Retour à l'index du dictionnaire de philosophieSUJET (lat. subjectum; de subjicere, jeter en dessous)

Log. Opposé à  attribut ou prédicat. Le sujet est ce dont tout le reste s'affirme. Ex. : Socrate (sujet) est mortel (prédicat). Méta. Pour Aristote, seule la substance est sujet.
Phi. Opp. à  objet : être qui connaît les objets ou qui agit sur eux. On appelle encore sujet épistémologique, ou sujet universel, le sujet qui connaît, c.à -d. non pas tel sujet particulier empirique (l'individu qu'on rencontre dans l'expérience ) mais le sujet rationnel, autrement dit le sujet en tant qu'il possède la faculté universelle de penser, identique en tout homme.
Crit. Kant appelle sujet transcendantal le Je pense et l'ensemble des lois et principes universels a priori de la pensée. Le sujet transcendantal se définit par son activité législatrice dans l'acte de connaître. Au contraire, la sensibilité, ou « capacité de recevoir des représentations des objets par la manière dont ils nous affectent », se définit par sa passivité et caractérise plutôt l'individu en tant qu'il a un corps.
Dr. Le sujet de droit ou sujet du droit est le sujet considéré en tant qu'il possède un droit» comme tout autre et non comme individu particulier, ou sujet empirique. personne. Pol. Le sujet politique est le citoyen soumis aux lois de l'Etat.

Sujet/prédicat Dans la proposition: «Socrate est un homme», «Socrate» est le sujet (ce dont on affirme quelque chose) et «est un homme» le prédicat de qui est  affirmé à propos du sujet). Dans la logique classique, on distingue parfois la copule «est») du prédicat proprement dit («un homme»).

Sujet transcendantal Sujet antérieur ou supérieur à toute expérience ou connaissance du monde.

SUJET. n. m. Sens philosophique. Être humain en tant qu'être pensant, capable de connaître, par opposition à l'objet de la connaissance sur lequel s'exerce sa pensée. La raison, la conscience réflexive caractérisent le «sujet» humain au sens philosophique. Une des difficultés majeures qu'éprouve l'homme de se connaître lui-même, vient de ce qu'il est à la fois le sujet et l'objet de cette connaissance.
· Le sujet humain, siège de la connaissance, est aussi placé au centre d'une existence, en relation avec le monde. Le sens du mot « sujet », dans le vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, s'étend donc à l'individu dans son ensemble, tel qu'il se vit, tel qu'il s'assume, tel qu'il se voit, tel qu'il se veut. Le sujet devient alors l'être humain dans toute sa « subjectivité », avec ses conditionnements, sa psychologie, son destin, sa liberté, ses questions.
· Dans ce sens, on peut différencier le « sujet » et le « moi » : le sujet est porteur d'un moi, d'un psychisme individuel ; mais il englobe ce moi : il peut choisir de le construire, se donner un « idéal du moi ».
· On peut de la même façon différencier le « sujet » et « l'individu ». Le mot individu s'applique communément à chaque être humain, considéré à l'état brut, si l'on ose dire, de l'extérieur. Le terme sujet indique qu'on parle de cet individu du point de vue de sa qualité propre, de sa subjectivité, de sa conscience d'homme plongé dans l'existence, plus ou moins maître de sa destinée. Le sujet, c'est l'être conscient animé de désir et en quête de sens.
· On peut encore différencier le « sujet » et la « personne ». Le mot personne, tel que l'idéalise le personnalisme par exemple, désigne alors le sujet devenu maître de sa vie, ayant trouvé les voies de son épanouissement. L'individu ne devient une personne que lorsqu'il est vraiment sujet de sa vie : conscient de son existence et maître de sa liberté. Pris au sens moral, le mot sujet devient alors synonyme de personne reconnue comme telle.
N.B. L'évolution des significations du mot sujet est assez révélatrice puisque le terme conserve actuellement des sens quasi opposés, dus à sa longue histoire.
Au départ, le mot sujet vient du latin subjectum, «ce qui est subordonné, ce qui est soumis à». Il désigne ce qui est soumis à la pensée ou à l'activité de l'esprit (le sujet d'une réflexion, le sujet d'un livre, le sujet d'une oeuvre), aussi bien que ce qui est soumis à l'autorité politique (les sujets du souverain, les sujets d'une nation). Il désigne également le fait d'être le support de certaines actions (être le sujet d'une expérience médicale) ou de certaines influences extérieures ou intérieures (les passions sont subies par le sujet). Au sens linguistique, le « sujet » grammatical est ce à quoi se rapportent les actions, les sentiments, les pensées : le sens du mot n'est plus passif. Au sens philosophique défini plus haut, le sujet qui connaît est d'abord livré, soumis aux perceptions, expériences, connaissances subjectives qui s'impriment dans son esprit ; mais il est aussi (tant bien que mal) maître de cette connaissance qu'il doit approfondir par la pensée et la « réflexion ». Ainsi, très insensiblement, le mot sujet est passé d'un sens passif (être soumis, être qui subit) au sens actif (être qui réfléchit, qui retentit, qui réagit), pour devenir, au niveau moral, synonyme de personne libre et agissante.