Retour à l'index du dictionnaire de philosophieTEMPS (lat. tempus, division du temps, période)


Trois sens principaux : 1. le sens le plus ancien mais aussi le plus courant selon lequel le temps se définit comme période qui va d'un événement antérieur à  un événement postérieur. Tel est le chronos des Grecs, le temps qui se définit comme une époque, ainsi qu'en attestent les expressions les plus usuelles (tel « le temps des vendanges »), mais aussi le temps t des mathématiciens considéré soit comme la limite inférieure d'une période de plus en plus courte, soit comme l'instant qui la commence ou la clôt; 2. le temps comme changement, mouvement continu par lequel le présent devient passé. Devenir, ce temps fluent est le temps réel que nous vivons par opposition au temps spatialisé de l'horloge et du calendrier, ou solidifié du comptage numérique. Ce temps vécu, Bergson l'appelle la durée ; 3. le temps conçu comme milieu indéfini, analogue à  l'espace, où se dérouleraient les événements, soit qu'il existe par lui-même comme le pense Newton, soit qu'il n'existe que dans la pensée ainsi que l'affirment Leibniz et Kant qui le définit comme une forme a priori de la sensibilité.

Temps Si tout est soumis au temps, l’univers, comme la structure moléculaire des objets inertes et des êtres vivants, il semble bien que les oeuvres de l’esprit fassent exception. En effet, tant que l'humanité durera, les grandes créations franchiront les époques sans subir les outrages du temps.

Le temps est la condition et le milieu au sein duquel se déploient les phénomènes. Il est à la fois la totalité de ce déploiement, sans commencement ni fin, ainsi que les portions qu'on y découpe pour les isoler. La question du temps préoccupe la philosophie quand elle s'interroge en particulier sur sa nature et sur son rapport à la conscience. Ce double problème n'en fait qu'un seul lorsqu'on considère que le temps n'existe pas en soi, mais est introduit par le sujet lui-même comme l'une des conditions de son expérience possible. À cet égard, Kant a développé une conception du temps qui en fait, avec l'espace, une des formes pures a priori de la sensibilité.
Ainsi, le temps n'est pas lui-même une chose, mais il est ce qui permet toute intuition sensible (rien ne se donne, pour nous, hors du temps ou de l'espace). Cela revient à dire que le temps n'existe pas en lui-même mais seulement pour nous, sans pour autant faire de lui une illusion puisque tout esprit humain est soumis à la nécessité d'appréhender les phénomènes à travers le temps et l'espace. Bergson introduira plus tard une distinction particulièrement riche entre le temps abstrait de la physique et ce qu'il appelle la durée. Tandis que le temps n'est qu'une reconstruction logique faite de juxtapositions artificielles d'ins-tants découpés, la durée est une continuité indivisible et incompressible, elle est le temps vécu, irréductible au temps mesuré.