|
David Hume s'attaque à une philosophie qui se
préoccupe d'objets métaphysiques comme l'âme ou Dieu. Selon lui,
ce sont des choses que l'esprit humain ne peut comprendre. La
philosophie doit rester humaine en prenant pour objet d'étude
l'entendement humain: comment connaissons-nous, et que
connaissons-nous?
|
  
Hume
s'inscrit dans le courant de l'empirisme anglais, qui considère que toute connaissance provient uniquement de l'expérience. Il remet en cause la métaphysique classique.
Un adepte de l'empirisme
David Hume naît à Édimbourg en 1711, dans une famille de
petite noblesse aux revenus assez modestes. Études de
logique, de rhétorique, de mathématiques. Fait déterminant
pour l'évolution intellectuelle de Hume: il prend
connaissance du système de Newton. Il a un goût prononcé
pour la philosophie et la littérature. Au terme d'un séjour
en France, il publie, en 1739-1740, le Traité de la nature
humaine. Cet ouvrage difficile reçoit un accueil froid.
Déçu, Hume traverse une crise de mélancolie. Il connaît la
célébrité avec les Essais moraux et politiques (1741), puis
avec l'Enquête sur l'entendement humain (1748), qui est une
refonte et un résumé du premier livre et d'une partie du
second livre du Traité. De retour à Paris, Hume, secrétaire
d'ambassade, fréquente les salons littéraires, les
philosophes et les encyclopédistes, auprès de qui il connaît
un franc succès. Ami de Rousseau, avec lequel il finit par
se brouiller, il devient secrétaire d'État en 1765. Hume
meurt en 1776, d'un cancer de l'estomac, à Édimbourg.
|
      
L'oeuvre de
Hume a pour objet la nature humaine.
Le philosophe entend appliquer à l'homme la méthode
expérimentale des raisonnements. Pour lui, les spéculations
métaphysiques ne conduisent à rien.
Traité de la nature humaine (1740)
A partir de l'expérience et de l'observation de notre
comportement et de nos croyances, Hume analyse ce que nous
savons et la manière dont nous savons. Pour lui, il n'y a
pas d'idées en soi ou innées; nos idées ne sont que des
copies de nos impressions les plus vives. Ainsi, la source
de nos idées provient de nos sens. Cela implique que ce que
nous prenons pour une loi de la nature — une relation
nécessaire, de cause à effet, entre deux phénomènes — n'est
qu'une vue de notre esprit: l'habitude d'observer deux
phénomènes qui se produisent souvent ensemble finit par nous
faire croire qu'il y a un rapport entre eux.
Essais moraux et politiques (1741)
Le scepticisme de Hume s'étend à la politique et à la
morale. Pour Hume, l'autorité politique n'est pas fondée sur
un principe rationnel; elle tire sa légitimité de l'agrément
et de l'utilité sociale qu'elle procure aux hommes et est
donc un pis-aller plutôt qu'un pouvoir souverain. Quant à la
morale, bien qu'universelle, elle n'a aucun fondement
objectif ou scientifique. Elle relève avant tout du
sentiment et du sens commun. Seule l'action nous pousse à
agir, jamais un raisonnement. Est donc vrai ou bon ce en
quoi nous avons besoin de croire pour agir.
Enquête sur l'entendement humain (1748)
Ce résumé du Traité comporte un ajout concernant la
religion, où l'esprit critique de Hume frise de très près
l'athéisme. La question des miracles comme preuve de
l'existence de Dieu y est sérieusement mise à mal. Pour
Hume, non seulement la probité des témoins est loin d'être
fiable (ces derniers pouvant être en proie à une
hallucination collective), mais il serait encore plus
miraculeux de croire aux miracles que de ne pas y croire. De
ce fait, la saine raison conseille à l'homme avisé de ne pas
y croire (même si Hume ne «dit» pas que les miracles
n'existent pas...). Quant à la Providence, elle n'est qu'une
projection de nos propres qualités transformées en un Être
suprême.
|
     
Un
philosophe en réaction contre la superstition
En 1745, Diderot, d'Alembert et le
chevalier de Jaucourt décident de procéder à une gigantesque
mise au point des connaissances contemporaines.
L'Encyclopédie (1751-1766) doit dissiper les préjugés et
permettre ainsi à la raison de triompher. Hume partage avec
les encyclopédistes la volonté de libérer le peuple de la
superstition. Il dénonce les fondements de ce que nous
prenons pour un savoir: la croyance. Contre les faux dévots
de son temps, il montre que nous ne «savons» pas, au sens
strict, si Dieu existe. Cette forme d'agnosticisme est taxée
d'athéisme par ses contemporains.
Une victime de conjurations politico-religieuses
Ce n'est qu'à partir de 1769 que Hume connaîtra vraiment
la gloire littéraire et l'aisance financière. Avant cette
date, il sera la victime d'incessantes cabales montées
contre lui par les dévots.
|
      
La critique humienne de la raison a fortement influencé
Rousseau et Kant. La raison, pense Hume,
ne peut pas tout connaître. Cette critique avisée,
oeuvre d'un homme prudent, reste d'actualité.
Une réaction contre le dogmatisme.
Hume est l'un des pères de la philosophie moderne,
laquelle a cessé de croire en l'absolue puissance de la
raison. Lorsque Rousseau affirme l'importance du
sentiment et nous dit que le bien que la raison nous
montre ne sera jamais un facteur d'action, il s'inspire
assurément de la pensée de Hume. Kant lui rendra hommage
pour l'avoir réveillé de son «sommeil dogmatique». Il
reconnaîtra alors que la raison doit avant tout servir
la morale plutôt que le savoir.
Postérité/actualité.
Une leçon de circonspection. Bien des principes de la
philosophie humienne pourraient éviter au fanatisme
d'avoir autant de prise aujourd'hui. Le scepticisme
philosophique de Hume souligne les limites de
l'intelligence humaine, et surtout sa faillibilité. Là
où nous pensons détenir une vérité, nous devons nous
rappeler en toute circonstance que nous pouvons être
victimes d'un préjugé.
|