Disciple de Gottfried Wilhelm Leibniz, de qui il tire l'essentiel
de sa doctrine, Christian von Wolff est le penseur qui a exercé
la plus grande influence sur la philosophie allemande de
son temps. C'est lui qui répandit la philosophie leibnizienne
après lui avoir donné un fondement logique.

VIE

Le temps de Christian von Wolff, c'est L'Aufklarung, l'«âge des lumières». La philosophie allemande de cette époque donne la place d'honneur à la logique et à la métaphysique. Cette pensée professorale garde le caractère scolaire et érudit qui caractérisait le siècle précédent.

Le mathématicien
Christian von Wolff naît le 14 janvier 1679. II fait des études brillantes et obtient son doctorat en 1703, mais le facteur décisif dans sa formation est la correspondance qu'il entretient avec Gottfried Wilhelm Leibniz à partir de 1704. En 1707, sur recommandation de Leibniz, il est nommé professeur de mathématiques à l'Université de Halle. II s'impose immédiatement par la clarté et la modernité de son traité qui, sans être original, restera un classique pendant près d'un demi-siècle.

Le philosophe
A partir de 1713, il consacre son activité à la philosophie et obtient un succès qui éveille les jalousies. Ses adversaires vont convaincre le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume Ier, de l'envoyer en exil, en 1723, sous l'accusation de fatalisme. Il est accueilli à l'Université de Marburg. En 1740, le nouveau roi de Prusse, Frédéric II, le persuade de rentrer à Halle, où il restera jusqu'à sa mort, le 9 avril 1754.

OEUVRES

Christian von Wolff prétendit bâtir un Système dont la
mathématique était l'idéal méthodologique. De 1713 à 1725,
il publia une première version en allemand. De 1728 à sa mort, il en élabora une version latine considérablement modifiée.


Pensées raisonnables sur les fins des choses naturelles (1724)
Pour répondre à ceux qui l'accusent de fatalisme, Christian von Wolff reconnaît que tout, dans le monde, a été savamment prédisposé par Dieu pour le bonheur des hommes.
Logique (1728)

Théorie de l'art de démontrer. La doctrine du syllogisme en forme le centre.
Ontologie (1729)
Voilà, sans doute, l'ouvrage le plus intéressant de Christian von Wolff. Contre les partisans de Christian Thomasius, il attribue la plus grande importance à la science de l'être en général. Il «modernise» la philosophie des aristotéliciens et des cartésiens et élabore une structure qui restera à la base de la tradition philosophique allemande jusqu'à Hegel. Cette oeuvre est comme un trait d'union entre les métaphysiques du XVII' siècle et les philosophies du XIXe siècle.

Cosmologie générale (1731)
C'est la science a priori de tout monde matériel possible (alors que la physique est la science a posteriori du monde existant). Les lois du mouvement ont été librement établies par Dieu. Le monde, tel que l'homme se le représente, est un phénomène: l'espace n'est qu'une représentation confuse de l'ordre des êtres coexistants; le temps est la représentation de l'ordre

Psychologie empirique (1732)
Étude de l'âme en tant que phénomène, la psychologie empirique porte sur la faculté de connaître et sur la volonté.

Psychologie rationnelle (1734)
Étude métaphysique de l'âme, qui est spirituelle et immortelle.

Théologie naturelle (1736)
Christian von Wolff y établit l'existence de Dieu.

Morale (1738)
Les lois morales dépendent non pas de la volonté de Dieu, mais de la nature de l'être; elles peuvent être découvertes par la raison naturelle.

EPOQUE

L'Aufklarung
Au XVIIIe siècle, l'Allemagne est dans une situation culturelle singulière par rapport à l'Angleterre, à la France ou aux Pays-Bas. L'esprit allemand est à la fois profondément chrétien et profondément philosophique. Ainsi, L'Aufklarung n'a pas de vocation antireligieuse; ignorant l'antagonisme entre religion et philosophie, elle oscille entre une philosophie chrétienne et un christianisme philosophique. Le renouveau de la pensée naît à l'intérieur du christianisme , et il est guidé par lui.

Le «retard» allemand
La pensée allemande est beaucoup moins affectée par le développement de la pensée scientifique qui celle des nations plus occidentales. Les philosophes créateurs dans le domaine scientifique sont des exceptions, et le mathématisme wolffien sera une utopie philosophique plutôt qu'un principe fécond. La philosophie n'est plus dominée par les théologiens, mais ceux-ci conservent une influence qu'ils ont perdue dans le reste de l'Europe.

APPORTS


La philosophie du droit. Christian von Wolff fut le premier à appliquer la méthode mathématique à la jurisprudence. Le droit positif doit être déduit du droit naturel. La simplicité est sacrifiée au souci de ne rien omettre dans l'argumentation. En revanche, les ouvrages juridiques publiés à partir de 1740 traitent de ce sujet d'une façon si complète et si détaillée qu'ils seront une source inépuisable d'enseignement pour les générations à venir.
Postérité-actualité. La valeur éducative de l'oeuvre de Christian von Wolff est immense. Penseur d'une grande rigueur et apôtre de la méthode mathématique en philosophie, il est, dans la première version de son système, le créateur du langage philosophique allemand. Avec lui, l'allemand devient une langue philosophique, et ses doctrines, vulgarisées par quelques disciples, pénétreront profondément l'esprit des classes cultivées de son siècle. D'abord son disciple, puis critique du rationalisme pur de Wolff, Emmanuel Kant le considéra toujours comme un des plus importants représentants du «rationalisme dogmatique». Cependant, la méthode mathématico-cartésienne de Wolff se verra peu à peu dépassée par la méthode physique d'Isaac Newton.