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Considérant que toute
existence réside dans la perception
qu'on en a, George Berkeley affirme qu'exister revient
à être perçu («esse est percipi»). Par conséquent, il ne
peut pas exister de matière indépendamment de
la perception que nous pouvons en avoir.
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Le XVIIIe
siècle, c'est celui des Lumières et des débuts de la
civilisation industrielle. Mais, face au matérialisme, qui
semble devoir s'ériger en maître absolu, une voix s'élève,
celle d'un philosophe irlandais: George Berkeley.
Le
philosophe extravagant
Né en Irlande le 12 mars 1685,
George Berkeley fait ses études au Trinity College de
Dublin, où, en 1707, il devient professeur. En 1709, il est
ordonné diacre. En 1710, le traité des Principes de la
connaissance (dans lequel George Berkeley affirme que la
matière n'existe pas) le fait immédiatement passer pour un
excentrique. De 1713 à 1721, il est le précepteur des jeunes
anglais de la haute société qui désirent visiter l'Italie.
L'évêque anglican
En 1728, il décide d'aller propager la pensée chrétienne
dans les possessions américaines de l'Angleterre. Il part
pour les Bermudes avec Anne Forster, qu'il vient d'épouser.
De retour en Angleterre, il est nommé évêque en 1734. De
1739 à 1741, il se dévoue aux malades de la peste, qu'il
essaie de soigner avec de l'eau de goudron, dont il espère
des résultats miraculeux. En 1752, il renonce à l'épiscopat
et se retire à Oxford, où il meurt le 14 janvier 1753.
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Ce que
montre George Berkeley, c'est que l'idée de matière n'est
qu'un mot creux, dénué de toute signification. En donnant un
nom à ce qui n'existe pas et que nous ne pouvons pas
percevoir, nous commettons un abus de langage.
Essai d'une nouvelle théorie de la vision (1709)
Dirigé contre le cartésianisme, l'ouvrage part du
problème suivant: comment pouvons-nous voir la distance d'un
objet? Le rayon lumineux perpendiculaire à l'oeil ne
projette qu'un point qui est invariablement le même, que la
distance soit courte ou longue. Nous ne «voyons» donc pas la
distance, mais nous en «jugeons» à partir de signes tels que
la grandeur apparente ou la luminosité plus ou moins vive
des objets. Il n'y a donc pas d'espace objectif, d'espace
«en soi». L'espace n'est ni le «sensible commun» perçu à la
fois par la vue et le toucher, cher aux scolastiques, ni
l'étendue géométrique, chère aux cartésiens. Il y a deux
espaces distincts (un espace visuel et un espace tactile),
et c'est par expérience que j'apprends à déchiffrer les
correspondances entre les deux.
Principes de la connaissance humaine (1710)
«Esse est percipi» («Être, c'est être perçu»). Nulle
perception n'existe en dehors d'une intelligence qui
perçoit. L'idée de matière n'est qu'un mot creux, dénué de
toute signification. Il n'existe aucune substance matérielle
qui serait le support invisible des qualités sensibles. Ceci
ne doit pourtant pas nous amener à douter de l'existence des
choses sensibles, car toute existence réside dans la
perception qu'on en a.
Trois dialogues entre Hylas et Philonous (1712)
Considéré comme un auteur extravagant, George Berkeley
décide de donner à ses thèses une forme dramatisée pour
essayer de vulgariser des idées qu'il croit capables de
résoudre les difficultés contenues dans l'Essai sur
l'entendement humain, de John Locke: il n'y a pas d'autre
réalité des choses que ce que nous percevons.
Alciphron ou le petit philosophe (1735)
Cet ouvrage est un pamphlet contre les mathématiciens
libres penseurs qui rejettent la religion.
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La
crise culturelle
Entre 1680 et 1715, se produit, en
Europe, une crise culturelle qui va donner naissance au
mouvement des Lumières. La religion, la société, le pouvoir
sont convoqués devant le tribunal de la raison. Les penseurs
des Lumières se veulent les continuateurs d'Isaac Newton,
qui part de l'observation des faits et, de là, remonte vers
les lois qui les organisent. Parallèlement, l'empirisme
développe sa critique du rationalisme.
La critique de l'Église
L'autorité de l'Église et de ses dogmes est attaquée,
car elle est considérée comme source de superstitions et
d'intolérance. L'idée que l'homme, par sa chute, est devenu
incapable du vrai comme du bien sans l'aide de Dieu est
insupportable aux philosophes des Lumières. Cependant, tout
en réclama
de conscience, le siècle de Lumières reste déiste et admet
l'existence d'un «Être suprême» qui n'est pas celui de la
Révélation.
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Selon George Berkeley, nous
découvrons le monde comme nous apprenons une langue. Celui
qui nous parle dans cette
langue s'adresse directement à notre esprit. Croire au
monde, c'est obéir à la parole divine, c'est croire en Dieu.
Le nominalisme. Pour George Berkeley, une idée
abstraite n'existe pas. Ce n'est qu'un nom, un simple mot.
Si, par exemple, je me représente un homme, il faut que
cette image soit celle d'un homme particulier, grand ou
petit, difforme ou bien proportionné. Ainsi, le mot «homme»
n'est qu'une image concrète sonore qui peut correspondre à
de nombreuses images visuelles (celles de tous les hommes
que je peux voir).
L'immatérialisme. Conséquence directe du nominalisme,
l'immatérialisme est la doctrine fondamentale de George
Berkeley. Toute abstraction est illégitime, donc rien ne
m'autorise à imaginer, par abstraction, de pseudo objets
matériels en dehors de la perception que j'en ai. La seule
réalité des choses, c'est d'être perçues. Il faut rejeter
l'idée d'une substance matérielle objective. L'idée de
matière n'est qu'un mot.
Actualité- postérité. La leçon de George Berkeley,
c'est qu'il faut éliminer du langage les mots dénués de sens
empirique. Cette idée annonce l'effort de certains
scientifiques modernes (Albert Einstein, Werner Heisenberg)
pour exclure du vocabulaire de la science toute référence à
ce qui est par principe inobservable. De même, avant Henri
Bergson, il rejette comme une fiction le temps abstrait des
physiciens parce que le seul temps réel est celui que je vis
et qui est «plus long dans la douleur que dans le plaisir»
(Principes).
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