Pour approfondir:

  1. XXX

 

Philosophe français d'origine allemande, né à Parchim en 1904 et mort à Nice en 1977. Il étudie la philosophie et la médecine à Berlin et à Hambourg. Sa thèse allemande est dirigée par Ernst Cassirer. Il quitte l'Allemagne en 1933. Naturalisé français  en 1938, il est mobilisé en 1939. C'est en 1950 qu'il soutient sa thèse française. Il s'intéresse principalement aux problèmes de philosophie morale et politique. Il a enseigné à l'Université de Lille (1956-1968), puis à celle de Nice, jusqu'en 1974. Libertaire et mystique, intellectuelle et engagée,
Simone Weil a fait de la défense de la condition ouvrière,
puis de la lutte contre le fascisme, une croisade personnelle,
menée avec un zèle de missionnaire et une totale
indépendance d'esprit.

VIE

Simone Weil a milité avec ferveur pour tenter d'améliorer la condition ouvrière. Toutefois, son engagement politique est inséparable d'une quête spirituelle. En fin
de compte, elle a dû reconnaître que seule la pensée et la foi permettaient d'accéder à la liberté.

La philosophe ouvrière
Simone Weil est née à Paris en 1909 dans une riche famille juive et agnostique. Élève brillante, elle suit l'enseignement d'Alain au Lycée Henri IV, fait l'École normale supérieure, puis est agrégée de philosophie en 1931. Professeur de philosophie, elle s'intéresse au mouvement anarchiste et milite dans des cercles syndicalistes. En 1934, elle s'engage plusieurs mois aux Usines Renault, pour faire l'expérience concrète de la condition ouvrière.

La mystique antifasciste
Elle reprend l'enseignement en 1935. En 1936, alors que la guerre civile espagnole vient d'éclater, elle s'engage dans les rangs anarchistes.. Un accident l'oblige à regagner la France. En 1937, après un voyage à Assise, elle se convertit au christianisme . En 1940, après l'invasion allemande, elle quitte Paris pour Marseille, puis se rend aux États-Unis et à Londres, où elle travaille pour le gouvernement de la France libre. De santé fragile, elle meurt à Londres en 1943.

OEUVRES

A cause de la mort prématurée de Simone Weil, son oeuvre est restée fragmentaire et inachevée. Carnets, journaux, articles, essais, la plupart de ses écrits ont été rassemblés et publiés après sa mort.


La Pesanteur et la grâce (1947)
C'est un choix de textes politiques, philosophiques et religieux tirés des Carnets de Simone Weil. Ces écrits témoignent de la passion de la philosophe pour la pensée grecque et de sa conversion au mysticisme chrétien. Elle aborde la problématique du salut et préconise une ascèse totale afin de trouver le chemin du vrai et du bien.

L'Enracinement (1949)
Sous-titré «Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain», ce texte fut rédigé à Londres. Il fait la synthèse de la pensée politique et morale de l'auteur. Ce n'est pas en faisant une révolution politique que l'homme pourra instituer une société libre et heureuse, mais en faisant une révolution spirituelle.

La Condition ouvrière (1951)
Rédigé en 1937, ce texte est inspiré du séjour que fit Simone Weil dans les Usines Renault en tant que manoeuvre sur machine. Très sensible à l'injustice sociale, Simone Weil a voulu, dans une démarche à la fois politique et charitable, partager la condition des ouvriers afin de mieux la connaître dans sa réalité concrète et de l'analyser. (Elle allait jusqu'à verser la presque intégralité de son traitement d'enseignante à une caisse de solidarité.) Pour Simone Weil, la seule manière de rendre le travail des ouvriers non servile est de considérer les travailleurs comme une fin, et non comme un moyen, comme une personne, et non comme un instrument. L'ouvrier a notamment droit à des fêtes, des voyages, des loisirs.

Réflexion sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1955)
Ce texte (parfois réuni avec d'autres sous le titre Oppression et liberté) analyse avec lucidité le fonctionnement de l'oppression dans toutes les sociétés, qu'elles soient démocratiques ou communistes. Il dénonce en particulier la grande mystification soviétique, en montrant que le régime communiste d'URSS méprise les idéaux démocratiques souhaités par Marx. Ce n'est pas le système politique qui libère l'homme, car toute société est nécessairement fondée sur la technique et le pouvoir, deux instances qui asservissent les hommes. La société est donc oppressive par nature. L'individu ne peut se libérer que par sa force spirituelle, grâce à la pensée. C'est l'absence de pensée libre, en effet, qui produit totalitarisme et fascisme.

EPOQUE

Anarchisme et fascisme
Le temps de Simone Weil, c'est celui de Malraux, de
Sartre, de Camus. C'est 'l'entre-deux-guerres, période où émergent deux forces politiques qui vont bientôt s'affronter: le fascisme et le mouvement ouvrier, avec ses diverses composantes: soviétisme, communisme , anarchisme, syndicalisme. Le premier affrontement a lieu lors de la guerre civile espagnole; le second, pendant la Seconde Guerre mondiale.

La condition ouvrière
C'est aussi l'époque où de nombreux intellectuels français commencent à se passionner pour la «question ouvrière». La révolution russe semble avoir assuré le triomphe des ouvriers en URSS, et le communisme apparaît comme la seule force capable de faire face au fascisme. Plus lucide que les autres, Simone Weil se rend vite compte que la domination totalitaire peut provenir d'un côté comme de l'autre.

APPORTS

Intellectuelle et militante éprise d'absolu, Simone Weil est le contraire d'un chef d'école.
Pourtant, l'indépendance de sa pensée, sa figure de sainte laïque continuent de fasciner.

Une idéaliste lucide. Plus militante que Camus, moins dogmatique que Sartre, plus spontanée et plus indépendante que bien des «intellectuels de gauche», Simone Weil illustre une trajectoire exemplaire par son engagement sans concessions et par sa lucidité intellectuelle. Son expérience «sur le terrain» — en usine et aux côtés des anarchistes espagnols — lui a fait rapidement perdre ses illusions quant à la capacité de la révolution à changer les hommes.
L'évolution de la philosophe vers le mysticisme chrétien — un mysticisme qui conserve d'ailleurs ses distances vis-à-vis de l'Église — illustre peut-être l'impasse à laquelle tout idéalisme politique est condamné. Dans un sens, son constat selon lequel le conflit entre l'individu et la société ne peut pas être résolu par des utopies collectives, mais plutôt par une démarche personnelle et spirituelle, est peut-être indépassable: aucune société ne peut en effet combler notre soif d'absolu.
Postérité/actualité. La pensée de Simone Weil évoque par certains aspects le personnalisme et sa critique humaniste de la société. Elle annonce aussi la critique des sociétés industrielles et techniciennes par les penseurs de l'École de Francfort — Marcuse, Habermas, Adorno, etc. Elle rappelle également certaines analyses d'une autre grande philosophe, comme elle d'origine juive, Hannah Arendt. Mais sa quête mystique, le fait qu'elle soit une femme en font un personnage unique dans la philosophie française.