendent pas de nous et les choses qui dépendent de nous. En ce qui concerne ce qui ne dépend pas de nous, il faut accepter et supporter, puisque rien n'y peut changer quoi que ce soit : «Yeux ce qui arrive comme cela arrive, et tu couleras une vie heureuse ». En ce qui concerne ce qui dépend de nous, notamment la maîtrise des passions qui troublent l'âme (et peuvent en quelque sorte désordonner notre « nature » intérieure), tout est question de raison et de volonté : il faut apprendre à se détacher des désirs ou des douleurs (qui justement nous rendraient dépendants de ce qui ne dépend pas de nous), à placer le bonheur dans la vertu, et finalement, à être profondément en accord avec la Nature, dont l'ordre suprême aboutit en dernier ressort à l'harmonie. D'où la devise stoïcienne : supporte et abstiens-toi. Il ne faut pas oublier que la morale stoïcienne, qui suppose des attitudes héroïques en face du malheur, est d'abord une morale du bonheur, fondée sur la sagesse.
Sens général : attitude de courage devant le mal et les malheurs, voire même d'impassibilité dans la douleur. Vigny l'exalte dans son poème «La Mort du Loup ». Cette attitude peut naturellement être adoptée par des personnes qui ne connaissent rien du stoïcisme comme philosophie. Dans cette épreuve, il s'est conduit avec un admirable stoïcisme. Au cours de sa longue maladie, il s'est montré constamment stoïque.
N.B. L'adjectif stoïcien peut renvoyer aux deux sens du mot. Pour la clarté de l'expression, il nous paraît préférable de dire :
— «stoïcien» pour ce qui renvoie à la philosophie ou à la morale développée par le stoïcisme et ses défenseurs ;
— « stoïque » pour ce qui renvoie aux attitudes ou aux êtres qui ont un comportement digne de la morale stoïcienne en face du malheur, de la maladie ou de la mort.


Stoïcisme
Doctrine philosophique développée d'abord en Grèce à partir de 315 av. J.-C. environ par Zénon de Citium, Cléanthe et Chrysippe (ancien stoïcisme), Antipater de Tarse et Posidonius d'Apamée aux IIe et Ier siècles av. J.-C. (moyen stoïcisme), puis Sénèque, Épictète et Marc Aurèle aux Ier et IIe siècles après J.-C. à Rome. Le stoïcisme est un naturalisme, donnant dans sa physique l'image d'un cosmos où tous les corps sont unis dans une universelle harmonie. La morale qui en découle est l'impératif de se soumettre aux événements et au cours des choses naturelles, et de savoir les accepter intérieurement pour remplacer nos affects par des actes de volonté.