Retour à l'index du dictionnaire de philosophieTHEORIE (gr. theoria).


Gén. Construction de l'esprit rattachant des conséquences à  des principes. Par opposition à  la pratique, ce qui est l'objet d'une connaissance désintéressée, indépendante de ses applications (Lévy-Bruhl distingue la physique pure, recherche théorique, et « la physique appliquée qui se rapporte à  la pratique »). Par opposition à  la connaissance vulgaire, reconstruction du réel à  partir d'hypothèses scientifiques (Bachelard signale qu'une théorie ne s'établit qu'en rompant avec l'expérience première). Désigne parfois même, par opposition à  la connaissance certaine, une construction purement hypothétique et controversée (la théorie cartésienne des animaux-machines). Ce terme comporte alors une nuance péjorative, courante dans son usage commun, qui tranche avec l'acception scientifique.
Epist. Syn. de théorie scientifique (contrairement au sens grec de théoria). Système explicatif d'un phénomène ou d'un ensemble de phénomènes que l'on propose avant de le soumettre à  un contrôle expérimental ( vérification). Dans certains cas, le contrôle ne pouvant être volontairement provoqué (astronomie), la théorie devra, pour être acceptée par la collectivité scientifique, pouvoir intégrer tout fait nouveau en conservant sa cohérence interne. On parle alors de vérification théorique consistant à  tester la validité formelle de la théorie.

Théorie. Une théorie est un ensemble de lois. Moins il y a de lois, plus grand est le nombre de phénomènes dont la théo­rie peut rendre compte, plus la théorie est féconde. Une théorie n'est pas scientifique si, à chaque phénomène qu'elle explique, elle applique une loi particulière.

THÉORIE. n. f 1° Ensemble de connaissances abstraites, de concepts organisés de façon plus ou moins systématique, qui vise à rendre compte de phénomènes existants dans différents domaines. Voir le mot Système. Dans ce sens, la théorie est souvent liée à l'expérimentation : elle cherche à établir des lois, elle se remet en question dès que des faits contredisent la représentation qu'elle propose d'une réalité. La théorie peut aussi rester dans le domaine de l'abstraction, comme dans les mathématiques, où des théorèmes se déduisent de façon cohérente à partir de postulats donnés. Mais souvent, ces édifices théoriques débouchent sur des modèles qui pourront rendre compte de la réalité, et mieux agir sur elle.
2° Ensemble de connaissances ou d'idées développées de façon hypothétique ou spéculative, indépendamment des applications, sans souci de réalisme, mais avec méthode, systématiquement. La théorie, dans ce cas, s'oppose à la pratique. Le terme prend souvent des connotations péjoratives (Tes théories sont dangereuses ; tout cela demeure théorique, donc inapplicable; en théorie, c'est envisageable, mais en pratique impossible). Cependant, le travail d'élaboration théorique n'est jamais inutile et peut permettre d'élucider des parts de la réalité, d'aboutir à des éléments de vérité. Les doctrines politiques, les théories philosophiques contribuent toutes au progrès de l'esprit humain, à la connaissance par l'homme de sa condition, aussi discutables puissent-elles paraître dans leur ensemble, en tant que systèmes.

Philosophie théorique
Partie de la philosophie qui concerne essentiellement la philosophie de la connaissance, mais aussi la métaphysique ou l'ontologie, par opposition à la philosophie pratique portant sur des questions morales, juridiques et politiques. Selon Kant, la question de la philosophie théorique est : que puis-je connaître ?