«Le hasard [...] entre pour beaucoup dans tout ce que nous voyons sur le théâtre du monde; mais je crois fermement que le hasard n'y fait rien qui ne soit préparé à l'avance. » Tocqueville, Souvenirs ( 1850).


Tocqueville déclare qu'il déteste «ces systèmes absolus, qui font dépendre tous les événements de l'histoire de grandes causes premières». Une trop grande systématicité, de la part de l'historien, l'amène nécessairement, selon lui, à laisser de côté trop d'événements, ou à fausser leur sens.
La question que pose Tocqueville est constitutive de la science historique moderne: c'est celle de l'articulation entre le hasard et la nécessité: si tous les événements sont considérés comme contingents (ou hasardeux), il n'y a plus de science historique puisque l'on n'est pas capable de saisir l'unité de certains processus à moyen ou long terme; mais, réciproquement, vouloir être trop systématique revient à faire de l'histoire une sorte de grand mythe de l'humanité, et c'est donc également manquer de scientificité.
La science historique est d'autant plus rationnelle qu'elle sait faire la part entre ce qui est rationnel et ce qui est irrationnel dans les faits historiques, entre les causes générales (structures sociales) et les accidents (actions individuelles, coïncidences) qui leur font prendre un cours imprévisible.